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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 20:48

  Avoir relancé le périple mythologique me fait ne plus me sentir, et je me fixerais bien le challenge d'écrire au moins trois nouvelles étapes ce soir, histoire de donner une nouvelle vie à d'ancienne lectures que le blog est trop jeune pour avoir connu.

  Après l'Australie, je vais rester selon une certaine logique en Océanie, Polynésie cette fois. Le fin du fin, c'est que ce billet sera le pendant d'un très ancien billet de lecture, titré  Escapade polynésienne , et consacré aux visions romanesques des civilisations du Pacifique (et où j'avais déjà évoqué les lectures mythologiques). Comme la première étape du périple parlait du mythe de Gilgamesh jusque dans ses versions romanesques, il est aisé de considérer ces deux billets comme un diptyque cohérent.

http://www.franckmarcelin.com/images/art-polynesien.jpg

 

 Sur les mythes  polynésiens, il existe deux tomes parus dans l'excellente collection A l'Aube des peuples chez Gallimard.

  Mythes tahitiens, d'abord, est le plus important. Grande compilation rédigée en anglais, au XIXème siècle, par la petite-fille de missionaire Teuria Henry (qui adorait autant cette culture que son grand-père l'abhorrait !), cet immense recueil (dont celui de Gallimard ne rassemble que des extraits) est l'un des deux piliers littéraires de l'identité polynésienne avec la traduction de la Bible en tahitien.

  Le recueil français comptent deux parties, la seconde ne décrivant pas les mythes mais les coutumes et la vie quotidienne. Concernant les récit, la fortune du lecteur sera diverse. En effet, l'un des grands genres littéraires polynésiens,  qui a d'ailleurs servi  aux missionaires à rapprocher l'ancienne religion de la Bible, est la généalogie. Les premiers contes sont donc des généalogies de Dieux, qui seraient tout à fait imbitables pour un lecteur occidental non doctorant en Histoire des religions, s'il fallait en faire une lectures suivi, mais contiennent heureusement assez d'indication croustillantes sur les Dieux, loin d'une simple nomenclature, pour mériter d'être lues en diagonale (dans le même genre de liste mythique à lire de cette façon, je classerai celle des cent cinquante guerriers arthuriens dans le conte Kulwch et Olwenn, dernier reste du mythe arthurien archaïque -ceci était une page de publicité pour Le Mabinogi et autres contes gallois du Moyen-Âge, dans la même collection de Gallimard).

  Heureuseument, les contes deviennent progresivement plus drôle. Ce n'est pas tout de se reproduire comme les Dieux grecs  (puisque la généalogie tenait lieu de mythe de création en Grèce) il faut aussi ordonner le monde, surtout quand la race des Hommes est déjà née ! Ce sera le temps de la construction de neuf cieux enfin séparés de la terre par le Dieu Tane, puis les exploits de héros comme Ma-û-i, qui a notamment attrapé le soleil au lasso pour ralentir sa course et participé à la grande pêche aux îles, où fut domptée le grand poisson qui devait devenir Tahiti.

  La polynésie a aussi son mythe du Déluge (que Henry croit naïvement inspiré du déluge chrétien -heureusement que l'édition Gallimard a son supra-paratexte suffisament critique), et des héros plus humains que Ma-û-i, tel Rata, dont le récit plus épique que mythique, plus proche d'un conte d'aventure, est ici décliné en version tahitienne et des Tuamotu.

 

  A côté de ce recueil, le corpus mythique du second fait pâle figure. Il s'agit de Eteroa, mythes, légendes et traditions d'une île polynésienne

  Eteroa, c'est le nom poétique de l'île de Rurutu, qui malheureusement a été bien plus éprouvé par l'Histoire que Tahiti: une épidémie venue d'Europe a décimé sa population au XIXème siècle, la reduisant  de trentre mille à quatre cent. Du coup, comme il est dit en note, la tradition de Rurutu n'est pas aussi riche qu'elle aurait pu l'être en des circonstances moins tragiques, et j'ajouterait qu'elle est largement christiannisée et, plus déplaisant pour un lecteur moderne, plutôt tournées à la gloire de la France dans sa conclusion.

  En fait de mythe, une grande partie du recueil ressemblera davantage à un livre d'histoire, ou la vie quotidienne se taille une large part. Ce qui n'est pas du tout dénué d'intérêt : j'ai au contraire trouvé passionnant ce point de vue historique qui reste celui du peuple lui-même. Car j'ai omis l'évoquer l'histoire rocambolesque de ce receuil compilé par Michel Brun, hélas décédé trois ans avant sa parution en 2007. Le père adoptif de Michel brun, Anaitu Pito a Tehio, était de l'ancienne famille royale de Rurutu, petit-fils de l'homme qui a rassemblé les récits par écrit sous l'initiative du dernier roi de l'île, Teuruarii IV...c'est beau hein ?

  Dans ce manuel d'histoire indigéne, on trouvera quand même des mythes, et même des mythes de créations (teintés d'évhémérisme, la théorie qui fait des Dieux des hommes divinisés) et des récits allant de l'histoire de fantôme aux allures de conte populaire, aux petites épopées héroïques. Le clou du corpus épique reste à mes yeux le voyage sur l'océan d'Amaïteraï, prince appelé à devenir le sixième roi de Rurutu. Un voyage assez décousu propre aux interpolations, et en effet la version receuillie de la légende donne pour but  au voyage...le pays de l'homme blanc, à la recherche du vrai Dieu ! On imagine bien un roi polynésien débarquer en Angleterre en plein XIVème siècle ou devrait se situer son régne !

  Cette interpolation chrétienne  pourrait agaçer ceux qui recherchent la pureté des légendes (qui n'est de toute façon qu'une illusion), mais j'ai trouvé passionnante cette tentative d'intégrer la confrontation à la nouvelle histoire mondiale dans l'ancienne tradition, ce qui tourne à l'avantage de cette dernière : le récit a servi à justifier la préservation de l'idole A'a, censée être le souvenir déformé du Dieu chrétien.

  Pour faire un pont avec la littérature contemporaine, je me suis toujours demandé si la célébre trilogie fantasy de Gary Kilworth, Les Roi navigateurs (encore des livres dans ma pile...)   ne s'était pas inspiré de cette légende ou d'un syncrétisme sembable pour imaginer son armée polynésienne à la conquête d'une Grande-Bretagne du haut Moyen-Âge.

  Comme quoi le plus petit récit mythique peut encore être une incroyable source d'inspiration.

 

(crédit image : Collection Franck Marcellin

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Published by Kalev - dans Mythes
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