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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 13:49

  Souvenez-vous, la précédente étape russe du périple mythologique, c'était ici

  Après les chants épiques, les contes, et un essai succinct, se sont ajouté depuis deux essais plus fournis, une lecture toute  récente qui sera prétexte à chroniquer une plus ancienne.

 

http://www.artvalue.com/photos/auction/0/49/49878/bilibine-ivan-iakovlevich-1876-peasant-girl-illustration-for-2851980.jpg 

La lecture ancienne déborde du cadre de la Russie : Il s'agit de La Mythologie Slave de Louis Léger, synthèse du tout début du XXème siècle, disponible grâce aux reprints de Nabu Press. Un essai ma foi fort recommandable pour l'époque, bien critique comme il faut.

  Le sujet, c'est la mythologie des slaves païens, étudiée d'après les chroniques mediévales, essentiellement allemandes et byzantines (donc un peu partiales), les sources archéologiques, et les recoupements possibles avec le folklore contemporain, sans oublier au passage de faire la critique nuancée des théories de l'époque (sans parler des délires romantiques et des falsifications nationalistes comme l'idole de Prillwitz).

  Pour celui qui chercherait de grandes épopées mythologiques, cet essai n'est pas le mieux indiqué, pour la simple et bonne raison que les slaves n'ont laissé aucun texte pouvant se comparer aux mythes grecs, celtes, ou scandinaves. Pour faire tout de suite un recoupement avec le deuxième livre dont il sera question dans cette chronique, L'héritage païen de la Russie de Francis Leconte, il y est dit que le paganisme russe était probablement en phase de constitution (avec la Russie de Kiev et du Prince Vladimir) à l'époque de la christianisation, alors que face au même phénomène le panthéon gréco-romain avait déjà connu son apogée et sa décadence.

  Dans l'essai de Louis Léger, l'essentiel des gestes mythiques sont contemporaines, issues du folklore. L'un des sommet de l'essai est ainsi l'impressionnant catalogue des pouvoirs des Vilas, ces fées balkaniques. Lui font de la concurrence à plus petite échelle le catalogue de légendes autour de Trajan, qui avant d'être un personnage folklorique plutôt sinistre, semble avoir été divinisé par les Slaves du Sud, et celui autour de Saint-Elie, successeur probable du Dieu de l'orage Perun. 

  Pour ce qui est Slaves anciens strictement païens, ce ne sont pas leur mythes  que vous aurez à vous mettre sous la dent avec cet essai, mais leur histoire, aussi bien celle des tribus, des sanctuaires et de leur prêtre que ses missionaires risquant souvent leur vie dans ces territoires volontiers hostiles au christianisme. Louis Léger allie à sa rigueur d'historien un véritable talent de conteur, propre à nous plonger dans cette époque reculée, rude et riche à la fois. Le passage le plus impressionnant reste à mes yeux la description du temple d'Arkona, dédié au dieu Svantovit sur l'île de Rügen (Rana en slave) pas les slaves de la baltique aujourd'hui disparus.

 

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Le second essai, L'héritage païen de la Russie-Le paysan et son univers symbolique de Francis Conte, est dans la continuité tout en n'abordant pas le même angle d'approche. Ici, il est un peu question du paganisme ancien dans l'essai, mais le propos est centré sur son héritage dans la paysannerie russe du XIXème et XXème siècle (jusque parfois une époque très proche, même si le XIXème et le début XXème sont centraux), avec des incursions fréquentes chez l'ensemble des voisins slaves, et également des incursions dans la littérature russe, de Pouchkine, ce qui n'est guère surprenant, à Dostoïevski, ce qui l'est un peu plus. Dans cet essai qui relève davantage que le précédent de la vulgarisation, tout en gardant un sérieux universitaire au travers des notes, Francis Leconte étudie la "double foi" du paysan russe (c'est à dire la coexistence de pensées chrétiennes et de pensée magique pré-chrétiennes, sans que les deux se fondent en un syncrétisme, mais aient plutôt tendances à se substituer l'un à l'autre) à travers les représentations des quatre éléments, de la forêt, des animaux et enfin de l'izba.

  Là encore, inutile de chercher son content de récit épique. Il y a bien quelques extraits de contes et de ballades, très rarement entiers, mais ce n'est pas le merveilleux narratif que nous offre à contempler l'essai, mais un autre merveilleux que l'essai de Louis léger nous faisait entrevoir, un peu estompé par les brumes du passé, celui qui entoure le quotidien du paysan slave, à travers le moindre de ses rituel.

  La somme de ces rituel pourrait être lassante, elle est passionante grâce à la structure impeccable de l'essai de Francis Leconte, et certains rites, plus dévellopés que d'autres, sont de petites épopées à eux seuls, comme une sorte de conte réïfié. Je pense par exemple aux rituels spectaculaires de conjuration des épizootie, ou bien aux serments des femmes sous le bouleau, cérémonie très complexe dont les hommes sont exclus, où l'on s'embrasse à travers des branches courbées en cercle et on enterre provisoirement le mannequin du coucou, mais il y a plus étonnant encore : le passage le plus impressionnant de l'essai concerne sans doute l'histoire du linguiste serbe Vuk Karadzic, qui, pour conjurer les forces du mal suspectées pour de nombreux enfants mort-nés dans la famille, a été littéralement donnée en adoption aux loups, auquel on doit son nom de "Vuk" selon un rituel fascinant et pour lequel le terme "d'héritage paien" n'est pas usurpé ; le prénom Vuk, qui veut dire "loup", est d'ailleurs un prénom d'adoption d'origine peu chrétienne et destiné à masquer un nom de baptême afin de protéger l'enfant ; la pratique est courante en Russie ou ce genre d'adoption se fait de manière plus simple, par une autre femme étrangère à la famille qui reçoit l'enfant fragile par la fenêtre et le rend par la porte après lui avoir donné un autre nom.

 

  Je pourrais poursuivre des pages entières sur le monde fascinant que décrivent ces essais, surtout le second, mais le mieux est de vous le laisser découvrir par vous-même.

 

  Le billet ne se termine pas là, car je vais évoquer brièvement deux recueils dans une collection pour laquelle j'ai déjà fait preuve de mon enthousiasme  : Contes et légendes de Russie et un autre un peu hors sujet dans ce billet, Contes et légendes d'Ukraine, dans la collection, donc, Aux origines du monde chez Flies France.

  Pourquoi inclure dans un billet sur la Russie un recueil de contes ukrainiens ? C'est que les contes ukrainiens et biélorusses étaient inclus dans les Contes d'Afanassiev, évoqué dans le précédent billet sur le Russie (voir lien ci-dessus) et après tout les contes de ces deux recueils-ci datent de la même grande époque des récoltes folkloriques.

  Par rapport à Afanassiev, ces recueils apporte un approfondissement vers un genre un peu délaissé par le folkloriste russe comme il a a pu l'être encore davantage par les frères Grimm (signalons que le collection a aussi un opus sur l'Allemagne) et qui forme  la ligne éditoriale de la collection : le conte étiologique, expliquant l'origine de telle ou telle réalité. Dans les contes russes ou ukrainiens, on rencontre des motifs étiologiques commun à bien des peuples d'Europe ou du Monde, mais aussi de bien plus surprenants : pour prendre deux exemples russes, le mythe universel du Cyclope, dans une version plus rustique que l'Odyssée, débouche sur une explication sociale inattendue et très bien trouvée (le forgeron, le tailleur, le menuisier et la misère), et un conte très classique conclut, comme un cheveu sur la soupe, sur la création de toutes les tavernes de Russie à partir des débris du palais d'un Tsar. Bref, encore une preuve de l'inventivité des folklores populaires.

 

  Comme le précédent, ce cillet est illustré d'oeuvres de Bilibine, grand illustrateur des contes et bylines russes. 

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Published by Kalev - dans Mythes
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