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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 23:48

  Compte-rendu de mon week-end ciné, suite et fin.

 

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Lars von Trier peux se vanter d'avoir créé le buzz en parlant de son futur film fin 2009. Déjà à l'époque, le public devait se faire à l'idée que le réalisateur le plus barge du cinéma danois ferait un "film catastrophe", mettant en scène la collision d'une planète nommée Melancholia avec la Terre, avec un budget de seulement 5 millions de dollars. Je ne pense pas, enfin je n'espère pas, être le seul à m'être demandé "mais comment va-t-il rendre ça crédible ?". Il faut dire, puisqu'il est devenu hors de propos depuis longtemps de cacher mon incultance cinématographique, que je ne connaissais Lars von Trier que de nom, que j'avais en 2009 une idée encore très vague des délires dont il était capable (même maintenant, il m'a fallu attendre ce dimanche pour apprendre que Dogville utilisait des décors figurés par des formes et des noms à la craie sur le sol, quand bien même je connaissais l'existence de ce film dés sa sortie) et que comme de bien entendu Melancholia a été mon baptême (et ça s'est très bien passé).

  Donc, comment rendre crédible un film catastrophe sur la fin du monde avec 5 millions de dollars ? Tout simplement en ne réalisant pas un film catastrophe.

  J'avais déjà lu avant visionnage, dans un article comme celui-ci, l'idée que le meilleur moyen de dépoussièrer un peu le genre ultra-balisé du récit-catastrophe était d'assumer le caractère auto-centré et même égocentrique (le mot est employé dans la chronique ci-dessus par l'ami Fred Combo, comme vous pourrrez le constater), de ce genre d'histoire. Le genre de chose qu'on oublie dans une production à la Roland Emmerich où l'ambiance "journal télévisé" l'emporter sur des personnages de toute façon complétement creux.

  Lars von Trier pousse à l'extrême ce principe d'égocentrisme, en décrivant les dernières heures de la Terre en huis clos dans une grande propriété isolée, sans même un contact médiatique avec l'extérieur, à l'exception de quelques recherches Google. Ainsi, non seulement nous ne verrons jamais la catastrophe, sauf dans les toutes dernières secondes du film, ce qui est encore normal, mais nous n'aurons aucune image de panique confinant à d'émeutes, d'autoroutes encombrées et de zapping sur flash infos. Non, juste une propriété bourgeoise isolée dont les quatres occupants finiront par parler, penser et souffrir au nom de toute l'humanité.

  Le film se divise en deux parties. Ou pourrait dire trois si l'on compte le générique, qui n'a rien d'un ornement futile, une successions d'images hallucinantes digne des surréalistes, magnifiés par leurs ralentis, et dont les versants réalistes seront semés tout le long du film, contribuant à tenir en haleine un spectateur qui aura bien besoin de cela au long de ce métrage extrêmement lent, où pour peu que l'on ne soit plus réceptif à l'action qu'à la contemplation, on pourrait penser qu'il ne s'est rien passé pendant deux heures (alors que la contemplation, quand elle est bien mené, n'est qu'une autre forme d'action, à faire pâlir un Van Damme).

  Les deux parties du métrage proprement dit seront centrées chacune sur un personnage, l'une des deux soeurs habitant la propriété, Justine (Kirsten Dunst) et Claire (Charlotte Gainsbourg). L'héroïne de la première partie, c'est Justine. Héroïne, c'est un peu le cas de le dire, puisqu'alors que personne ne parle encore de Melancholia, la propriété accueille des dizaines de personnes, et c'est à l'occasion de son mariage. L'heure qui suit sera une longue exposition d'une heure, mais allant assez à l'essentiel pour ne pas être ennuyeuse. Davantage que de découvrier le milieu huppé particulièrement conformiste et rasoir qui environne les soeurs Claire et Justine, cette partie nous permet de cerner les principaux personnages, ceux qui seront livrées à eux-même dans la seconde partie centrée sur Claire et où planera l'ombre de la planète : Justine, dépressive instable, pouvant passer de l'euphorie à la dépression et avoir des comportements surprenants, et qui n'est évidemment pas fait pour ce mariage (à voir le benêt qu'on lui flanque entre les pattes, aussi...).  Elle le prouvera d'ailleurs en ruinant superbement dans la soirée même et le mariage et sa promotion professionnelle ; son beau-frère, le mari de Claire, incarnation du confromiste bourgeois qui les entourent, qui prend les lubies de Justine de façon très personnelle et tient pour des raisons très triviales (tout n'est finalment question que d'investissement) à ce mariage mais aussi au bonheur obligatoire de Justine ; Claire, qui balance entre ces deux certitudes ; et enfin, leur fils Léo, qui gardera son insouciance d'enfant durant tout le film en faisant confiance aux adultes, au point de ne même pas sembler atteint par la menace de Melancholia.

  Et la deuxième partie, en huis clos à quatre personnes sous l'ombre de la planète, sera la suite logique : le mari de Claire persuadé que Melancholia n'atteindra jamais la Terre, Justine, dont la dépression frôle un moment la catatonie, persuadé que la vie est mauvaise et que son anéantissement sera une bonne chose, et Claire s'angoissant faute de n'avoir aucune de ces certitudes (et Léo qui se fiche toujours de tout, bien sûr).

  Cette apocalypse en huis clos prend alors tout son sens : les personnages symboliques, la coïncidence entre le nom de la planète et la maladie de Justine, tout cela donne au film l'allure d'un récit mythique, le genre de récit où il est tout à fait normal que quelques personnages remplacent une humanité entière.

  Qui dit récit mythique dit simplicité, d'où l'obligation de ma part de spoiler à peu près toute l'intrigue si je voulais parler du film sérieusement : l'intérêt n'est pas dans la surprise. Sur cette trame minimaliste, c'est dans la mise en scène et dans l'ambiance qu'on attend von Trier au tournant, et en effet nous auront notre comptant de scènes sublimes (déjà avec le générique...). Le lever de Melancholia salué par le reveil nocturne des oiseaux est par exemple un pur moment de poésie. D'ailleurs, transition très facile pour parler de la BO, puisqu'il s'agit, excusez du peu, de Tristan et Isolde de Wagner.

  Mais il y a une deuxièlme chose qu'on attend au tournant, ce sont les acteurs : ils sont l'une des grandes forces du film. Kirsten Dunst en particulier a l'occasion de briller par la peinture à la justesse effrayante de la dépression que lui fait interpréter von Trier.

 

  Un film déroutant, assez dificile d'accés, qui en prenant prétexte d'un argument science-fictif pour parler de thèmes qui ne le sont guère (de quoi faire hurler certains puristes de la essèfe, mais bon), à la fois plus proches de notre monde contemporain et d'un intemporel mythique, fait triompher au cinéma un genre dont il est très à la mode depuis quelques années de parler en littérature : la transfiction.       

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