Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 17:45

  Comme promis, pour son quatrième volet le périple mythologique passera de la Russie au Caucase.

  En fait, je vais tricher un peu, et adopter la géographie fallacieuse de la collection Caucase de Gallimard Unesco, éditeurs des deux textes dont je vais parler. Géographie bizarre par ailleurs partagé par les adaptations jeunesse de ces deux mythes (celles qui ont lancé la curiosité sur le sujet arrivé à l'âge adulte) et qui consiste à classer l'Asie Centrale et plus précisemnt le Kirghizistan dans le Caucase au même titre que la Géorgie (et dire que j'ai dans la même collection l'épopée arménienne David de Sassoun, nettement moins hors-sujet, qui m'attend dans ma pile).

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/c9/2009_Nart_25Psark_rev.jpg/160px-2009_Nart_25Psark_rev.jpg 

Trêve d'enfilage de mouche, ouvrons le bal du côté de l'Ossétie avec Le Livre des Héros : légendes sur les Nartes, publié par l'illustre George Dumézil. Le grand spécialiste des mythes indo-européens, dont il a révolutionné l'étude par sa découverte des trois fonctions (religieuse, guerrière, productrice) qui les organisent, s'est intéressé ici au folklore du seul peuple indo-européen du Caucase, les Osséte.

  Cela ne fait pas pour autant de cette édition un pensum (bien moins que le second livre dont je vais parler et sa montagne de notes le plus souvent inutiles -mot de la langue originale, par exemple- regroupés en fin d'ouvrage). Cette édition savante est agréable, avec ses quelques notes à la fin de chaque conte, parmi lesquelles sont signalées d'intéressantes variantes de celles-ci chez les autres peuples du Caucase. Et les variantes de contes caucasiens peuvent être trés surprenantes tant ces peuples ont l'imagination fertile.

  Pour planter le décor, nous sommes dans le village à la situation imprécise d'une race des héros nommé Nartes (dont vous voyez ci-dessus une représentation sur une pièce abkhaze de 2009, pour dire le prestige de ces héros sur la durée) parmi lesquels deux se démarquent par le nombre de leurs exploits, Soslan et Batradz. Ce qui frappe à la lecture, c'est l'ambiance profondément païenne de contes  récoltés au XIXème siècle dans un pays qui se classe encore aujourd'hui dans l'Europe (sans être reconnu comme tel par ses confréres de l'ouest, mais c'est une autre histoire). C'est que comme le décrit l'introduction, le Caucase du XIXème siècle, féodal et guerrier, semble anachronique aux conquérants russes. Ainsi dans ces contes épiques, Dieu et les "Esprits" remplacent maladroitement un panthéon encore visible.

  Mais passé cet exotisme qui ne méne pas loin en terme d'interêt, la principale qualité de ce recueil reste, comme je l'ai évoqué, l'imagination osséte, dont les images sont parfois proches du surréalisme, en tout cas trés différentes des contes populaires ouest-européen et spécialement français, extrêmement sages dans leur merveilleux.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/515TysfLxlL._SL500_AA300_.jpg

 

Aprés l'Ossétie, le Kirghizistan avec l'épopée Les Aventures extraordinaire sous terre et ailleurs d'Er-Töstük, le géant des steppes (ouf) traduite par Pertev Boratav.

  Le peuple Kirghiz peut s'enorguillir de la plus longue épopée du monde, celle de Manas, dont les plus longues versions pésent 500 000 vers (voilà qui m'a surpris, moi qui était convaincu qu'il s'agissait du Mahâbhârata indien). Le plus étonnant est que cette épopée pouvait être récitée, sur plusieurs jours à l'occasion d'un événement comme un mariage, par un seul homme.

  Je vous rassure, l'épopée d'Er-Töshtük n'est pas un tel monstre (juste un peu plus de 13 000 vers). En revanche, elle est rattachée comme toutes les épopées du pays à celle de Manas, pour ainsi dire le devoir de tous les poétes qu'on nomme d'ailleurs les "Manastchï ". En l'occurence,il s'agit d'un passage faisant du héros Er-Töshtük le pére de Manas, et qui n'est guére important pour le récit. Lequel sera plus facile à résumer, car il ne s'agit pas d'un morcellement de contes comme pour le cycle des Nartes.

  Er-Tösthtük est un géant à la force surhumaine, dont le premier exploit est de retrouver ses huit fréres. Puis vient le temps de les marier, ce pour quoi les neuf fils ont du protester, pour cause de l'avarice maladive de leur pére qui menace de faire honte à la famille. C'est en amenant l'épouse de Töshtük que le vieil avare, menacé de mort (mais il l'a  un peu cherché) vend son fils à la Jelmoghouz, la "Vieille de Cuivre", sorcière à sept tête du monde souterrain. Ou plutôt  il lui vend l'âme de son fils, qui prend la forme d'un couteau (dans cette culture où l'âme est vue comme tout à fait matérielle, l'âme d'un homme commun est plutôt  un insecte logé dans la poitrine), et avec laquelle la Jelmoghouz va appâter Töshtük et le précipiter, lui et son coursier parlant Tchal-Konyrouk, dans le Tozok, le monde souterrain.

  Là, Tösthük s'éprend (précisons que la polygamie ne pose pas probléme dans cette culture) de la fille de Kök-Doö, Géant Bleu qui régne sur ce monde du Tozok. Comme on s'en doute, Kök-Doö n'apprécie pas précisement (il hait d'ailleurs particuliérement le héros de seule réputation) et fait subir à son prétendu gendre une série d'épreuve, sept plus précisement.

  Ici, l'épopée est surprenante par le parti qu'elle peut tirer des canevas les plus classiques qui soient, ceux des contes. Töshtük est aidé par des animaux qu'il a aidé sur son chemin (et auxquels on peut ajouter Tchal-Konyrouk)   et par quatre esprits aux pouvoirs particuliers, les Mâmits. Il s'agit de deux conte-types trés classiques : "Les Animaux secourables" et "Les compagnons extraordinaire" (les fans de Terry Gilliam  peuvent se réprésenter ce second par le film Les Aventures du Baron de Münchausen). Mais l'ampleur épique dépasse ces schémas de conte : ainsi la traditionnelle épreuve de rapidité (où le champion du héros s'endort inévitablement) ici déboublée en course à pied et course de chevaux, consiste à battre la Jelmoghouz en passant par "des endroits que personnes n'a jamais exploré". Et je ne vous parle même pas de la quête finale, celle au fond d'un lac dans une région reculée et sauvage, du chaudron maléfique qui detient l'âme du héros (ah si, zut, j'en ai parlé). Suprême luxe, l'épopée se pousuit aprés les aventures dans le Tozok, ce qui étoffe la complexité du texte.

 

  En définitive, deux textes mythiques qui ne sont pas seulement intéressants pour leur interêt historique, mais aussi pour leur beauté littéraire et l'enchantement de leur imagination.          

Partager cet article

Repost 0
Published by Kalev - dans Mythes
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Kalev
  • Le blog de Kalev
  • : Chroniques de lectures, anciennes ou toutes récentes, avec quelques chroniques de films ici ou là.
  • Contact

Recherche

Liens