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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 19:57

Sur la Mélanésie, j'avais déjà deux livres dans ma PAL depuis quelques années, tous deux parus dans ma bien-aimée collection L'Aube des peuples de Gallimard : Parle, et je técouterai-Récits et traditions des Orokaïva de Papouasie-Nouvelle-Guinée, dirigé par les ethnologues André Iteanu et Eric Schwimmer, et un autre qui dépasse le sujet des mythes puisqu'il s'agit de Ecoute le bambou qui pleure-récits de quatre musiciens mélanésiens ('Aré'aré, Îles Salomon), oeuvre cette fois de l'ethnomusicologue Hugo Zemp (celui qui a défrayé la chronique malgré lui quand une de ses berceuses mélanésiennes a été reprise sans son accord par un groupe nouille age, pour un résultat musicalement infâme -normal, c'est du nouille age).

 

 http://www.gallimard.fr/var/storage/images/product/241/product_9782070740611_195x320.jpg Parle, et je t'écouterai, celui que j'ai lu en premier, donne déjà le ton de la mythologie des peuples de Mélanésie, par des traits qu'on retrouvera dans les récits de musiciens des Îles Salomon, même s'il y a des divergences.

  A quoi qu'ça ressmeble donc, des récits mythologiques de Papouasie-Nouvelle-Guinée ? Du point de vue l'univers imaginaire des Orokaïva, on peut relever des ressemblances avec beaucoup de cultures tribales animistes, de celles où on ne croit pas en des dieux, où on ne semble pas forcément préoccupé par la création du monde (j'ai tendance à supposer que l'un entraîne l'autre, mais je ne voudrais pas proférer d'âneries). Il est remarquable que dans ces mythes-ci, les êtres surnaturels sont particulièrement effacés, une punition comme l'engloutissement d'un village sous le lac de Hanova ressemble à une justice immanente, et un événement aussi important que la sortie des humains de terre à l'aube des temps se fait de manière spontanée, de la même façons que naissent les peuples humains chez les inuits.

  En revanche, si ces traits ne sont pas spécifiques aux mélanésiens, ceux-ci -en Papouasie comme aux Îles Salomon où se placent le second livre- ont une façon particulière de raconter. En  effet, les mythes se passant dans un temps reculé, parfois à l'origine de l'humanité, voisinent sans complexe avec des anecdotes plus ou moins réalistes, parfois très proches dans le temps, et il n'y a pas tellement de frontière entre ces époques et entre ces différents types de récits. Des mythes fondateurs peuvent être dépourvus de surnaturel, au mieux invraisemblables -origine des Orokaïva dans tel village, première guerre à cause d'une corde volée- tandis qu'à l'inverse, le surnaturel intervient dans le vécu le plus récent de la famille, voire dans le celui même du narrateur, ce qui soulève les mêmes questions que pour l'autobiographie inuite chroniquée ici. Il y a une proximité très forte du merveilleux avec la vie réelle dans le folklore Orokaïva, ce qui est bien sûr loin de lui être spécifique -je pense plutôt que c'est universel- mais que je ne me souviens pas avoir ressenti si intensément dans d'autres recueils folkloriques -mais il est possible que les choix des folkloristes fassent la différence.

 

 http://www.gallimard.fr/var/storage/images/product/acc/product_9782070741717_195x320.jpg Il n'empêche qu'on retrouve un peu la même façon de raconter dans le second livre, Ecoute le bambou qui pleure. Comme je l'ai déjà dit, ce livre-ci dépasse largement le sujet des mythes, car il s'agit de récits autobiographiques (d'où le fait que les deux livre mélanésiens soient descendus de ma PAL peu après l'autobiographie inuite suscitée). Si les quatre musiciens 'Aré'aré, qui sont, dans l'ordre de présentations de leurs récits, Irispau', Warousu, Namohan'ai et Tahuniwapu parlent de leur vie, celle-ci est malgré tout un peu effacée derrière leur art, lequel est inséparable de la vie rituelle et religieuse. Et les mythes sont omniprésents dans ces autobiographies.

Là encore, on passe aisément de mythes fondateurs à des récits très ancrés dans le réel, par exemple ceux qui se référent à l'invention de telle ou telle pièce de musique, ou bien une anecdote amoureuse, liée elle-aussi à la musique; dans ces récits, le caractère improbable tient surtout à l'idée qu'on puisse retenir ces anecdotes si elles étaient réellement arrivées.

Pas mal de points communs avec les contes Orokaïva, donc, mais aussi un imaginaire différents : les esprits se mêlent beaucoup plus directement à la vie des humains, les êtres surnaturels sont beaucoup moins effacés. On y trouve nombre de héros fondateurs dont le charisme a peu d'équivalent chez les Orokaïva (ils se distinguent d'ailleurs des gens ordinaires par des noms dotés d'une signification, même obscure,  et qu'Hugo Zemp a la bon goût de traduire).

 

Mais je maintiens, Ecoute le bambou qui pleure dépasse en intérêt le sujet des mythes : c'est aussi un témoignage historique de première ordre sur la société mélanésienne, d'autant plus précieux qu'il donne la parole aux mélanésiens (c'est un peu le principe de la collection L'aube des peuples, en même temps, donner la parole aux cultures étudiés) ce qui peut intéresser même ceux qui s'intéressent peu à l'ethnologie, pour d'autres raisons, par exemple le point de vue sans concession sur l'époque coloniale. De premier ordre, vous dis-je.      

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Published by Kalev - dans Mythes
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