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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 19:33

  Mon ordre de rédaction chaotique m'oblige à faire passer après le grandiose Valérie au Pays des Merveilles   un film surréaliste bien moins classieux, mais néanmoins intéressant, a fortiori inséré dans le paysage morne du cinéma français contemporain.

 

http://static.cinebel.be/img/movie/poster/full/1009163_fr_holy_motors_1338980231964.jpg   

Holy Motors de Leos Carax commence par un prologue surréaliste d'une beauté passant toute description, et qui nous met joliment dans l'ambiance sans nous préparer à quoi que ce soit. Le film commence d'ailleurs comme il se terminera, par une très belle saynètes absurde et poétique sans rapport avec le reste du métrage.

  Le reste, justement, qu'en est-t'il ? Nous suivons un homme mystérieux, Oscar, en apparence (j'insiste) homme d'affaire respectable, quittant ses enfants et sa confortable demeure pour partir au travail dans sa gigantesque limousine, conduite par une femme blonde d'âge mûr qui lui prépare ses dossiers. Ces derniers, qu'on imagine trivialement capitalistes, se révélerons bien plus étrange : les "dossiers" d'Oscar consistent à jouer des rôle comme le ferais un acteur.

  Ce jeu de rôle, qui sous-tend toute la trame du film, lui offre un début assez laborieux : les deux premiers rôle (une mendiante, un acteur de perfomance capture porno-SF), sont déconnectés les uns des autres, obscurs de sens et un peu longuets. Le troisième sketch éveille l'intérêt en ressuscitant le réjouissant personnage de "Merde", l'homme des égoûts inventé par le réalisateur et incarné, si je ne me trompe, par le même Denis Lavant  pour le film collectif Tokyo

  Voir Carax réemployer son univers fait plaisir, malgré une impression de redite, mais le problème persiste : le film se présente encore comme une série de sketches déconnectés les uns des autres, privés de sens et d'un décalage finalement assez creux (il est si facile d'être décalé de nos jours !). Bref, ça n'augure en apparence rien de bon pour la suite.

  Heureusement, tout change à partir du "dossier" suivant : le film acquiert non seulement une intrigue plus charpentée qui dépasse le simple film à sketches (sans abandonner, paradoxalement, cette structure), mais une profondeur insoupçonnée. En effet, les rôles d'Oscar (Denis Lavant, fabuleux transformiste, aura en tout l'occasion de jouer 11 rôle) sont de plus en plus sombres, lui font rencontrer d'autres mystérieux "acteurs" comme lui, et surtout, nous font prendre conscience que dans le métier d'Oscar, la mort est réelle. Cette danse avec une mort non simulée sera d'ailleurs l'occasion de deux scènes magnifiques, celle ou Carax parvient à nous faire douter de qui rejoint la voiture entre la victime et le bourreau, et le passage la plus grandiose du film, une séquence mêlé de comédie musicale (le moindre exploit de carax ne sera pas d'avoir réussi à me faire apprécier d'entendre chanter Kylie Minogue) où Oscar accompagne une ancienne amante et hélas collégue vers le lieu de sa fin tragique.

  Ce parcours de gladiateur moderne nous met en tête plein de question pour lesquels il n'y a sans doute pas de réponses. Les victimes, qu'il s'agisse de la fille d'un père indigne où d'une victime de meurtre, sont-elles toutes des "acteurs" comme Oscar ? Les "acteurs" (précisons que le mot viens de moi, pour plus de commodité) sont-ils toujours pleinement eux-même quand ils semblent pris de fureur meurtrière incontrôlable ou au contraire résigné à aller à l'abattoir comme si c'était leur destin ? Oscar a t-il un foyer, comme celui qui semble si réel et attachant au début du film, ou tout n'est-il qu'illusion ?

  Et surtout, quel est le but de tout ceci ? Un dialogue-clé nous informe que ce métier étrange se fait "pour  la beauté du geste" (mots repris dans l'accroche du film au cinéma) mais que la beauté disparait quand il n'y a personne pour la regarder, comme cela a bien l'air d'être le cas ici. Bref, ce jeu de rôle barbare semble bel et bien absurde, presque kafkaïen, ou bien tout à fait dans l'esprit d'un certain nihilisme surréaliste.

 

  Un OVNI peu commun dans le paysage filmique français, décalé tout en étant bien plus profond qu'il ne semble de premier abord, malgré un début laborieux.     

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