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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 23:22

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A force de cibler de plus en plus mes lectures en vue d'achat et de délaisser la gratuité des bibliothèques, je commencais à oublier les joies de trouver une merveille que l'on ne cherchait pas. En l'occurrence, c'est dans la partie bibliothèque d'une bouquinerie à tendance anarcho-libertaire (circonstance qui a un peu influencé ma réception de l'ouvrage et accentué la surprise qu'il me réservait), que j'ai fait la connaissance tout à fait inattendue de l'auteur malien Ismaïla Samba Traoré et de son roman Les Amants de l'esclaverie, paru en 2004 aux éditions françaises Le Cavalier Bleu (l'auteur écrivant, m'apprend Wikipédouille, en français et en bambara). La 4ème de couverture présente le roman comme le récit de la révolte contre l'esclavage sahélien d'un couple de jeune gens "unis par l'amour et le désir de vengeance". J'avais parcouru cette 4ème de couv' avec une certaine inattention envers des détails qui aurait du me mettre la puce à l'oreille, sans doute influencé par le contexte de la trouvaille qui encourageait ma jeune et timide âme de gauchiste à me laisser bercer par des phrases roboratives comme "...et leur parole sera la sagesse qui mènera les insoumis vers un monde plus juste". En bref, je m'attendais à un roman historique, et pas à ce que ce roman s'adresse à une âme bien plus profondément et anciennement enraciné en moi, celle du sci fiste et plus largement de l'amateur de récits imaginaires, car, même "perdu" dans une collection de litté blanche, Les Amants de l'esclaverie n'est rien de moins qu'une fantasy mythique venue d'outre-méditerrannée.

 

  Les légendes africaines sont bien connues de Traoré, puisqu'il a fait des traditions orales d'Afrique de l'Ouest l'objet de ses travaux universitaires, avec les mouvements migratoires et, histoire de retomber sur le roman, l'esclavage dans les sociétés sahéliennes. Ce roman-ci a l'air d'adapter des traditions existantes, ce que semble confirmer, outre le fort ancrage dans la géographie et la culture malienne, le procédé de citer des fragments d'épopées en vers qui remplacent carrément des morceaux du récits -et donne au passage une sacrée gueule au roman-  à vrai dire je n'en sais fichtrement rien, d'abord de ma relative méconnaissance du continent africain qui me pousse à la prudence, ensuite parce que la 4ème de couv', toujours elle, dit que le roman est "construit à la manière des chronique traditionnelles d'Afrique de l'Ouest" (bien sûr, elle aussi est à prendre avec prudence). Aurait-on, au-delà d'une fantasy mythique, une fantasy à l'occidentale créant des mythes inédits ? Ce serait fabuleux, mais ce n'est pas à moi de le confirmer.

  Au titre des autres mystères que soulèvent ce roman, et qu'un africaniste comme Traoré pourrait éventuellement résoudre, j'ignore si l'épopée racontée dans ce roman repose sur des faits historiques ou une pure fable mythique (dans le premier cas, des signes comme l'introduction timide et discrète d'armes à feu dans un Mali encore indépendant -avant l'invasion marocaine- fait songer au XVIème siècle, dans le second il ne permettent d'attribuer une époque précise au récit). Pour tout dire, j'ignore même si le pays de Kolonso où se déroule l'essentiel de l'intrigue existe !

  Une fois passée cette difficulté d'appréhender le roman de par la barrière culturelle, sa fantasy mythique et historique se deploie das toute sa splendeur : le couple de meneur de la Révolte, surtout le jeune homme Koké qui est le véritable héros (sa compagne Ryétou aura un rôle effectif mais tardif, j'ai crains un moment qu'elle soit la sage et patiente promise du héros) sont clairement prédestinés, il y a des prophéties, des réincarnations, des prodiges bénéfiques et maléfiques qui prennent des formes originales et surprenantes, des héros téméraires visiblement aidés par le destin sans que cela n'empêche de douloureux martyrs.

  J'incite fortement tous les amateurs un tant soit peu éclairé de fantasy qui se perdrait sur ce blog de jeter un oeil à ce roman africain : une fantasy qui non seulement ne se passe pas en Europe mais ne vient pas d'Europe, puise des images neuves dans un folklore dont nous ne sommes pas coutumier, et surtout, histoire de clouer le bec à certains puristes sci fistes, une fantasy en aucun cas réactionnaire, puisque l'engagement contre l'esclavage, mal dont le fantôme hante encore le Sahel moderne, est clairement affirmé dés la préface de l'auteur.

  Reste quelques aspects qui pourraient dérouter le lecteur et m'a moi-même inspiré quelques réserves du point de vue de la trame romanesque : un certain refus du spectaculaire amenant a beaucoup suggérer (là, je reconnais que j'attendais peut-être du roman des choses qui n'avait pas y être), ou plus gênant un rythme qui s'emballe dans les derniers chapitres (quelques chapitres supplémentaires n'auraient pas gêné  dans un roman qui compte à grand peine 180 pages), et rend au passage plus transparente l'apparition tardive de Ryétou et plus abrupte la fin. Mais ce sont presque des défaut mineurs comparé au plaisir de découvrir un imaginaire d'un autre continent.  

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Published by Kalev - dans SFFF
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