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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 23:03

http://img.over-blog.com/750x1136/0/51/11/65/articles-1/Drac-nourrice.jpg 

Il y avait décidemment quelque temps que j'avais délaissé les textes mythiques. J'ai au moins largement de quoi remédier à cet état de fait, inadmissible en ce qui concerne, avec le nombre de textes qui m'attendent dans ma PAL.

 

  Gervais de Tilbury, grand chroniqueur du XIIIème siècle, est considéré l'un des premiers folkloriste de l'Histoire. De fait, les Otis Imperialis ("divertissements de l'Empereur" ; Le Livre des Merveilles est un titre moderne) oeuvre composé à l'intention de l'Empereur Otton IV de Brunswick, ouvre au lecteur moderne une fenêtre prodigieuse sur les croyances mediévales.

  Commençons avant toute chose par présenter l'édition qui m'a permis de découvrir un auteur qui, entre bien des mythes anonymes, m'intriguent depuis l'enfance. Car bien sûr, cette édition, aux Belles lettres, dans la collection la Roue à Livre, n'est pas intégrale :  la traductrice Annie Duchesne n'a gardé essentiellement que la troisième partie, consacrés aux merveilles du monde. Les deux premières, plus courtes ou du moins comptant moins de chapitre (24 et 23 contre 129) sont consacrées respectivement à la création du monde et à sa description géographique, dans laquelle quelques merveilles sont déjà évoquées ; cinq chapitres de cette seconde partie, jugé les plus intéressants, ont été reproduits en appendice, ce qui est tout à fait bienvenu.

 

  J'entamerais la chronique proprement dite par cette petite réflexion : du point de vue moderne, où la réputation de littérature ancienne effraye en général le lecteur potentiel, je classerais sans hésiter Le Livre des Merveilles dans les lectures-plaisir, au même titre qu'une bonne épopée tel qu'il en fleurit depuis l'Iliade. A nuancer, bien entendu : il y a deux ou trois passages que j'ai moi-même sauté allégrement, car relevant du discours pontifiant, passionnant d'un point de vue d'historien -un passage de ce texte qui, faut-il le rappeller, s'adresse directement à l'Empereur, traite ainsi  de la question délicate de la querelle entre la Papauté et l'Empire- mais que je recherchais tout simplement pas en lisant  ce texte dont l'aura merveilleuse m'attirait le plus -en revanche, je ne dirais pas non à une relecture plus avertie et plus intellectuallisante de ces passages.

  Tout ceci est dû bien sûr au fait qu'il faut trouver un alibi édifiant  à l'oeuvre. Le lecteur moderne, habitué à voir éclater l'imagination à longueur de roman, pourrait y voir une tiédeur, mais du point de vue de l'époque c'est un signe d'une immense liberté d'imagination, celle du Moyen-Âge classique où émerge la littérature laïque et nait le romans de chevalerie, ou l'alibi religieux est au service de l'imaginaire et non l'inverse (la préface de Jacques le Goff résume d'ailleurs assez bien ce contexte de bouillonnement artistique nouveau). La prétention de Tilbury à informer le Prince et à le préserver des mensonges n'en parait que plus drôle, et rend ridicule les accusations de crédulités par laquelle la critique scientiste du XIXème  siècle, survolée par Annie Duchesne, a fait montre de sa bêtise conformiste qui n'était qu'une autre forme de naïveté (surtout qu'accuser Gervais de Tilbury d'être crédule quand il offre à plusieurs reprise son propre témoignagne et que n'importe quel critique sensé aurait du y voir un baratin habile...m'enfin bref)

 

  Pour une lecture édifiante, Le Livre des Merveilles frappe d'ailleurs en premier lieu par sa structure : on dirait bien qu'il n'y en a aucune, les 129 chapitres, de tailles variables -de trois lignes, n'ajoutant carrément rien au titre du chapitre, à plusieurs pages- s'enchainent sans ordre apparent, exceptés les cycles regroupant les merveilles d'une région très précise. Le contenu est à l'image de la forme : en 150 pages bien tassés en comptant les cinq chapitres en appendice, l'imaginaire mediéval s'étale dans toute sa diversité, croisant références gréco-latines, bibliques (certains passages puisent directement à l'Ancien Testament ; il va sans dire que la Bible et les auteurs antiques sont de sacrés cautions de véracités), et cet imaginaire plus nouveau qu'est le folklore populaire, déjà exploité par le roman chevaleresque. Les terres lointaines offrent bien sûr l'occasion rêvée d'une licence totale de l'imagination, avec toutes les images presque surréalistes associées au récit de voyage fabuleux. Mais le lecteur moderne peut -être surpris de voir les terres très proches contenir presque autant de merveilles, notamment le Royaume d'Arles, terre d'Empire dont Gervais de Tilbury est maréchal, et dont les merveilles sont omniprésentes dans le livre.

  Au fil de ces chapitres, nous découvrons un imaginaire médiéval dont le grand public de notre époque n'a retenu souvent que quelques images stéréotypées. On ressort de la lecture avec des images plein la tête :  un Virgile magicien dont les artefact veillent encore sur la région de Naples, dont le cycle est l'un des plus fouillés et des plus riches du livre ; des croyances populaires étonnantes, telles celle qui veut que les cigognes soient les formes métamorphosées dans leur voyage saisonnier d'un peuple humain vivant dans un pays lointain ; des lieux enchantés dont l'aura onirique surprend dans un texte de cet époque et préfigure davantage le fantastique que la fantasy, tandis que cette dernière, dans son aspect le plus "héroïc" et presque lovecraftien (oui, la quête de Kadath, tout ça) est plutôt à chercher dans les lointaines contrées d'orient ; de surprenantes permanences de mythe telle une version mediévale et très particulière du mythe de la Gorgone, citée dans l'appendice. Et j'en passe et des meilleures. 

 

  Quand je disais que ce texte ancien faisait partie des lectures les plus plaisantes héritées du passé...

 

  Crédit image : vue d'artiste du Drac, être fabuleux cité par Tilbury, dont j'ignore l'auteur mais que j'ai trouvé sur le blog Transprovence

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Published by Kalev - dans Mythes
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