Samedi 5 novembre 2011 6 05 /11 /Nov /2011 13:30

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Trilogie BD que je viens de découvrir par hasard à la bibliothèque, et qui fus une sacrée bonne surprise, pour ne pas dire une claque. Elle semble malheureusement oubliée moins de vingt ans plus tard, ce qui est une de ces injustices provoquées en masse par la saturation du marché de la BD franco-belge (un peu comme une autre excellente trilogie d'une inspiration voisine, mais plus ouvertement surréaliste, L'Horloge de Roosevelt)

 

  Le héros et narrateur du Pays-Miroir, Stan, auteur de roman de genre, et sa femme Rebecca, illustratrice, partent quelque jours dans un village paumé où ils sont bien connus, laissant à la ville leurs enfants qui les rejoindront à la fin du mois.Tous deux travaillent, de leurs talents respectifs, à un projet commun. Il s'agit d'un roman jeunesse mettant en scène les Héliones, un peuple qui a tout pour être heureux mais court à sa perte car il est dépourvu du don d'imaginer. C'est pour trouver l'imagination que les Héliones du roman font appel à leur grand mage Meldeg.

  Tout ça n'est qu'un roman, bien sûr...sauf que petit à petit, de façon insidieuse, le monde fictif commence à investir le monde réel. C'est surtout après Stan que les Héliones en veulent : emmenés dans leur monde, celui-ci découvre une situation propre à le rendre fou : les Héliones lui apprennent que de créateur il est devenu créature, lui-même est issu de l'imagination invoquée par la magie de Meldeg, sa petite famille est son monde quotidien ne sont que des décors à son existence fabriquée. Or cette dernière commence à peser aux Héliones, et même à les étouffer pour une raison assez vague, et ils lui commandent d'écrire la fin de son histoire en concluant que Stan n'a jamais existé, et ainsi d'effacer réellement son existence.

  En croyant s'en tirer par l'incendie du monde des Héliones, Stan ne fait que déclarer l'état de guerre, et le véritable début  du cauchemar. L'investissement du monde réel ou supposé tel se prolonge à Paris, les Héliones commettent des attentants meurtriers qui ont la bonne idée supplémentaire de s'inspirer des anciens romans policiers de Stan.

 

  Bref, plus qu'un récit Dickien, la trilogie du Pays-Miroir est surtout un cauchemar digne de Kafka, qui ne laissera aucun répit à son héros, jusqu'à une fin tragique et inéluctable qui a la bon goût de ne pas  tout à fait clore la trilogie pour laisser place, en plus d'une dernière note de noirceur psychologique, à l'explication globale de cette histoire de fou, qui n'en est que plus effrayante en perdant ce qu'il lui restait de flou surréaliste pour acquérir la cohérence d'une nouvelle de Borges, une suspension d'incrédulité au lieu de sa trop rassurante suppression.

  Le scénario de Carré est tortueux, pervers au dernier degré, et bien entendu parfaitement maitrisé, pour un résultat angoissant de bout en bout, qui laisse une poignante impression de malaise. De quoi bien décontenancer un jeune homme comme moi qui se serait attendu à une histoire de monde parallèle toute en féérie surréaliste toute mignonne (on a toujours trop confiance devant l'allure carrollienne d'une histoire, en oubliant que Carroll c'est pas net non plus. Non mais c'est vrai).

 

  N'hésitez pas à farfouiller chez les bouquinistes, je peux vous garantir que c'est un gros poisson (Même chose pour L'Horloge, tiens, il me faudrait une bonne relecture pour que je la chronique, mais même en l'absence de chro, y a pas de raison). 

Par Kalev - Publié dans : BD
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