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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 22:50

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Il était décidemment temps que je me lance enfin dans ma participation au challenge Summer Star Wars V, dont je viens bêtement de laisser passer les deux premiers mois. Heureusement, j'ai quelques (petites) réserves dans ma PAL, et notamment  le deuxième achat livresque le plus cher de ma vie après une autre oeuvre qu'on pourrait qualifier de space op', et le plus cher fait de manière impulsive (ce que je suis faible quand même, je sais plus si je vous l'ai déjà dis) : l'intégrale des années Metal Hurlant de Moebius.

 

  Bien sûr, l'intégrale ne contient pas que du space op' ou du planet op', ni même que de la SF, mais ces deux sous-genres associés sont assez majoritaires pour faire entrer l'intégrale dans ce challenge. Il va de soi que cela n'empêche pas, et heureusement, de parler des euvres non space op' et non SF. On trouvera ainsi un (deux ?) récit fantasy, deux récits réalistes mais avec un recours à l'onirisme au sens propre, une interview délirante du dessinateur, un road movie post-apo tout aussi délirant censé être un souvenir de vacance du même, une série policière farfelue jusqu'au surréalisme (Le Tueur à gage), et bien sûr un peu de SF sans voyages spatiaux...

  Le ton est déjà donné avec l'énumération ci-dessus, et le même avertissement doit s'appliquer à ces textes comme à la foule d'aventures spatiales qui les entourent : sérieux s'abstenir ! Car on est dans l'esprit décontracté de la mythique revue  Metal Hurlant, et les histoires courtes qui composent cette intégrale sont presque toutes humoristiques et parodiques. Une grande surprise pour moi qui avait jusque là  un image très sérieuse de ce grand monsieur de la BD sci fiste franco-belge, dont je dois avouer avoir peu lu auparavant. 

 La façon la plus simple de faire de l'humour, pour Moebius, c'est encore d'assumer éhontément la kitsherie d'une certaine SF: les noms bien ringues, le jargon hermétique, les personnages caricaturaux aux dialogues stéréotypés sont omniprésents dans ses histoires. Mais Moebius peut aussi aller jusqu'au dernier degré de l'absurde, au point qu'il n'aurait peut-être pas eu à rougir devant les Monty Python.

  L'absurde atteint son sommet le plus grandiose à travers un personnage  récurrent qui doit apparaitre à lui seul dans le tiers de cet intégrale, j'ai nommé le Major Grubert. Ce chasseur colonial d'opérette, mais malgré tout susceptible de devenir une légende vivante , fait le pont entre les différents genres de cet intégrale, car il apparait d'abord dans un superbe délire non SF (La chasse au Français en vacances, tout un programme), avant se s'envoler dans les étoiles pour des épopées à peine plus sérieuses. Le point culminant de ses aventures et le feuilleton-fleuve Le Garage Hermétique de Jerry Cornélius, le mot hermétique du titre n'étant pas innocent : la parodie de l'hermétisme de la SF old fashion est poussée dans ses derniers retranchement, vous ne comprendrez pas grand chose aux enjeux de cette épopée de cent pages, mais pour peu que vous soyez réceptif   à l'humour débile et absurde et aux délires psychédéliques, vous vous marrerez bien. Surtout que le délire graphique est à la hauteur du délire narratif, notamment dans les en-tête des épisodes -années 70 forever.

 

  Pour rester dans le registre de la SF humoristique, les autres histoires montre la diversité que Moebius manifeste dans l'humour même : celui-ci est parfois noir, avec un petit air de famille avec certaines des Idées noires de Franquin. Il peut aussi faire dans l'humour pas très finaud, et même graveleux, mais cela ne donne pas forcément des histoires sans intérêt. Un feuilleton assez long s'appelle ainsi Le Bandard Fou, ce qui ne promet  que finesse et délicatesse, mais l'auteur arrive à créer un véritable univers autour, qu'il n'oublie pas de soigner graphiquement (ce qui n'est pas le cas de toutes les nouvelles de ce recueil, où tous les degré de graphismes coexistent, en sachant qu'on est globalement pas volé sur la réputation du monsieur), il recourt à l'absurde quand le graveleux ne suffit pas, et se permet même de faire dans l'expérimentation graphique, les planches alternant avec une série  de vignettes en pleines pages montrant, sans qu'on voit a priori le rapport avec l'histoire, la métamorphose peu ragoûtante d'un homme.

   Inutile de résumer les histoires plus courtes qui parsément ce recueil, dans la mesure où il s'agit en majorité d'histoires à chute, donc impossible à résumer (mais notez, histoire de brasser tout le spectre de l'intégrale, qu'on en trouve aussi qui semble n'avoir ni queue ni tête). Je me contenterai, avant de passer au sujet des histoires "sérieuses", d'exprimer ma suprise devant la découverte des racines de la série Arzac : je connaissais ce héros et sa monture volante par son premier album longue durée, édité en noir et blanc en 2009 et en couleur en 2010, et qui amorçe une véritable épopée de space opéra, pas forcément parodique malgré le kitsh assumé, et s'annonçant bien trépidante  après ce tome d'exposition. Je savais que les débuts d'Arzac, dans les 70's, consistaient en histoires courtes et muettes (les quatre premières sur les six de cet intégrale, en fait) mais je ne m'attendais pas à ce qu'elle soient humoristiques, et pas toujours raffinées nons plus. Comme ça, je mourrais moins con.

 

  Maintenant, les histoire sérieuses, car il y en a, même si certaines sont plutôt demi-sérieuses. En fait, s'il est une frontière difficile à déterminer chez Moebius, c'est entre humour et histoires tragiques, étant donné que son humour est parfois franchement grinçant. Ce paradoxe est flagrant dans la nouvelle fantasy Citadelle Aveugle/ Tornsoc chevalier, une nouvelle en couleur (ça mérite d'être signalé, puisque le noir et blanc domine dans cette intégrale, et que j'ai connu certaines nouvelles colorisées après coup seulement, en album), où le kitsh des dialogues ne cache pas le tragique de l'histoire. La gravité tragique prend cette fois le pas sur le kitsh dans le très beau Ballade, autre nouvelle en couleur, histoire d'amour qui finit mal sur une planéte lointaine, au rythme de la poésie de Rimbaud. La très courte nouvelle muette (et encore en couleur, décidément) Double évasion n'ai rien de guillerette non plus, tout en enrobant encore plus efficacement le tragique de poésie

  Les deux nouvelles réalistes ( mais avec recours au rêve) sont elles plus univoque dans la gravité. La Tarte aux pommes évoque avec une mélancolie douceâtre la naissance de la sensualité chez l'adolescente, tandis que Cauchemar blanc dépeind le racisme ordinaire avec une chute inattendue et guère optimiste. 

 

  Je conviens que l'enthousisame de cette chronique sera difficile à partager étant donné le coup de l'objet (100 euros quoi), mais les albums ayant repris ces histoires peuvent donner un bon aperçu de l'intégrale. Elle-même, tant sur le plan graphqiue que sur celui de la narration et du ton, donne un aperçu remarquable de la palette de talents de Moebius.

 

    http://storage.canalblog.com/65/87/390509/65254762.jpg

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Published by Kalev - dans BD
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