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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 02:00

http://img.over-blog.com/366x500/1/18/13/98/3/Le-Rivage-des-Syrtes.jpg 

Je viens de finir la longue lecture, trés  attentive, de ce classique de Julien Gracq.

  Mon interêt pour ce livre a pu être réveillé par Le Cycle des contrées de Jacques Abeille    qui tient un peu de l'héritage littéraire de ce roman, mais découlait avant tout de sa proximité avec un de mes grands romans cultes,  Sur les falaises de marbre d'Ernst Jünger .

 

  Comme j'ai prononçé le nom de Jünger, je vais ouvrir ma chronique sur un coup de gueule qui, histoire de faire d'une pierre deux coups, me donnera le prétexte idéal pour parler du roman de Gracq.

  En effet, Le rivage des Syrtes de Julien Gracq est souvent rapproché  du Désert des tartares de Dino Buzzati (livre que je devrais enfin lire dans un futur proche) et tous deux sont cité comme inspirateurs de bien des oeuvres inclassables de la littérature contemporaines, cultivant le même type d'univers atopique,  parmi lequelles le cycle de Jacques Abeille cité plus haut.

  Or, on oublie totalement leur inspirateur commun, dont Gracq  n'a jamais caché la grande influence, le roman de Jünger également cité ci-dessus. C'est pour moi (qui suit un gros fanboy de Sur les falaises de marbres, certes) la plus cuisante injustice répandue médiatiquement  par le monde des lettres franchouillard. Outre le talent de Gracq qui va certes plus loin dans l'audace littéraire que Jünger, mais qui ne justifie pas une omission, la machine Goncourt a sans doute joué, ironie du sort quand on sait que Gracq fut l'un des deux seuls avec Romain Gary / Emile Ajar à avoir la classe de refuser le prix -et deviner avec quoi on vend encore le livre. Mais bref, si je parle d'injustice cuisante, c'est que l'univers prodigieux de Gracq ne serait rien sans celui de l'auteur allemand dont fut l'ami. Et pardon d'avance si le paralléle structure ma chronique, au point de faire un prolongement inattendu de celle dont j'ai donné le lien en second place au début du présent article, mais je n'ai pas pu m'abstraire du rapprochement à la lecture, et pis c'est MON BLOG, je fais C'QUE J'VEUX. 

  Hum, excusez moi.

 

  Donc, déjà, du point de vue du fantastique étrange qui a fait sa renommée, l'univers de Gracq est celui de Jünger. Il s'agit des même contrées atopiques, d'autant plus impossibles à situer que leurs contacts avec notre monde et notre histoire ne manquent pas. En l'occurence, nous avons Orsenna, archétype d'une  république aristocratique italienne, et son adversaire avec lequel elle est censée être en guerre depuis trois siècles, le mystérieux empire oriental  du Farghestan, de l'autre côté de la mer vers le sud. Entre les deux, les Syrtes du titre, terres semi-désertiques du sud de l'Empire d'Orsenna, dont elle sont censées être le rempart militaire dans cette guerre endormie depuis trois siècles.

  En plus du fantastique, le roman de Gracq partage un autre aspect primordial avec celui de Jünger : le théme même du roman, la décrepitude menant à la mort d'un pays, miné peut-être à la base par une influence étrangére, mais avant tout par le dangereux besoin de changement et d'aventures de ses propres citoyens minés par l'ennui -ce qui se comprend tout à fait dans le cadre d'une guerre larvée depuis trois cent ans.

  Mais sur cette richesse thématique, le traitement de l'élève est trés différent de celui du maître. Car Gracq n'a pas l'intention de faire dans la morale manichéenne un peu mystique  de Jünger. Non, son univers de décadence est bien plus cynique et absurde, et quasiment aucun personnage n'est propre sur lui dans cette grande affaire de fin d'un monde. A commencer par le narrateur, Aldo, jeune artistocrate venu s'enterrer au Syrtes, et dont le rôle, pour s'inscrire dans l'élan collecit d'Orsenna, n'en reste pas moins ambigu. Autour de lui se déploie toute la palette des responsable, du jeune naïf et trop fougeux officier Fabrizio à la charismatique comploteuse Vanessa.

 

  Comme on est enfin embarqué sur les qualités propres du roman, attaquons ce qui fait son attrait principal : son style (déjà chez Jü...d'accord, j'arrête). Je dois dire qu'en terme de prose poétique, j'ai rarement vu atteint un tel niveau. La moindre phrase est ciselée, et pourtant le texte entier est clair et coule comme de l'eau. J'y ai vu, excusez d'avance si je m'emballe, l'empreinte d'Homére, dont est imité l'appel systématique aux comparaisons.

  Et par style, je sous-entend immédiatement les ambiances qu'elle évoque, car c'est ce que je recherche dans une prose poétique. Il est clair que dans ce cas on est servi : les paysages jouent un rôle important dans l'écriture du roman, offrant des visions sublimes  comme les jardins d'Orsenna où Aldo rencontre Vanessa, les ruines recouvertes de forêt de la cité de Sagra, où l'abord de nuit des pentes du Mont Tängri ; mais les paysages les plus importants sont intérieurs, l'introspection étant plus importante dans le roman que l'exploration aventureuse.

 

  Bref, sans aucun doute un chef-d'oeuvre de la littérature, qu'il convient d'avoir lu une fois dans sa vie. Mais pour faire mon monomanique revanchard, je me permettrai de conseiller de lire d'abord Sur les falaises de marbre, afin de réserver le choc de ce fantastique étrange, fut-il bien moins fouillé, à celui qui en fut l'inventeur. 

 

  Je laisse le mot de la fin à l'ami Nébal, encore une fois un juste retour des choses envers l'article qui m'a fait découvrir l'oeuvre chroniqué : link 

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