Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 18:25

 http://www.mnemos.com/JOOMLA2/images/couvertures/C1-dit-de-Sargas.gifIl y a certains livres qui semblent dés le départ fait pour vous.

 

  Pour ce qui est du Dit de Sargas-Mythes et légendes des Mille Plateaux, premier roman de Régis Antoine Jaulin paru hier chez Mnémos, les lecteurs réguliers de ce blog ne s'étonneront pas que je me sois rué dessus. Un livre racontant l'épopée de création d'une mythologie imaginaire, quand on tiens une section mythologie déjà bien fournie, ben voilà quoi. J'avais aussi quelques mauvaises raisons de lire ce livre, comme le fait qu'il soit comparé, pour la démarche, au Silmarilion de Tolkien, et qu'écrire une épopée de création dans l'esprit de ces deux livres est un de mes rêves de gosse. Bref.

  Vous voilà prévenu, ma critique risque de ne pas être tout à fait objective. Mais je vais faire de mon mieux.

 

  Que la référence au Silmarilion en 4ème de couverture n'effraie pas les grands traumatisés de Tolkien : l'épopée mythologique de Jaulin a ceci de rafrachissant qu'elle est bien plus courte et simple que celle du maître anglais. Mais cela ne veut pas dire qu'elle a moins de souffle, bien au contraire. Autre détail rafraichissant : à l'heure où l'on geint de la prolifération des sempiternels et peu inspirés univers médievaux en fantasy, Jaulin choisi de s'inspirer de l'Orient et pour l'essentiel de l'Inde.

  Une fois passé ces détails alléchant et le livre ouvert, l'ambition saute aux yeux à travers le style : avant de rentrer dans le récit, le début est quelque peu râpeux à la lecture, car bien entendu l'auteur a choisi de pasticher le texte ancien d'une épopée. Si j'avais envie de faire mon chieur-qui-a-lu-trop-de-vrais-textes-mythologiques, je dirais que le style archaïsant de Jaulin est un peu mécanique et aseptisé, et un peu passe-partout, bien loin des figures de style radicalement exotiques qui distinguent si bien entre elle les différentes diverses traditions épiques du monde. Mais ce serait vraiment faire mon chieur, car après tout, non seulement le fond respire plus aisément le souffle des épopées anciennes, mais de plus l'interêt du roman n'est pas seulement dans l'archaïsme, mais bien dans le mélange de celui-ci avec une grande modernité.

  D'abord, le récit archaïsant n'est pas figé et empesé, car il s'agit d'une dialogue vivant, très bien mis en scène et doté d'une certaine tension dramatique, entre le héros Baten-Kaïtos et le monstre Sargas, qui lui conte les premiers temps oublié du monde pour le persuader de ne pas le tuer. Le cadre de cet entretien est en passant très original, puisque le monde où il se tient est en quelque sorte post-apocalyptique : le soleil ne brille plus, les animaux -jamais nommés ainsi mais Tyriak- n'existent plus que comme fantômes mangeurs d'âmes, la terre s'est déchiquettée pour former les fameux Mille Plateaux  

  Ensuite, la mythologie décrite et son souffle tragique font sens d'une façon tout à fait moderne. C'est l'histoire d'un monde idyllique qui vire au cauchemar le plus noir. Les ennemis sont ceux de notre époque : la guerre (qui n'a pas lieu entre humains mais entre eux les autres races, ce qui ne change rien à son horreur) le racisme, et la destruction de la nature. Point de manichéisme dans cette décadence, pas de tentateurs comme Satan ou Melkor, de pêcheurs comme Adam où l'Elfe Feänor :  en fait, on serait bien en peine de savoir pourquoi  le monde sombre dans le chaos, si ce n'est  par un engrenage  absurde comme..comme...comme dans notre monde tiens. Et l'engrenage n'épargne rien, il n'y de sûr ni divinité ni au-delà, un Dieu qui vous apporte la vie heureuse ou le salut peut aussi bien devenir un Adâtmah, un mangeur d'âme. On le voit, on est très loin des délires new ageux un peu puant de certaines autres oeuvres de fantasy, et Jaulin sait allier la grandeur des anciens mythes avec nos préoccupations sceptiques modernes.

 

  Impossible de conclure cette chronique sans toucher au moins un mot des illustrations de Lionel Richerand. je suis un piétre critique d'art pictural, mais la splendeur onirique et parfois cru de ces illustrations en noir et blanc forme un complément merveilleux au récit. Vous en avez déjà un exemple avec la couverture du livre.

Partager cet article

Repost 0
Published by Kalev - dans SFFF
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Kalev
  • Le blog de Kalev
  • : Chroniques de lectures, anciennes ou toutes récentes, avec quelques chroniques de films ici ou là.
  • Contact

Recherche

Liens