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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 10:51

http://ecx.images-amazon.com/images/I/412-N2vh7qL._SY445_.jpgAutres recueil de nouvelles passablement étranges, lu juste avant Bestiaire magique de Buzzati.

Jusqu'ici, je ne connaissais pas vraiment Cortazar, à l'exception des premiers chapitres du roman L'Examen que j'avais emprunté en bibliothèque, mais que j'ai du rendre avant de l'avoir lu plus avant, comme il m'arrive avec plein de livres empruntés.

  Gîtes est ce qu'on pourrait appeller faute de mieux un recueil fantastique, bien que certaines nouvelles relèvent davantage de l'étrange, et dans tout les cas d'un fantastique sans monstre ni esprit qu'on a souvent comparé à une version plus inquiétante du prestigieux compatriote de Cortazar, Borges, ce qui semble tout à fait justifié après lecture de ce recueil.

  Il est difficile de rendre compte de l'étrangeté de ces nouvelles. Bon, certes, la quatrième de couverture y arrive, mais quand bien même elle m'a convaincu immédiatement de lire le livre, avec cet art du résumé que cultive si bien la grande collection L'Imaginaire de Gallimard, je conseillerai plutôt de ne pas la lire du tout car elle spoile beaucoup.

  Le grand écrivain argentin parvient à changer en nouvelle d'épouvante l'enfilage difficile d'un pull-over (N'accusez personne), à nous parler tout au long de deux nouvelles qui se suivent fort à propos (Maison occupée et La promenade), de quelque chose qui ne sera jamais nommé ni décrit (l'exploit en est surtout un dans la seconde nouvelle). Et il ne s'agit ici que des nouvelles parmi les plus aisément résumables  du recueil, et qui je sont pas forcément les meilleures (relativement hein, je n'ai pas dit qu'elles étaient faibles, même s'il ya en quelques unes, de nouvelles faibles). Les textes les plus forts recèlent nombre d'images stupéfiantes, et celles-ci peuvent apparaître de manière inattendue au détour d'une nouvelle plus "sage". L'angoisse  ne réside pas seulement dans ses étrangetés mais aussi dans des aspects plus existentiels : Une fleur jaune est à ce titre le texte le plus bouleversant, débordant de compassion là ou Céphalée est plus froid et clinique dans sa description de maladies imaginaires qu'occasionne l'élevage d'animaux appelés mancuspies (qui eux non plus ne sont pas décrits).     

  Mais ce qui frappe dans le recueil, c'est autant la forme que le fond. Ce n'est plus un secret que j'aime les textes relevant de la prose poétique, a fortiori quand le style est tout au service du récit pour donner une grande force d'évocation. Ici le style sert parfaitement l'étrangeté des récits, car il s'agit tout simplement d'un style les plus étranges qu'il m'ait jamais été donné de lire. Cortazar a un don pour les tournures de phrases inattendues qui ont très souvent un véritable effet comique, au point qu'on rit parfois franchement au détour d'un texte, même quand le récit est inquiétant en lui-même. Cette prose poétique est d'autant plus frappante qu'elle n'a rien de précieuse mais est au contraire très sèche, même si je ne sais pas dans quel mesure la traduction pourrait en être responsable.

  Bien sûr, comme je l'ai dit, il ya quelques textes plus faibles : je confesse n'avoir guère saisi l'intérêt de Dîner d'amis, et m'être un peu ennuyé devant les deux récits d'enfance (où il est curieusement question à chaque fois de fourmis), Les Poisons et Bestiaire, quand bien même ces deux derniers ne manquent pas de passages fort intéressants. Mais dans l'ensemble, ce recueil est un chef-d'oeuvre.    

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