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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 21:23

  Comme l'indique le titre, pour ce grand retour du périple mythologique (série d'article difficile à alimenter car il est difficile de trouver des choses à dire sur un texte mythologique), il ne sera pas question de la Grèce antique, dont la mythologie est de toute façon quadrillée en long, en large et en travers, mais de celui de la Grèce moderne, du XVIIème siècle aux années...2000. Notons que j'ai de quoi embrasser toute l'histoire mythologique de cette culture puisque j'ai deux épopées byzantines dans ma PAL : une future étape du périple ? Mais bon, la peau de l'ours, tout ça...occupons-nous plutôt de la Grèce moderne, donc, avec trois livres dont deux dans la merveilleuse collection "Merveilleux" de chez José Corti.

 

  http://1.bp.blogspot.com/-U75Yy83F1BM/T8J8ExbgGvI/AAAAAAAABA4/F-5T7r7uEG8/s1600/erotokritos.jpgLe premier est l'épopée Erotokritos, chanson de geste crétoise écrite au XVIIème siècle par un certain Vitzentzos Cornaros (Vincent Cornaros au génériquer du DVD dont je reparlerais) peu avant que la Crète ne passe de la tutelle vénitienne (Cornaros est un noble d'ascendance vénitienne) à celle de l'Empire ottoman. C'est ce qu'on appelle la Renaissance crétoise, dans la continuité des épopées chevaleresque de la renaissance française et italienne, avec pour ce dernier pays les fameux poètes L'Arioste (Roland furieux) ou Le Tasse (La Jérusalem délivrée). A l'instar des romans de la "Matière de Rome" au ,Moyen-Âge, cette chanson de geste adapte l'antiquité dans un cadre chevaleresque, en l'occurence ni un mythe classique ni l'Histoire, mais une mythologie antique réinventée de manière plus vague, à l'époque ou un certain roi Héraklis règne sur Athènes, ce que je ne crois pas inspiré d'un quelconque auteur classique. L'épopée de près de dix mille vers tourne autour d'une histoire d'amour incomprise, celle d'Erotokritos, fils du conseiller du Roi, et de la fille du Roi lui-même, Aréthuse.     

  L'impact de ce poème sur la culture grecque et notamment crétoise est immense  : aujourd'hui encore, des bergers crétois en chante des vers qu'ils connaissent par coeur par centaines voir par milliers, des artistes et des musiciens plus "savants " s'en inspirent également. Et cela m'amène à présenter le magnifique objet qu'est l'édition José Corti : au livre est joint un DVD comportant des extraits de concerts, partagés pour moitié entre "chants des bergers de Crète de l'est" et des "ballades pour Erotokritos" qui me semblent d'inspiration plus classique même si elles sont aussi jouées avec des instruments traditionnels. Ce DVD apporte une véritable plus-value à l'édition. Avant même que je ne lise le livre, ces chants lancinant et envoûtant m'ont donné une envie brûlante de savoir quelle épopée ils interpétaient.

  Et donc, j'ai lu le livre. Comment dire ? Aïe.

  Que ce soit clair tout de suite, ce n'est pas le texte lui-même qui est en cause, mais la traduction. Robert Davreu fait d'abord du bon boulot avec la préface qui  fait saliver en décortiquant avec profondeur les richesses du texte, à condition que l'on fasse gaffe au spoiler intégral de l'intrigue. Il fait encore du bon boulot, excellent même, avec le début de la traduction : la première page et demi, environ, est flamboyante, la beauté du texte éclate dans toute sa splendeur...mais le soufflet retombe vite quand le traducteur, tout en restant  paradoxalement attaché au vers libre, ce qui rend d'autant plus incompréhensible ce qui suit, se pique de faire des rimes, et nous inflige des pages presque entières de...rimes en "é". Vous imaginez l'effet mirilitonnesque, d'autant plus que ces rimes anarchiques sont obtenues à grands renfort de contorsions syntaxiques  si peu naturelles que pour peu qu'on ait la moquerie facile, on en viendrait presque à citer Maître Yoda. Bon, après quelques pages de lecture pénible, j'ai feuilleté un peu plus loin, il semble qu'il y ait des passages ou ça s'améliore et ou le traducteur renonce au moins provisoirement aux rimes, mais je n'ai pas trop le courage de vérifier.  C'est affreux, mais je crois que ce livre est en train de me tomber des mains. Vous remarquerez que je dis pas qu'il m'est déjà tombé des mains, car je me refuse encore à dire mon dernier mot : non seulement j'abondonne rarement un livre, mais cela ne m'est jamais arrivé pour un texte ancien touchant de près ou de loin à ma passion pour les mythes, passion qui m'a poussé à lire des textes arides (mais qui sonnaient peut-être moins faux), a fortiori aussi vite et pour une raison ne relevant pas des qualités intrinséques du texte, qui doit être sublime dans sa version originale. Je n'ai pas dit mon dernier mot, donc (même si c'est mal parti) mais je crois avoir assez jugé de la bête pour en parler dans cette chronique et avertir le lecteur potentiel de ce qui l'attend. Puisse-t-il être plus tempérant que moi.

 

http://www.renaud-bray.com/ImagesEditeurs/PG/846/846361-gf.jpgOn arrive à des choses plus légères en se rapprochant dans le temps et  en abordant la mythologie grecque moderne par un versant que je préfère toujours à celui de la littérature savante, même ancienne : celui du folklore, des contes populaires, averc deux recueil dont l'un est encore chez José Corti, les Contes de la Nuit grecque rassemblés par Anna Angelopoulos, et l'autre chez Acte Sud, On raconte en Laconie-Contes populaires grecs du Magne, par Margarita Xanthakou.

  Le second est très localisé, dans l'espace comme le sous-titre l'indique (le Magne est une région de Laconie, elle-même région du Péloponnèse, c'est vous dire si c'est du local) mais aussi  dans le termps, puisqu'il s'agit d'une collecte très récente faite dans les années 70-80, à l'époque ou la télévison est en train de tuer les veillées (les conteuses, présentées  dans une postface, sont toutes des grand-mères). Le premier, en revanche, couvre un large éventail du folklore grec : dans l'espace, il s'étend en dehors du pays même, jusque dans des régions aujourd'hui turque, et dans le temps il va du XIXème siècle aux années 2000, soit la même fourchette que le recueil de contes estoniens, dans devinez quelle collection, que j'avais chroniqué dans l'étape sur les pays de la Baltique

  Même si l'anthologie d'Angelopoulos brasse plus large, la majeure partie de ces contes partage avec ceux de Xanthakou le fait d'être des textes très peu réécrits, dont la poésie rude et étrange se fait le mieux sentir. Cela semble étrangement le cas d'autres recueils balkaniques de la collection "Merveilleux" : Le Zmeu dupé et autres contes transylvaniens ou les Contes judéo-espagnols des Balkans (dans ces derniers, la folkloriste avait préservé les incohérence quand les conteurs s'emmêlaient les pinceaux, chose toute nouvelle pour moi). La lecture de ces quatre recueils de contes, dont deux grecs, me rend d'ailleurd sceptique devant l'expression de Dumézil "le folklore uniforme des Balkans" dans lequel les légendes grecques, justement, sont censé s'être fondues. En  effet, chacun de ces trois folklores mêlent ses propres images poétiques à des schéma de contes internationaux, et possède donc son identité propre. L'héritage antique est présent dans les contes grecs (on y rencontre les Moires, Charon, les Gorgones, les Cyclopes...) même si on ne saurait en aucun cas réduire les contes aux traces effacées et altérées de l'antiquité, ceux-ci doivent être apprécié dans toute la variété que leur procure trois mille ans d'héritage culturel.

  Le paratexte du recueil de Xanthakou est rudimentaire, en revanche celui de l'autre recueil est fidèle à la tradition de chez José Corti : très copieux, presque trop avec ses longues notes sous chaque conte. Il est intéressant de survoler celles-ci pour se renseigner sur les variantes des contes, même si on se perd  dans la jungle de la classification Aarne-Thompson-Uther-Bidule ; en revanche les interpétations, quand il y a en a, ne m'ont guère intéressé : mêrme si elles ne se résument peut-être pas à ça, ont sent très fortement l'influence de la psychanalyse, et l'interprétation psychanalytique des mythes, ça ne m'intéresse tout simplement pas. Ce qui n'enlève rien à la qualité globale de ces deux anthologies.

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Published by Kalev - dans Mythes
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