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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 20:55

Un livre dont j'ai parlé tout récemment, car sa relecture plus attentive m'a obligé à corriger l'énorme bourde, due à un vrai délire d'interprétation, dans l'article où je parle entre autre de mythe inuits.

Le choix de faire descendre ce livre de ma PAL fut motivé par un cycle de lectures sur les légendes urbaines, dont il me faudra faire un compte-rendu quand je l'aurais fini (encore un livre à recevoir et à lire). Dans Dragons et Merveilles de Jean-Loïc Le Quellec, énorme pavé qui ne parle que marginalement des légendes urbaines, deux articles m'ont familiarisé avec un phénomène dont je percevais confusément l'existence au cours de mes lectures mythologiques : le "vécu mythique". Or c'est l'intuition de quelque chose d'approchant qui m'avait poussé à acheter iml ya quelques années Mon passé eskimo, livre paru chez l'excellente collection "A l'aube des peuples" de chez Gallimard : la proximité immédiate avec les événements merveilleux, tel qu'on peut l'éprouver dans certaines peuplades mais dont j'avais aussi trouvé trace dans le folklore rural français. A vrai dire la proximité du chamane Georg Quppersimaan  avec le merveilleux est bien plus intense que je ne l'aurais jamais imaginé. Mais ne mettons pes la charrue avant les morses.

 

  http://ecx.images-amazon.com/images/I/41C596MG88L._.jpgGeorg Quupersimaan retrace pour le révérend Otto Sandgreen, éditeur de ce récit, toute sa vie depuis sa naissance jusqu'à sa conversion au christiannisme en 1915, à l'âge de 26 ans, ce qui fait de ce récit de vie un passionant témoignage sur une époque charnière de fin d'une civlisation traditionnelle -le titre inuit originel, évoqué par le révérend dans sa courte introduction, serait plutôt "Quand j'étais païen", mot à mot "quand je ne connaissais pas Dieu", cette dernière expression revenant en leitmotiv dans le récit. Georg Quupersimaan, de son nom inuit Qaartivat -Quppersimaan est le nom de son père, attribué comme nom de famille après son baptême- est orphelin très peu de temps après sa naissance, son père étant assassiné par deux coupe-jarrets très célèbres à l'époque. Toute sa vie avant sa conversion sera hanté par la vengerance, mais curieusement pas envers les assassin de son père, plutôt envers son beau-père Kilimii, qui a maltraité sa mère lorsque lui-même était tout petit. Dans le but d'être assez fort pour risquer un chant  diffamatoire à l'encontre de Kilimii sans craindre un mauvais sort de celui-ci, il s'initie pendant des années au chamanisme et rassemble une petite armée d'esprits auxiliaires.

 

  J'ai commencé ces mémoires avec en tête les présupposés que m'inspirait mes innombrables lectures de contes d'un peu partout dans le monde, y compris quelques contes inuits, et m'attendais à un style sec -il l'est un peu, c'est vrai- et  très allusif. Ce n'est pas du tout le cas : le talent de conteur de Quppersimaan est stupéfiant. Son récit fourmille de détails et de  vie, on partage véritablement la vie au Groenland de cette époque, comme si on y était. Certains passages sont des morceaux de bravoures digne d'un roman d'aventure, tel le duel intense entre Pitsuara, le grand-père du narrateur, et le futur assassion de son père; de fait, n'était quelques discrètes marques de style archaïque par-ci par-là, on aurait l'impression de lire un roman d'aventure écrit par un auteur occidental.

  Une aventure très particulière, car la majeure partie en est surnaturelle. Et c'est là que le récit prend un tour déroutant. Si j'y ai bien vu une forme de "vécu mythique", celui-ci n'a rien à voir avec celui que j'ai rencontré récemment dans les articles de Le Qellec, et qui ne consiste qu'en une interprétation de l'étrangeté du quotiden à l'aune de ses propres croyances, sans altération de la réalité. Non, ici, Georg Quppersimaan vit réellement la rencontre avec les esprits. Voilà de quoi déstabiliser notre rationalisme occindental ! Peut-être Quupersimaan évite-t-il soigneusement de livrer les recettes de la transe chamanique, par exemple les hallucinogènes nécessaires ; peut-être est-il psychotique, ce qui en ferait l'un des innombrables cas de fou considéré comme voyants dans d'innombrables cultures du globe : Otto Sandgreen envisage également dans son introduction qu'il soit un affabulateur, mais n'y croit manifestement pas. Peut-être la solution est-elle dans un quelconque ouvrage d'ethnologie, portant sur ce récit en particulier ou plus largement sur la culture chamanique inuit. Mais après tout, il n'est pas nécessaire de rationaliser ce récit pour l'apprécier, pour goûter son imaginaire fabuleux, emplies d'images fantasmagoriques qui ne doivent rien à l'imaginaire occidental et le rende autant digne de nos grands romans fantastiques que de nos grand romans d'aventures. On fait difficilement plus enthousiasmant comme témoignage historique, et celui-ci est un témoignage de premier ordre.

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Published by Kalev - dans Mythes
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CD 09/11/2014 20:18

Quel dommage que tant de fautes d'orthographe perturbent cette présentation!

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