Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 14:11

 Il y avait décidemment longtemps que je n'avais plus entrepris une nouvelle étape du périple mythologique. Pour les cinq précédentes, je vous renvoie à la catégorie "mythes" du blog.

  Après le Mexique, grand bond dans l'espace (et dans le temps, puisqu'il ne s'agit plus vraiment de civilisations disparues) vers l'Australie des aborigènes, culture mythique qui m'a toujours intrigué depuis l'enfance. 

 

http://eden-saga.com/img/images/aboColleenWallaceNungari-DreamtimeSisters543px.gif

  Cependant, j'ai un peu peiné à trouver des sources. J'avais jusque là l'essai de Mircea Eliade, Religions australienne. Mais depuis je me suis mis en quête d'autre chose, pour la raison un peu intransigeante que malgré un éblouissement passé, et peut-être un peu naïf, devant Le Mythe de l'Eternel retour, je fais de moins en moins confiance en Eliade et en sa, hum, rigueur ethnologique (ce en quoi un docteur en Histoire des religions de ma connaissance à confirmé mes soupçons).

  Sur les conseils pervers de ce  dernier, je me suis donc rabattu  sur Mythes et légendes d'Australie-Etudes d'ethnographie et de sociologie, d'Arnold van Gennep, publié en français...chez un éditeur américain spécialiste du multilinguisme  (et avec, il faut le dire, un rapport qualité-format-prix qui eut été prohibitif si je l'avais acheté neuf).

  Qu'importe, ma petite parano envers Eliade aura été bénéfique, car j'ai eu l'agréable surprise  de découvrir que l'essai  (c'est un peu le genre de texte auquel on s'attend  d'après le sous-titre), n'occupe en gros que les cent premières pages, sous le simple nom d'introduction, tandis sur tout le reste est dévolu à ce que je n'espérais plus :  un véritable recueil de contes ! Ah, abandonner les résumés esay reading pour des textes à la langue souvent obscure autant que séche et répétitives, l'extase absolue....vous ne trouvez pas ? Ah bon.

  En tout cas, ce fut une occasion de plus de me rendre compte de l'interêt d'une édition savante, fut-elle très ancienne : il faut dire que pour une édition de 1923 (oui quand même) l'introduction et les notes de van Gennep m'ont semblé d'une grande modernité, pleine de remarquables intuitions souvent absentes des vulgarisations actuelles, jeunesse ou pas, des intuitions face auxquelles pèsent finalement peu des archaïsme comme le terme de "demi-civilisés" ou le premier chapitre de l'introduction dédié aux morphologies raciales des australiens (et que j'ai délaissé, il faut dire). En tout cas, ce fut comme toujours un plaisir de confronter textes et paratexte aux adaptations jeunesse que j'ai pu connaître.

http://media.paperblog.fr/i/301/3017869/pays-mimi-python-arc-ciel-lart-aborigenes-ter-L-18.jpeg   D'abord, beaucoup de celles-ci mettaient en scène le mythe d'un temps où seul les animaux existaient ; et cette croyance est en effet répandu en Australie, tandis que le contraire se trouve également (un temps où il n'y avait que des hommes), surtout dans le Sud et le Sud-Est. Mais la situation des contes animaliers est bien plus complexe, car quand un conte dit "un chien" ou "un émeu", cela peut vouloir dire : un homme dont le totem est le chien ou l'émeu (et qui souvent, certes, pouvaient prendre leur forme aux Temps mythiques). De quoi voir les contes animaliers d'un nouvel oeil, plus dérouté par la complexité du problème. C'est un peu le même schmilblick avec les mythes amérindiens, remarquez.

 Mais la surprise numéro 1 concerne pour moi le Temps du Rêve. Surnom des Temps mythiques où les Héros civilisateurs (faute de Dieux, autre sujet de débat dans l'essai de van Gennep), créérent le monde, il s'agit du mythe le plus célèbre d'Australie, celui qui incarne leurs croyances aux yeux des occidentaux, mais je ne sais plus quoi en penser. En  effet, la version connue des occidentaux, c'est que le monde pour les aborigènes est contenu dans le rêve de certaines créatures : un Grand Serpent, les fourmis... Or van Gennep donne un autre son de cloche en précisant qu'il s'agit de la traduction du terme Alcheringa dans la langue des tribus Arunta...mais à l'exception d'une unique mention en note, il choisit de traduire ce terme par l'Epoque mythique ; la note précise que "Temps du Rêve"  n'a pas forcément un sens mythique particulier et qu'on peut le traduire simplement par "le Passé".  Des éléments n'étaient-ils pas encore arrivés aux années 20, où bien les occidentaux ont-ils un peu déliré depuis ?

  Mystére et boule de gomme, mais en tout cas une édition de niveau universitaire permet de se rendre compte qu'une civilisation est plus difficile à appréhender que ce que peuvent faire entendre les vulgarisations.

 

  Pour le crédit des images, je ne suis malheureusement pas parvenu à trouver ce que représente la première peinture aborigène, mais la seconde figure les Mimis et le python arc-en-ciel, esprits que faute de les trouver dans le recueil de van Gennep  j'ai pu découvrir il y a quelques années dans une version finalement plus proche de la fantasy érudite que de la vulgarisation, la célèbre Encyclopédie des Elfes de Pierre Dubois.  

Partager cet article

Repost 0
Published by Kalev - dans Mythes
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Kalev
  • Le blog de Kalev
  • : Chroniques de lectures, anciennes ou toutes récentes, avec quelques chroniques de films ici ou là.
  • Contact

Recherche

Liens