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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 21:51

 

Voilà une chronique qui ne semblera pas bienvenue en ces temps troublés sur la blogosphère. Chroniquer grâce à un SP un livre qui ne doit paraître que dans presque deux semaines, c'est de très mauvais goûts quand les blogueurs passent dans un peu tout microcosme SFFF pour de vils profiteurs saignant les éditeurs en SP.

  Pour clarifier les choses, à la fois par honnêteté personnelle, pour ne pas donner de faux espoirs aux lecteurs/blogueurs intéressés (je ne connais rien aux pratiques promotionnelles d'Attila et ne suis pas sûr que le blogging soit dans leur ligne de mire) et pour rassurer les aimables éditeurs en ces temps de revente sauvage de SP, il s'agit ici d'un SP prêté (oui, prêté car l'achat est déjà prévu le jour de sortie officielle) par mon libraire, un cadeau personnel à un habitué, qui ne me sert que pour mon plaisir de lecture en tempérant mon impatience bouillante.

 

  Bon, ça c'est fait.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51UtXPtVGLL._SL500_AA300_.jpg

 

  Donc, le retour au Cycle des contrées....retour qu'il va me falloir commencer par un erratum : j'ai toujours clamé haut et fort que le projet du cycle était de se finir juste après Les Barbares par le recueil L'explorateur perdu, incluant la réédition de trois textes indépendants plus ou moins courts (EDIT de septembre 2012 : et sur lequel j'ai déjà fait mon  erratum). Or il semble que le programme ait changé durant le passage de flambeau de Gingko/Deleatur à Attila, et un autre sixième roman s'est intercalé. Roman issu de de la scission de Un Homme plein de misère, titre prévisionnel du tome V, ou créé ex nihilo ? (EDIT : plutôt la première solutionn apparement )

Peu importe, toujours est-il qu'il est là, et qu'il a pour titre La Barbarie.

 

  La Barbarie fait suite directement  aux Barbares, dont le narrateur revient, après son périple à travers toutes les Contrées en compagnie des cavaliers des steppes, à sa ville natale de Terrèbre. Il ne devrait donc plus être question de barbares ? Attention, il s'agit ici de barbarie, et toute la nuance est dans ce singulier froid, abstrait et déshumanisé. Cette barbarie, qui pour compléter la symétrie ne sera le sujet que d'un roman de 130 pages après la fresque de plus de 550 qui l'a précédé, c'est celle de Terrèbre, nouvelle maîtresse du monde dont elle est en train d'éradiquer les anciennes cultures. Sur ce plan le roman n'ajoute quasiment rien au précédent : tout au plus sent-on davantage, mais on était prévenu avec le retour aux Jardins statuaires, que l'oubli généralisés des anciens mystères qui enchantent les Contrées n'est pas normal, qu'il a quelque chose d'occulte qui répond aux magies qu'il efface.

  Dans ce contexte, le héros n'a guère de superbe, ne parvenant pas à faire briller son savoir dont se fiche même la nouvelle et très conformiste science universitaire. Deux échappatoire s'ouvre à lui :

  L'amour, d'abord, toujours aussi central chez Abeille qui n'a jamais écris un roman des contrées (roman tout court ?) sans composante érotique. L'amour se lie ici avec le très beau personnage de Blanche, la logeuse qui a gardé l'appartement du narrateur pendant toutes ses années d'absence, au risque de tuer de jalousie son mari. Les pages sensuelles sont ici splendides, notamment celles qui lient érotisme et végétation, en une synthèse de cette mystique célébrant à travers tout le cycle la volupté des corps unie aux beautés de la nature.

  Ensuite, le véritable savoir qui justifie l'existence du cycle, fondé sur l'audace et la curiosité à l'égard de l'autre, n'est pas perdu : le narrateur des Barbares et de La Barbarie rencontre un deuxième grand conteur des Contrées, le jeune Ludovic Lindien, narrateur des Voyages du Fils, des Carnets de l'explorateur perdu, mais aussi, comme nous l'apprenons dans ce livre, compilateur de la fresque contée pourtant à la troisième personne  dans Le Veilleur du Jour,  bouclant ainsi la boucle de ce cycle désormais entièrement composé de témoignages (précisions que l'exception, La Clé des Ombres, a été classé à part dans le Cycle des Chambres...même si son héros ressurgit dans La Barbarie !). C'est que le livre mis en abyme est toujours central (au point, nous l'avons déjà vu, qu'un roman scabreux est mis au même plan qu'une fresque ethnologique) dans cet univers des Contrées où -comment n'ai-je pas encore l'occasion de l'évoquer ?- il est rarissime qu'un peuple soit analphabètes, même les plus primitifs. Sauf paradoxalement, Terrèbre où il est dit un peu mystérieusement que "les livres sont en train de disparaître".    

  Face à cette force occulte qui pousse un monde vers l'oubli -Les Barbares disait : vers l'ennui-, inutile d'en faire un mystère, ces échappatoires n'empêcheront pas un destin funeste : car nous découvrons L'Empire de Terrèbre sous son jour le plus noir, effleuré dans Le Veilleur du Jour et La Clé des Ombres : pas seulement une incarnation abstraite du conformisme, mais un authentique totalitarisme, où le destin du narrateur des Barbares et de La Barbarie prend des accents orwelliens.

  Vous voilà prévenu, n'attendez pas de happy end. Pour autant, l'espoir ne disparait pas à la fin du roman, et dans une touche énigmatique la magie des contrées montre qu'elle n'a pas dit son dernier mot.

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