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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 20:51

  http://www.cinemovies.fr/images/data/affiches/2011/le-chat-du-rabbin-3d-18452-402536946.jpg

L'une des sorties ciné que j'attendais avec impatience cette année. On est groupie ou on ne l'est pas, et Gainsbourg, vie héroïque m'avait convaincu que Joann Sfar  était aussi doué pour le cinéma que pour la bayday. Alors Joann Sfar qui adapte son propre Chat du Rabbin, qui est aussi, si peu original que cela paraisse, ma BD préféré du monsieur, celle avec qui j'ai découvert son oeuvre, il m'était imposible de ne pas prendre d'assaut le cinéma dés le jour de sortie du film.

 

  Du coup, en tant que groupie, mon avis ne sera pas objectif, même s'il faut reconnaitre que le cinéma français en général, et le film d'animation en particulier, manquent cruellement de projets de cette ambition (ça fait combien de temps, d'ailleurs, toutes nationalités confondues, qu'un film d'animation pour adulte, hors manga, n'a pas créé le buzz, comme on dit en jargon médiatique ?)

   Un mot d'abord sur la technique d'animation, qui est peut-être l'originalité la plus visible du film : un film alliant  2D, au sens de dessin traditionnel et non image de synthèse, et 3D, au sens de relief. Même si j'ai eu un peu peur au générique (n'aurait-on qu'un vulgaire décalage de plan, le bas de gamme de la 3D que l'on commence  à voir débarquer au ciné ?) j'ai vite été rassuré avec le début de l'intrigue. Bon, mon avis rejoindra toujours celui que j'ai sur la 3D en général -un gadget que l'on ne remarque plus quand on est plongé dans le film- mais force m'est d'avouer que le pari est aussi réussi qu'il était risqué. Et puis les dessins en 2D, c'est du Joann Sfar, et ça ne peut être que magnifique.

  Passons à l'histoire, dont les comparaisons avec l'oeuvre originale seront inévitable, d'autant plus que BD et film sont de la même personne.

    Ici, la série entière et ses cinq albums tiennent en une heure et demie. Voilà qui est plus que casse-pipe, pour ne pas dire que c'est un moyen très sûr de rater un film. C'est compter sans l'intelligence de Sfar qui à su garder de son oeuvre juste ce qu'il fallait pour son métrage et, bien entendu, faire des sacrifices. C'est cette prouesse scénaristique, par quelqu'un qui maitrise bien entendu sa propre histoire, qui rend indispensable de parler de l'oeuvre originale dans cette chro.

   Le troisième album, L'Exode, avec son voyage en France, passe à la trappe, pour la simple et bonne raison que le personnage du mari de Zlabya n'existe pas dans le film. Ce n'est pas une grande perte, car passé le passionnant voyage qu'il motive, ce n'est pas un personnage très intéressant, en tout cas le film s'en passe bien et trouve aisément de quoi remplacer ce énième personnage de ronchon confit dans la tradition. En revanche, on regrette plus Zlabya, ici personnage secondaire, et surtout le Malka des lions, peut-être le personnage le plus fascinant de la BD, qui fait plus de peine en personnage secondaire. Pour éviter le piège du purisme, il faut accepter de le considérer surtout comme un clin d'oeil du réalisateur au dessinateur, et l'essentiel de ce qui fait son mystère est préservé : comme sa version papier, c'est un baratineur hors pair, toujours aussi doué pour envoûter par ses contes à dormir debout. Pour les puristes irréductibles qui ronchonnez encore, z'avez qu'à relire la BD, vous le retrouverez, votre Malka des lions à vous, merde.

  En revanche, le dernier et plus long album, Jérusalem d'Afrique (mon préféré, yes !) occupe pour ainsi dire la plus grosse partie de l'intrigue. Ne connaissant pas le scénario avant de voir le film, je sentis vite qu'inclure cet album, et donc condenser toute la série, était inévitable, pour la simple et bonne raison que je voulais voir le chat reparler, et puis tant qu'on y était voir la grande aventure qui m'avait fait m'évader le long de ses cent pages, et je ne pouvais certes pas attendre une suite qui aurait été très très loin d'être garantie (quand on coupe les vingt dernières minutes de Gainsbourg, faut pas rêver, d'où probablement le choix risqué -et payant- de la condensation en un film). 

  Au final, nous avons un scénario qui contre toute attente ne donne jamais l'air d'aller trop vite, et se permet de préserver les plus savoureux moments d'une BD dont les passages gratuits constituent l'essentiel : répliques cultes, rencontres cultes, scènes aussi gratuites que cultes comme la toujours aussi hilarante rencontre avec Tintin au Congo belge. 

  Maintenant, place aux acteurs, et là le Joann a réussi à me surprendre de fort belle façon -notez que ça fait deux fois que le monsieur me surprend sur l'adaptation d'une oeuvre que je connais par coeur. Entendre les doublages dans un français oral au fort accent arabe, similaire au parler d'une banlieue française actuelle, m'a demandé quelques minutes d'adaptation, mais j'ai vite été conquis par l'audace de ce choix. Sfar offre ainsi ses lettres de noblesse à un langage que nous sommes très peu habitués de voir au cinéma. Conformément au message humaniste qui sous-tend toute l'oeuvre et où le langage est un symbole essentiel de la rencontres entre culture, la parole est donné à ceux qui maitrisent mal le français selon les critères strictement académiques du terme (pensez à l'épisode de la dictée, repris tel quel de la BD au film) mais qui ont énormement de choses à nous dire et à se dire.

  Evidemment, ces dialogues ne sont pas du glamour pour festival de Cannes (du genre francophilie de comptoir du XVIème avec laquelle on a vendu Gainsbourg à l'export) et le grand Sfar brise là une forme de politiquement correct...même si en nos temps politiquement agité notre nouvelle (in)intelligentsia française, celle qui a remplacé Cabu par Zemmour, verra volontier le politiquement correct dans cette audace même. Mais laissons-les à leur eau sale.

 

  Merde, j'avais dis que je parlais pas politique...c'est le signe qu'il va falloir bientôt m'arrêter là. Je vais conlure par un petit mot sur mes espoirs quand à la réception du film. Car c'est assurément une oeuvre qui mérite le succés, même si comme toute oeuvre trop ambitieuse, celui-ci n'est pas garanti. Le Chat du rabbin est une oeuvre assurément trop complexe pour le microcosme du cinéma français, un pays ou le dessin animé est encore destiné aux enfants...je n'ai pas pu manquer de penser à cette dernière réalité en voyant une mère et son fils à la projection, personne que je ne connaissais certes pas et dont je ne pouvais évaluer l'ouverture d'esprit, mais dont la seule présence me rappelle le dur statut des oeuvres estampillés jeunesse en France (appelation toujours arbitraire, autant qu'un DA pour adulte de Sfar). Ce film, ou sexe et violence ne sont pas tabous, n'est certes pas interdit aux plus jeunes, ce qui serait une tragédie, mais le sera pour beaucoup de parents de notre société hyperprotectrice envers les pauvres djeun's évidemment perdus sans leurs aînés. Bref, la tare du film ? Ne pas être un dessin animé familial, être fait pour être vu soit entre adulte, soit entre djeun's en voie d'émancipation.

  Comme tout film d'animation, nous pouvons déjà lire sur l'affiche des extraits (lapidaires, bien sûr) de critiques qui ressemblent à des lettres-types administratives pour film d'anim', auquel ne manque même pas le mot "poétique" (oui, d'accord, c'est vrai, mais il y a peut-être moyen d'aller plus en profondeur, non ?).

  Le cliché dans la critique, tout est là : animation, découverte d'autres cultures, message de tolérance, le mélange est dangereux, le risque est grand d'entendre des âneries d'un côté comme de l'autre, partisans et détracteurs se foutant tous deux du cinéma et de la bayday. C'est pourquoi je conclus à l'intention des onanistes zemmouriens comme du brave citoyen un peu déboussolé par le cynisme ambiant et la pollution médiatique : non, non et non, Le Chat du Rabbin de Joann Sfar n'est pas un film bien-pensant pour jeune bobo joueur de djembé ; c'est du cinéma, rien d'autre, et du très bon, c'est tout ce qui compte. 

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Published by Kalev - dans Animation
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