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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 15:05

 http://www.ecriture-communication.com/archipoche/wp-content/uploads/sites/4/9782352872221-G-210x340.jpg Je vais me faire plein d'amis, mais j'avais jusque là toutes sortes de mauvaises raisons de ne pas m'intéresser aux légendes bretonnes. Les régionalistes qui nous les cassent grave avec, pour commencer, et aussi la lourde tendance de la culture mainstream franchouillarde à se référer systématiquement à la péninsule dés qu'il est question de légendes rurales, au point d'en faire un poncif éculé. Etant donné que l'on a pas assez d'une vie pour découvrir tous les trésors mythologiques du monde, j'avais donc tiré prétexte de ces mauvaises raisons pour négliger la Bretagne, sauf à travers mes lectures parlant un peu plus généralement du légendaire français. Mais bon, comme il ya quelques mois j'ai lu les deux recueils de contes basques de chez Aubéron, je me suis dit que j'allais aussi m'intéresser à la Bretagne de façon, euh, "autonome".

  Bon, comme ça, j'ai surtout l'air de faire de provoc', et il ya bien  un peu de ça, mais il ya derrière cette confession toute une question sur la façon de considérer les légendes bretonnes : partie intégrante du légendaire française (dont je ne la distinguais pas jusqu'à présent, dans un esprit peusdo-jacobin paradoxal chez un provincial que ses sympathies anarchisantes ne prédisposent pas au centralisme étatique) ou culture spécifique dotée d'un véritable héritage celtique ? La lecture du livre dont il  va être question, mais aussi le fait d'apprendre qu'il est doté dans une autre édition d'une préface et de notes de George Dottin, confrère celtisant de l'auteur mais plus spécialiste de l'Irlande que de la Bretagne, commencent à m'ouvrir à l'idée des spécificités celtiques de la péninsule, face auxquelles j'ai été longtemps obtus, même si la Bretagne est aussi, bien entendu, partie intégrante de la culture française, ce qu'on ne peut plus nier au XXIème siècle (au XIXème siècle, à l'époque de Le Braz, à la rigueur...)( plein d'ami, vous disais-je)         

  J'ai donc lu ce grand classique du folklore breton qu'est La Légende de la Mort  d'Anatole Le Braz dans sa réédition chez Archipoche, qui n'est peut-être pas forçément l'idéal pour découvrir cette oeuvre : elle n'est pas entière, pas plus qu'aucune édition en volume (l'édition en deux tomes chez Terre de Brume, peut-être...) on n'y trouve pas, comme dans les omnibus de l'auteur chez  Bouquins (les deux tomes de La magie de la Bretagne, où sont regroupé ses oeuvres folkoriques et ses romans et nouvelles, et où ce livre-ci n'est pas entier non plus) l'appareil critique de George Dottin, au profit d'une courte préface plus lettreuse de Claude Seignolle (ceci-dit, même si ce n'est pas très sicentifique, Claude Seignolle, c'est quand même le classe), et puis, histoire de pinailler, l'édition n'est pas très agréable à lire pour des raisons purement matérielles, avec son texte imprimé trop près du bord des pages. Mais concernant le texte lui-même, c'est bien entendu un chef-d'oeuvre.

 

  La Légende de la Mort, c'est un recueil de récits et de croyances,  en provenance surtout de Bretagne bretonnante, autour de la Mort, des revenants, de l'au-delà. La forme littéraire qui domine de recueil, c'est la légende, au sens de récit fabuleux ancré dans l'histoire et la géographie. Si l'on trouve de rares contes à peu près atemporels (ou du moins qui l'était peut-être avant d'éventuelles retouches littéraires du folkloristes), si les nombreux textes courts qui émaillent le recueil ne font qu'exposer des croyances de façon anonymes, en revanche la quasi-totalité des récits proprement dit sont situées dans des localités de Bretagne, les personnages sont le plus souvent nommés, et il est fréquent que les récits touchent personnellement les narrateurs anonymes, qu'ils soient arrivés à eux-même ou à un membre de leur famille. Je m'interroge encore sur l'infulence qu'a pu avoir sur cet ancrage, comme déjà évoqué, la plume de l'auteur, car les textes sont indiscutablement remaniés, ne serait-ce que dans le style. Les récits "vécus" me questionnent particulièrement, j'imagine mal les conteurs bretons faire dans ce genre d'affabulations. Après, un recueil presque entier dont les récits se passent dans des lieux réels et autour de personnages nommés, ma foi, pourquoi pas, j'ai quand même un peu l'habitude de ce genre de récits, même si je n'ai jamais lu un recueil entier qui leur était dédié, tout en me doutant que ça existe à la pelle.

 

  En tout cas, ces récits, tout ancrés dans le réel qu'ils soient, n'en sont pas moins des bijoux d'imagination. Les histoires de fantômes bretons, celles du désormais célèbre Ankou, constituent un catalogue d'images saisissantes, tout à fait propre à inspirer des écrivains fantastiques, ce qui n'a certainement pas manqué, et je pense même qu'on peut commencer par Le Braz lui-même. Les récits sont tantôt macabres et effrayants, tantôt lumineux, mais toujours de façon ambigues : en général, en Bretagne, quand on croise un mort, même l'âme amicale d'un proche, c'est qu'on va mourir bientôt. Certes, la mort  n'est pas toujours un mal dans la culture populaire bretonne, et on pourrait écrire des pages et des pages -Dottin a peut-être disserté là-dessus dans ses notes- sur la vision extrêmemnt complexe du sort de l'âme dans cette culture. Imaginaire puissant et préoccupations mystiques, il me faut bien admettre que La Légende de la Mort se ressent clairement de l'influence celtique.    

  La plume de Le Braz est élégante, rythmée bien entendu par des tournures rappelant l'oralité, et elle se pique souvent de respecter le style énigmatique du conte, a contrario des dilutions insupportables qu'on trouve chez d'autres auteurs. Les courts textes racontant les croyances sont d'un style plus simple, et il me semble bien qu'on trouve quelques textes fidélement retranscrits, car complétés de passages entre parenthèses.

 

  Pour ceux qui veulent découvrir la vraie culture bretonne, par un vraie spécialiste, et pas l'ersatz de la culture mainstream.

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Published by Kalev - dans Mythes
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commentaires

mathias 13/10/2014 20:01

"Pour ceux qui veulent découvrir la vraie culture bretonne, par un vrai spécialiste"... je suggère ce complément gallo (haute Bretagne), extrait des "Contes & Légendes d'Ille-et-Vilaine", que
j'ai commis chez De Borée en 2012.
Dans la Partie 3 (sur 7 chapitres, 488 pages au total), que j'ai intitulée "À l'heure de l'Outre-Monde"... on trouvera d'autres "légendes de la mort", bretonnes assurément, quoique du nord de son
"extrême-orient" (!), offrant à percevoir des similarités, en même temps que des ouvertures à d'autres espaces d'imaginaires...
Voici un relevé des titres :
Devine, devinaille !..
Messages codés... de cloches et de chats !
De vie à trépas...
Les lavandières de nuit.
La grand'mère morte de Lillemer.
L’Enterrement nocturne de Vitré.
L'Homme emborné.
Les Aventures d’une morte.
Dame Blanche à Chavagne.
On ne vole pas impunément les morts.
Les trois veaux d’or.
Le pendu qui a perdu sa cuisse.
Le sac de Pipette l'introduit au Paradis !
Arrivée en Paradis !
En attendant "la résurrection des morts".
Jacques Robert à la Porte du Paradis.

Bon à savoir : on a désormais 2 éditions, 2 présentations, 2 tarifs... au choix !
1ère parution : 05/10/2012 EAN : 9782812906107
Broché (cousu) avec superbe couverture rigide, 1325 g, 488 pages, 17 cm X 25 cm... collector !
26,50 €
2ème parution : 26/11/2013 EAN : 9782812912115
Broché (collé), couverture souple, 780 g, 488 pages, 16 cm X 24 cm
22,90 €
http://www.lalibrairie.com/tous-les-livres/ille-et-vilaine-contes-et-legendes-mathias-jean-pierre-9782812906107.html?auteur=Mathias+Jean-pierre

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