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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 06:26

 

  Dans le genre "monomaniaque, le retour de la revanche III", ce billet sera la sixième étape du périple mythologique à se succéder à la file, because lectures du moment. Après, il faudra bien que je passe à autre chose, notamment le compte-rendu de ma virée au printemps du cinéma.

 

http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0002/m503604_89ee2331_p.jpg

 

  Dans mon panthéon des collections dédiées aux mythologies, Aux origines du monde, chez Flies France, est en train de talonner A l'aube des peuples de chez Gallimard, Lettres gothiques au livre de poche ou les éditions Anacharsis. Il s'agit certes d'une collection jeunesse, de celles qui monopolisent un peu l'édition des contes et légendes. Sauf que cette appellation n'est vraiment qu'une pure étiquette, comme souvent en littérature jeunesse ; sur le thème qui fait sa ligne éditoriale (comme l'indique le titre, les contes étiologiques, expliquant la création du monde et l'origine de tel phénomène), la collection offre de véritables éditions universitaires pour enfant (et quand je dis pour enfants, on se comprend), compilations par des spécialistes de textes authentiques de la littérature orale, avec une préface courte et simple mais éclairante, et en fin d'ouvrage une bibliographie avec la source de chaque conte. Quand on compare avec les fumisteries que des éditions les plus élitistes vendent comme des essais sérieux, ben y a pas photo.

 

  Donc, Contes et légendes Tziganes, compilation de contes récoltés par les folkloristes dans le monde entier, de l'Argentine à la Nouvelle-Zélande, mais en écrasante majorité en Europe de l'Est.

  Je précise que bien qu'ayant  souvent des pré-requis dans les mythologies les plus improbables, je ne connaissait quasiment rien aux contes Tziganes, à l'exception peut-être d'un petit conte lu dans un manuel français de primaire. Ce fut donc un choc de découvrir la philosphie  archaïque qui fait du folklore traditionnel Tzigane une oeuvre résolument originale.

  Car, comme ce n'est pas très surprenant, l'histoire des Tziganes, peuple sans terre et sans pouvoir, conditionne leurs contes, hanté par la figure du destin. Non pas que cela fasse (toujours) des contes des tragédies noires : le destin des Tziganes (titre d'une des parties du recueil) est souvent expliqué avec beaucoup d'humour de de fantaisie, voir de poésie. Ainsi si les Tziganes n'ont pas d'Eglise, c'est qu'ils ont mangé la leur, échangée avec les roumains ou les serbes, et qui ressemblait trop à une maison à piéger Hansel et Gretel ; de même leur alphabet a été mangé par un âne après avoir été écrit par Dieu sur une feuille de chou ; le Tzigane était absent lorsque Dieu distribuait travail et/ou richesse aux peuples, et c'est parfois de sa faute ; s'ils sont dispersés de par le monde, c'est  qu'ils fuient le quatrième clou du Christ où qu'ils doivent semer partout la pomme du Diable, ou alors que leur dernier roi était le Pharaon maudit par Moïse, ou que leur royaume a été détruit par une ogresse dans le conte le plus poétique du recueil. Mais le destin du peuple Tzigane n'en fait pas qu'une victime : il peut être élu de Dieu à la place du peuple Juif, il gagne de Dieu, à défaut de travail, le droit de voler et jurer impunément, et bien sûr il est grand musicien, des légendes parmi les plus poétiques expliquant l'origine du violon.

  Le destin est omniprésent, donc, à travers des récits teintés d'humour, ou des contes au fatalisme très oriental où le héros (ou l'héroïne) accepte son destin sans rechigner, mais aussi des histoires tragiques dont la cruauté reste rarement vu dans le monde des contes, ce en quoi j'ai du mal à ne pas voir un fait culturel. Le sommet de la noirceur et du cynisme, le conte roumain Les démons des maladies, est également celui dont l'univers est le plus hallucinant : la lignée des maladies, née dans la souffrance d'une reine fée mariée contre son gré au roi des démons, est l'occasion d'une galerie d'images morbido-surréalistes qui aurait fait se suicider de dépit Jerôme Bosch. On ne peut que s'étonner davantage que ce conte soit librement publié en collection jeunesse.

  Mais ma foi, il n'y aura que les parents couveurs et bien-pensants, de ces lobbies qui hurlent contre Thierry Magnier, pour s'effaroucher. Les adultes intelligents, dont sans doute une forte part de prescripteurs (professeurs, documentalistes, bibliothécaires) seront ravis de faire découvrir une culture méconnue aux enfants. Sans parler des lecteurs adultes, pour qui ce recueil vaut n'importe quelle publication de spécialiste et se lit à tout âge sans qu'il soit question de régression. 

 

  (Tableau : La Bohémienne de Frans Hals)

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Published by Kalev - dans Mythes
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