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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 20:17

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Difficile de parler d'un livre archi-classique sur lequel tant d'encre a déjà coulé depuis plus de soixante-dix ans. Bon, question originalité, je m'en tirerais quand même au moins en joignant à ma chronique du roman de Buzzati quelques mots sur son adaptation ciné réalisée en 1976 par Valerio Zurlini (et dont la rétrospective près de chez moi était le prétexte idéal pour enfin descendre le bouqin de ma PAL). En dehors de cela, je vais quand même me risquer à donner mes impressions sur ce Désert des Tartares.

  Une surprise, tout d'abord : en lisant le début de ce roman, il ya plus de deux ans, juste après celui qu'il a fortement inspiré,  Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq, j'avais eu l'impression d'un style plus aride, effet de contraste tout à fait trompeur -le style est en fait tout aussi virtuose- mais qui joint au thème de l'attente vaine d'une armée tartare qui ne vient jamais, m'avait fait imaginer une oeuvre austère. Encore une impression trompeuse, car non seulement le roman est plus dense en matière d'intrigue que celui de Gracq (normal, me direz-vous, une vie en 260 pages au lieu de quelques mois ou années, je ne sais plus trop, en près de 500...) mais il est aussi beaucoup plus étrange.

  A vrai dire, je ne m'attendais même pas au plaisir de retrouver, en un peu plus vague, le genre d'univers si déroutant qui m'avait enchanté avec le successeur du Désert des Tartares, Le Rivage des Syrtes, donc, mais aussi avec leur prédecesseur, Sur les falaises de marbre d'Ernst Jünger : ce mélange de contrées imaginaires, impossibles à situer dans l'espace comme dans le temps, avec de déroutantes références à notre monde, un peu à la manière des contes. Certes, dans Le Désert... les références à notre monde sont quand même réduites à une peu de chose : on évoque brièvement la Hollande, c'est presque tout, si ce n'est que le Royaume ou se passe le roman pourrait être le Royaume d'Italie, encore d'actualité en l'année 1940 où est paru le roman, mais qu'on ne voit pas trop où situer sa frontière morte avec le fameux Désert des Tartares et le mystérieux Royaume du Nord qui se confond étrangement avec lesdits Tartares dont l'existence est communémernt admise comme légendaire.

  Pour en venir au coeur de me chronique, plus fantasmatique encore que son prédecesseur et son successeur, Le Désert des Tartares est surtout davantage truffé de de morceaux de bravoures plus étonnants les uns que les autres : le passage d'allégorie du temps qui passe (qui n'est après tout que le thème central du roman), le rêve funeste du lieutenant Drogo et sa réalisation (peut-être un peu trop appuyée, celle-ci), la symétrie intergénérationnelle  entre les premiers et derniers chapitre de la vie dudit personnage, et des passages davantage disséminés à travers le texte, comme le miscellanée de légendes et de fantasmes autout du Désert, ou l'effet de loupe chronologique qui donne l'impression qu'une même année passe pendant toute la vie de Drogo.

  Bref, un roman qui malgré un thème propre à rebuter, est très loin d'être austère comme je l'avais imaginé.

 

  http://www.voirunfilm.com/includes/images/partenaires/jaquette/cineclic/Le+desert+des+tartares-9345.jpg

Comme promis, quelques mots sur le film qui, lui, me faisait bien plus peur. Peur justifié à mon sens : le roman très contemplatif de Buzzati parait à priori inadaptable, condamné à accoucher d'une oeuvre ennuyeuse. Et bien ce fut une bonne surprise ! En effet, Zurlini évite le principal écueil de l'adaptation qui aurait été de nous servir un film bavard à n'en plus finir, et use au contraire d'une grande sobriété. Le mise en scène est léchée, les acteurs impeccables, les libertés avec le roman bien vues, la photographie est souvent splendide bien qu'inégale (trop sombre par moment, même si j'ignore si c'est fait exprès pour donner un aspect plus fantasmatique au film) et magnifie encore les paysages iraniens (dont feu la citadelle de Bam -détruite par un séisme en 2003, comme le précise le générique de la version restaurée du film- choisie pour héberger le fort Bastiani), et il y a une musique d'Ennio Morricone, même si elle est un peu trop discrète et sans doute mineure dans l'oeuvre du compositeur (mais vaut mieux du petit Morricone que du grand Hans Zimmer)(Y dit qu'y voit pas le rapport).

  Bon, ce n'est pas forçément pour cela que le film me laissera un souvenir impérissable : il manque un  je ne sais quoi, un film trop académique peut-être (mais certes pas pompeux et ermpesé), mais il n'est pas exclus que je sois toujours influencé par mes attentes très exigentes à l'égard de cette adaptation et dont je n'ai pu tout à fait me défaire pendant la plus grande partie de la projection. Le film marquera de toute façon toujours moins les annales du cinéma que le roman ne l'as fait pour celles de la littérature, mais il mérite assurément d'être vu.  

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