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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 16:48

  Souvenez-vous, j'avais déjà fait une chronique groupée de BD avec ce premier florilège. Comme c'est bien pratique quand certaines  BD nécesitent des critiques plus courtes que les autres, voici une deuxième édition, qui éclusera principalement les découvertes de la semaine qui vient de s'écouler, mais avec une découverte plus ancienne et non chroniquée que c'est enfin l'occasion de tirer de l'oubli.

 

http://www.librairiegoscinny.com/IMG/arton2791.jpg?1270662568 

La découverte ancienne, c'est Petit verglas de Sattouf et Corbeyran. Ceux qui connaissent Riad Sattouf par Pascal Brutal ou le film Les Beaux gosses, et donc sous sa facade déconneuse à l'humour un peu gras (je parle au moins pour Pascal Brutal, pas vu Les Beaux gosses) risquerons d'avoir un choc à la lecture de sa collaboration avec Corbeyran. Dans la trilogie de Petit Verglas, on ne rigole plus, cette histoire sise dans un XIXème siècle teinté de fantastiquer bretonnant est plutôt dure et noire. On suit l'errance d'une adolescente qu'un savant fou a enfermé depuis la naissance pour en faire un humain nouveau, un être purement rationnel, sans émotion. Evadée, elle rencontre un jeune rebouteux qui tient son pouvoir d'un dolmen inconnu du public, caché dans le parc d'un manoir, un jeune homme un peu exclus aussi quelque part, puisque son don de guérisseur pour lequel il n'exige aucun argent ne lui vaut que d'être considéré comme un sorcier par les paysans et un concurrent déloyals par le médecin local. C'est à ce sympathique garçon que la jeune fille devra son surnom -peut-être même son seul nom, si ma mémoire ne me trompe pas- de Petit Verglas.

  Malgré la bonne volonté du jeune rebouteux  et du fils du savant qui se dresse contre son père après avoir découvert son odieux secret, rien ne sauvera Petit Verglas dont la santé mentale est définitivement atteinte par la privation d'affection qui étaient censé en faire un surhomme.

 Même si j'ai bien ri à la lecture de Pascal Brutal, je crois que je préfére Sattouf sous cette facade méconnue et surprenante, avec cette histoire certes douloureuse mais belle, traversée d'instants de poésie grâce notamment aux multiples références à l'univers des contes (pas seulement au travers de l'argument fantastique du dolmen et du mystérieux manoirs, mais aussi aux cartes grâce auxquelles une domestique désobésissante tente d'initier l'enfant au merveilleux duconte populaire, et qui joueront un rôle tragique dans l'histoire), tous éléments qui allègent et renforcent à la fois, par un jeu subtil, la noirceur du récit.

 

 

  Pour en venir à l'actualité de la semaine passée, il y a certaines BD dont, tout comme certains livres et certains films, je ne sais pas suffisemment quoi  dire pour écrire une chronique, ce qui n'a rien à voir avec leur qualité ni avec mon emballement. Ainsi en est-il de deux albums de toute façon devenus assez classiques pour se passer de mon avis : le très bon Pour toi Sandra de Derib, et ce chef-d'oeuvre incontesté qu'est le premier album des Cités obscures de Peeters et Schuiten, Les Murailles de Samaris.  

 

http://www.bd-sanctuary.com/couvertures/big/tonnerre-rampant-bd-volume-1-simple-13604.jpg 

Je m'attarderais un peu plus, mais pas tant que ça, sur Tonnerre Rampant  d'Eric Liberge, dessinateur hors-pair dont la tétralogie de Monsieur Mardi-Gras Descendres aura marqué ma jeunesse. Du point de vue graphique, les deux oeuvres ont la même virtuosité, on ne songera pas à s'en étonner de la part d'Eric Liberge : même avalanche de pages impressionnantes, jouant sur l'ampleur et la débauche de couleurs sombres. En revanche, peut-être Monsieur Mardi-Gras Descendres m'aura-t-il rendu trop exigeant, mais l'histoire deçoit  un peu par rapport ce dernier. Il s'agit d'une simple histoire de maison hantée, fut-ce-t'elle la plus hantée d'Angleterre, le prieuré de Nunhead, et d'une fouille parapsychologique en 1928. Les personnages deux-même, surtout le parapsychologique psycho-rigide, ne sont pas si attachant que peuvent l'être Victor Tourterelle alias Mardi-Gras Descendres. Un beau voyage le temps de la lecture, mais trop vite oubliée en ce qui me concerne une fois celle-ci finie.

 

http://bd.blogs.sudouest.fr/media/02/00/2134107521.jpg 

En revanche, je commence à avoir davantage ma ration avec Trois Ombres de Cyril Pedrosa, petit pavé de 250 pages, de fantastique également, mais d'un tout autre genre en terme d'originalité. 

  Dans un XVIIIème siècle aux contours géographiques imprécis, une petire famille paysanne vit heureuse jusqu'à ce que paraissent à l'horizon les ombres de trois cavaliers qui hantent sans discontinuer les parages de leur ferme. Une vieille rebouteuse de la ville, consultée par la mère, est formelle : les ombres veulent Joachim, le fils unique de la famille. Le père et le fils laissent alors la mère pour fuir vers le pays d'où venait le grand-père, par-delà la mer.

  Dans ce fantastique de cet album, l'importance est moins l'effroi que la poésie, celle qui confine au tragique avec le thème du destin qui traverse tout le récit, et celle du merveilleux qui s'emballe en feu d'artifice vers la fin de l'aventure. Cette poésie transparaitrait bien plus difficilement sans le dessin, en noir et blanc et d'une apparance un peu frustre au premier abord dans le dessin des personnages, qui rappellent la bonne vieille ligne claire, mais combiné avec un art de la transfiguration onirique, visible notamment dans le moindre détail végétal, qui m'a rappelé les meilleures pages de Ludovic Debeurme dont j'ai longuement parlé  ici et . Poésie de l'intrigue et poésie du dessin, la combinaison des deux explosent particulièrement dans les dernières pages, mais tout l'album est de haute volée.

 

http://www.sceneario.com/Couverture_bd_2800132957.jpg

Un autre coup de coeur et une autre forme de poésie pour mon premier contact avec le fameux Baudoin, collaborant ici avec son modèle Céline Wagner pour l'album Les Yeux dans le mur. Une réflexion sur l'art menée à quatre mains, confrontant habilement la vision du peintre et celle de son modèle pour montrer à quel point leurs préoccupations peuvent réellement s'affronter, entre les obsessions du premiers et le désir d'individualité du second. L'ensemble prend la forme d'un dialogue poétique, remplie de phrases incisives et d'une profonde beauté -un très bon point pour les auteurs là où d'autres seraient  tombé dans un verbiage philosphique ennuyeux- et indisssociables du dessin complétement fou de Baudoin qui s'autorise tout, du collage jusqu'au pastiche de peintres fauves, et des inventions plus curieuse et à l'effet poétique fort comme les phrases illisibles, pour un résultat de toute beauté.

 

http://pmcdn.priceminister.com/photo/Guth-Paul-La-Luciole-D-or-2-Livre-112103530_ML.jpg 

J'arrive enfin au dernier gros coup de coeur, la série Les Croqueurs de sables de Joly Guth, dont on peut déplorer l'oulbi dans laquelle elle est tombé depuis le début des années 90 (qui fut décidement riches en BD délirantes mais injustement oubliées, comme Le Pays-Miroir ou L'Horloge de Roosevelt, encore que cette dernière vienne d'être réédité).

  Cette fois, il s'agit de post-apo, mais d'un post-apo délirant, aussi bien en terme de scénario que de dessin, comme vous en lirez rarement.

  Dans le monde qui a suivi le grand dégel, un monde ou les senteurs sont devenues si rares qu'on s'entretue pour une monnaie constituée de parfums, Aiguelande, une cité de bateau échoué située à l'emplacement de Bourges, se voit menacée par la rouille. Un potentat fait alors appel à Varech Saccavent, un "croqueur de sable", sorte d'aventurier sans foi ni loi, et en retenant sa fille Goëlane en otage, l'envoie à la malfamée Muninn, la cité des corbeaux, à l'emplacement de Lyon, pour chercher un remède à la "rouillance". C'est le début d'une aventure à multiples rebondissement qu'il serait vain de résumer sur l'ensemble des quatres albums.

   L'univers créé par Joly Gufh est unique : ses personnages aux looks bariolés et aux noms excentriques rappellent l'univers de la Comedia dell'Arte habilement recomposée, certaines inventions loufoques font songer aux anachronismes subtils d'un Astérix post-apo. D'autres inveitons relèvent de la poésie au sens littéral du terme, qu'elle soit citée, dans l'album mais aussi dans les fantasques rabats de couverture qui font partie à part entière de la BD (j'imagine le casse-tête d'un éventuel éditeur d'intégrale), d'Apollinaire aux chansons de Renaud et H.F.Thiéfaine, mais aussi inventée, notamment dans les lettres de Goëlane à son père dans le deuxième album, où la petite invente des contes effrayants trahissant son inquiétude de l'avenir. Pour clore le délire, Le quatrième album va jusqu'à interroger les liens entre réalité et fiction en mettant en abymes la BD elle-même !

  Le dessin est à l'avenant de l'intrigue, tout en tons pastels chatoyant, le pastel étant peut-être bien la technique utilisée pour les planches. Le seul bémol que je mettrais à cette excellente BD est une certaine impression de confusion, qui rend parfois la lecture difficile et dilue les textes par leur abondance malvenue, mais on s'accroche facilement pour peu qu'on se laisse bercer par ce délire plein de fraicheur et de poésie.            

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Published by Kalev - dans BD
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