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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 15:45

  Je sors tout juste d'une session de BD qui m'a fait lire à la suite cinq albums achetés ensemble. La plupart sont des achats compulsifs que, tout comme un autre achat BD,  je n'ai aucunement regretté. Plutôt que d'en faire une série de chroniques brèves (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y rien à dire là-dessus, loin de là ; dans ce dernier cas, nombreuses sont les oeuvres que j'ai volontairement omis sur ce blog même en les ayant aimé), je vais les rassembler dans un long billet. La principale motivation, ce n'est peut-être pas le prétexte de la briéveté (je me rend compte que j'ai fait plus long que je ne le pensais) mais le fait que j'aime l'idée de juger cette session BD dans son entièreté, car j'ai très rarment enchainés autant d'excellentes surprises en si peu de temps (et le tout avec des achats compulsifs, oui j'insiste).       

 

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Commençons par la seule BD dont l'achat était premédité, car le plus vague soupçon d'univers déjanté un peu surréaliste est l'argument de vente le plus efficace en ce qui me concerne.

 Il s'agit de Fables Nautique de Marine Blandin, parue aux éditiopns Shampoing. Un album de quand même 144 pages (ce qui impliqe un bon rapport quantité/prix au moins en terme graphique, mais il faut compter le fait suir une lecture  rapide, pour une raison que j'aurait l'occasion d'évoquer en cours de chro), basé sur un délicieux concept : une piscine géante, Nautiland, géante au point de devenir un monde à elle seule. L'auteur pousse le délire jusqu'au bout en nous livrant une vraie parodie des mondes perdus et autres mystères à la Indiana Jones : au cours des pérégrinations des personnages, nous partirons ainsi en aventuriers intrépides dans la jungle dangereuse qui recouvre certains secteurs abandonnés de la piscine, ou, à la suite d'une plongeuse douée à un point imrpobable en apnée, dans les profondeurs incommensurable d'une fosse ou serait tombé une légendaire clé de poignet, ou encore nous croiserons une armada de fantômes issus d'un cimetierre d'animaux. Sans compter des délires plus purement pataphysique comme les mirgrations de cuisseuses, qui me rappelle certaines pages de Fred. Le tout mené avec force péripéties cocasses, à l'image des personnages qui les vivent, pour un résultat frais, léger et d'une inventivité sans faille.  

  Fables Nautiques n'est pas seulement une merveille narrative, mais aussi graphique. Le dessin m'a fait peur au feuilletage, tant il me semblait de prime abord rudimentaire, guère adapté à ce que je savais de l'histoire. En vérité, il révèle sa complexité dès lecture des premières pages ; premièrement, Marine Blandin concilie ligne claire et ambiance, et réussit à donner à certains décors une véritable poésie onirique, qui j'avoue m'a tout à fait surpris ; ensuite, il est évident qu'elle s'amuse follement dans son dessin, par exemple avec la physionomie des personnages, dont les anomalies de proportions semblent parodier une certaine gaucherie devenue emblématique de la BD franco-belge. Dans le genre expérimental, mais d'un expérimental qui semble tout à fait naturel, pour dire à quel point l'esbrouffe en est absente, la dessinatrice se permet de réaliser des scènes entières, parfois très longues, entièrement muettes, avec la maitrise de la narration graphique que cela implique (c'est ce à quoi je pensais en évoquant la rapidité de la lecture par rapport au nombre de pages). 

 

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A suivi La Nuit de Stanislas Gros, dont le ton est le plus proche, dans une certaine fraicheur, mais néanmoins différent. Il s'agit d'une fantaisie médievale, nous pourrions même dire une fantasy qui puiserait directement aux contes de notre enfance et à une vision presque d'Epinal du Moyen-Âge. Pas besoin de chercher plus loin et de faire du Robin Hobb, car le ton de l'album est résolument humoristique. Au cours de la nuit qui contient toute l'intrigue, d'où le titre de l'album, nous croisons une file de personnages aussi attachants que cocasses : un arbalétier maladroit, un châtelain phobique des cheveux, des morts rassemblés dans une cimetierre et parmi lesquels tout un village se reconcilie avec la sorcière qu'ils ont bannis de leurs vivants, un chevalier vieilissant et un brin fanatique forçé à cohabiter avec l'orpheline de la dite sorcière, que tout le monde redoute et appelle la Sinistra, mais se révèle une jeune fille naïve et insouciante.

  Tout cela promet des pages d'une drôlerie rafraichisante, mais pas que, car le ton de la BD est résolument doux-amer.  Le point culminant de cette ambiance se situe dans l'histoire du personnage qui est peut-être le plus attachant de l'album : la jolie femme de l'arbalétier, qui projette de quitter son peu reluisant mari, mais aussi son fils, pour s'enfuir à la suite de son amant, tout en continuant à hésiter. La justesse de  ton de l'auteur (pas du tout dans un sens réaliste, bien sûr), la douceur et la complexité qu'il met dans le personnage, même de façon irréaliste , tout cela fait que le personnage féminin n'attire que tendresse et aucune réprobation (c'est plutôt l'amant qui n'a guère l'air recommandable, encore qu'il soit plus ridicule qu'odieux), et la scène du conte qu'elle raconte à son fils est le moment le plus lumineux de l'album. La fin de cette intrigue choisit d'ailleurs la cruauté, mais toujours enrobé d'une poésie douce-amère sublime (et relativisée par le fait qu'une suite est à prevoir. Enfin je suppose, car il reste beaucoup trop de choses en suspens à la fin de ce tome).

  Sur un registre moins déjanté, le second album de ce panier ressemble au précédent par sa fraicheur et une certaine légéreté, mais avec une gravité supplémentaire.

 

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En revanche, on change légèrement d'ambiance avec le suivant, qui franchit un cap dans la gravité : Le Montreur d'histoires  de Raphaël Beuchot et Zidrou. Une histoire qui prend place en Afrique, peut être au Sénégal si on en croit la dédicace du scénariste à l'ami qui l'a aidé  à se "sénégaliser", mais peut-être aussi dans une Afrique onirique seulement inspirée de la culture sénégalaise -en effet, en terme d'onirisme ancré dans notre monde, ça se pose un peu là, on pourait même parler de réalisme magique.

  Nous suivons donc les pérégrinations d' "Il était une fois", comme chacun appelle un conteur et montreur de marionnettes itinérant, adulés dans les villages, mais qui décident de prendre le risque de retourner dans un pays soumis à la dictature, où les histoires sont proscrites et où lui-même a déjà perdu ses mains.

  L'Afrique et ses dures réalités (ici plus politiques qu'économiques, de quoi nous rappeller à point nommé que le continent n'est pas exclusivement peuplé d'affamés comme se l'imagine les occidentaux) est vu à travers le prisme des contes, lesquels ne se contente pas d'être narrés, mais investissent le monde réel dans ce que je me suis pensé autorisé ci-dessus à appeller un réalisme magique.

  Bon,  j'avais déjà évoqué ici  ou ma répugnance à utiliser le mot "poésie" dans les domaines où il est le plus galvaudé, lesquels vont sans doute bientôt s'étendre, puisque tout est galvaudé à notre époque. Là, le cliché menace plus que jamais : il y est question d'Afrique, de contes africains, et danger ultime, de spectacle de marionnettes ; tout ça plait au bobo, et le bobo est prompt à s'extasier sur la pouësie qu'il voit dans le moindre jonglage de pelouse universitaire....aïe aïe aïe. Mais il faudra bien l'affirmer face au cynique : il y a des moments où il ne sert à rien de se voiler la façe sous des critiques faciles, et avec la prudence que sans me vanter je crois mieux maîtriser que le critique bobo de base qui nous asséne son orgasme bruyant à longueur de pages des Inrocks, j'affirme que Le Montreur d'histoires est effectivement  une merveille de poésie.

  L'Afrique onirique de Zidrou et Beuchot regorge ainsi de merveilles, qui puise tantôt à une merveilleux digne de Lewis Caroll ou James Barries (le Yeti qui fond au Soleil de l'Afrique en est un bon exemple) tantôt dans un véritable surréalisme (à travers notamment une double page de cauchemar que l'on aurait presque envie de découper pour l'encadrer), dans des étrangetés plus indéfinissables qui concourt à une ambiance mythique (les personnages qui se présentent en dépit de tout réalisme, et où les humains normaux côtoient les animaux, les morts ou les jouets ; sans compter l'image très forte des vautours parleurs qui deviennent un symbole du Destin, image qui contribue à donner son souffle à ce conte moderne). La fin, sorte de Deus ex machina merveilleux, pourra ne pas emporter l'adhésion de tout le monde (c'est compliqué, un Deus ex machina contre une réalité socio-politique si cruellement...réelle dans notre monde) il n'empêche que le résultat est un enchantement. Et tant pis si l'Afrique imaginaire n'est pas tout à fait exempte de clichés, elle reste très éloignée, y compris dans sa part de réel, de ce qu'inspire généralement ce continent à l'occidental moyen.

 

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J'arrive aux derniers albums, qui se révélent les deux premiers tomes d'une même série : Braise de Bouton et Fortier, paru au prestgieux Poisson Pilote, avec le style d'univers et le style graphique particuliers que cela implique.

  Braise, c'est le nom d'une créature comme on aimerait en voir plus souvent en BD. Une sorte de lutin à tête de chat, au language précieux et fantasque qui le fait ressembler à un Achille Talon qui aurait fumé la même herbe que Lewis Carroll ou le scénariste de Mary Poppins afin de les concurrencer dans les mots inventés et les calembours peut-être foireux mais barrés. Voilà qui le fait sembler sympathique, mais un sympathique méchant alors (pléonasme, au moins quand le personnage est réussi, ce qui est le cas ici), qui s'improvise joueur de flûte de Hamelin (plutôt joueur de cornemuse de Hamelin, en l'occurence), et charme tout un orphelinat en leur promettant une Reine qui est aussi une Maman...laquelle sera tout à fait sincère dans son amour, le lecteur n'en doute pas un instant.

  Pour commencer par les qualités les moins originale de la série, elle ravira les amateurs d'univers gothisants et déjantés à la Burton ou à la Selick -l'époque XIXème où se place l'intrigue semble d'ailleurs choisie pour ce genre d'ambiance. L'imaginaire combine merveilleusement  féérie et horreur, avec une réjouissante galerie de monstres, un cadre original (un parc d'attraction, rien que de très banal jusque là, mais en ruine la nuit, ce qui en fait une image poétique forte).

  Mais surtout, Braise est un P* de B* de D* de récit d'horreur, le plus convaincant que j'ai pu voir jouer avec l'imaginaire et les peurs enfantines, que sur ce plan je n'hésiterais pas à placer loin devant le sacro-saint Coraline de Neil Gaiman. C'est que s'il n'y aucun touche de gore (ce qui permet en théorie aux enfants de lire. Nan mais essayez toujours, chers parents, mais en connaissance de cause), j'ai eu la mâchoire tombante  de voir le scénariste aller bien loin que je l'imaginais dans la cruauté des situations. Le concept de base donne déjà envie d'applaudir : appâter des orphelins avec une Maman. La suite paraitra presque routinière en comparaison : métamorphoses peu ragoûtantes pour les mioches les plus chanceux et/ou débrouillards (j'ai pas dis forcément les plus gentil et les plus purs d'âme et de coeur...vous vous croyez dans les Bisounours ?), et pour les autres la dévoration des corps accompagnés comme il se doit de la perte des âmes.

  Et dire que certains de nos élus ont voulu interdire le Hellfest. Les petits joueurs.

  Le tout est enrobé d'humour : la truculence de Braise bien entendu, mais aussi les monstres prinicpaux qui font de réjouissant second rôles, et les références amusantes, tel une certaine Teigne qui ressemble à s'y méprendre au...Freddy de Wes Craven (clin d'oeil d'autant plus amusant dans un monde XIXème). Braise et ses seconds couteaux sont loin d'être des personnages de farce et ont leur profondeur ; ce sont pour ainsi dire de vrais personnages tragiques, qui n'ont pas choisi de servir la reine et dont on devinera très tôt le passé humain. Paradoxalement, ce statut compléte l'aspect humoristique en donnant à la série un ton à la fois plus léger et plus cynique : en dehors de la Reine, il n'y a finalement pas de vrais méchants mais plutôt des imbéciles, mais dans le cas de Braise en particulier, plus insouciant que ses surbordonnés, ce caractère de faux méchant est en lui-même ambigu.    

  C'est peut-être dans l'humour, et peut-être aussi dans le difficile passage à un ton plus grave, que se situe le talon d'Achille de la série. En  effet, le premier album frôle l'hystérie par moment : cela passe encore en BD, mais je n'ai pu m'empêcher de visualiser une adaptation en film ou en série TV qui serait probablment insupportable, mené par un cabotin en roue libre dans le rôle de Braise. Heureuseusement, le second album prend un rythme plus posé (l'intrigue devient déjà un peu plus complexe, il faut dire) mais se calme peut-être un peu trop : en effet, la dimension folklorique de Braise, et surtout son language, sont moins fouillés et moins inventifs ; il n'invente plus de mots, ne jargonnent plus sur la philosophie, bref, son parler se limite de plus en plus à un banal style soutenu. On a l'impression que le dialoguiste a joué sur l'épate avec le premier tome, sans avoir envie de développer l'idée du language par la suite. D'où une frustration inévitable, encouragée par l'impression encore plus dérangeante que le personnage se fait doubler, horreur glauque, par le camps des gentils, et encore pire, si l'on excepte les monstres qui se rebellent contre la Reine (il y a plus de valeurs) en grande partie par des enfants.

    M'enfin, je vais quand même faire taire le gogoth de 15 qui sommeille au fond de moi, et s'il me parait que certaines promesses de sont pas tenus (pur fantasme de lecteurs, au moins en partie ?) je finirais peut-être même par voir dans l'effacement de Braise un bémol mineur, voir, rêvons un peu, passager, tant ces deux premiers albums sont prometteurs et donne envie de lire la suite.

 

  Il est tard dans la nuit, je finis de rédiger cette chronique, et mes dernières lectures m'auront décidemment fourni matière aussi bien à de doux rêves qu'à de beaux cauchemars. 

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Published by Kalev - dans BD
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