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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 22:34

http://ecx.images-amazon.com/images/I/31DYSQ3P48L._SL500_AA300_.jpg 

Dans l'histoire officielle des lettres françaises, telle qu'on peut l'enseigner à l'école, c'est à Boris Vian que revient l'honneur d'avoir réuni le surréalisme avec un genre  que ce dernier abhorre, le roman. En réalité,   René Crevel avait déjà commis ce sacrilége en 1935 avec Êtes-vous fous ?, et ce dans un esprit peut-être plus ouvertement proche du mouvement. Aujourd'hui, le roman est édité par la collection L'imaginaire de Gallimard, véritable mine de textes inclassables qui serait oubliés sans elle.

 

  Résumer le roman n'est pas, on s'en doute, chose facile. Disons que le personnage principal va consulter une voyante à qui il devra pour tout le reste du roman son nom, évidemment plein de sens : "Vagualâme". D'elle, Vagualâme apprend qu'il est destiné à épouser une rousse qui lui donnera un enfant bleu destiné à mourrir dés la naissance, suivi dans la tombes de nombreux fréres et soeurs multicolores. Il doit aussi connaître la sulfureuse demie-mondaine Yolande, dont la fréquentation n'améne rien de bon, pour ne pas dire qu'elle sent pour Vagualâme le début de la fin. Car il est dit que par ses débauches la Ville doit l'enterrer, celle qu'on surnomme la "grande pétrifiée" (mais jamais nommée Paris).

  Cette dernière prophétie semble en fait se réaliser avant toutes les autres, quand Vagualâme est atteint de mal pulmonaire  qu'il doit partir soigner dans un sanatorium Suisse. Dés lors, le lecteur doute probablement à juste titre de la réalité de tout ce qui va suivre : notre malade rencontre Dieu sait comment Yolande, qui se révèle être une morte-vivante vivant aux milieus de ses trois phénomènes, dont le fakir qui la maintient en vie. Fusillée pour espionnage mais ressuscitée, elle peut se vanter d'une vie bien remplie et ce depuis l'enfance.

  De plus grande surprises attendent encore le "héros", notamment quand il s'agit de rencontrer sa promise rousse, nièce de Yolande, joliment nommée Dame de la Mer. La rencontre sera assez différente de ce que disait la prophétie, dans cette Berlin devenue la capitale des chirurgies les plus étranges ainsi  que de toutes les perversions (En 1935, Crevel semble s'accrocher naïvement à une image liberée et subversive de l'Allemagne, figure de proue de l'avant-garde européenne, alliée potentielle de la révolution surréaliste. Si c'est un pari sur l'avenir, c'est un peu ballot).

  Voilà la trame du roman à peu prés donnée, en faisant l'impasse sur les intrigues secondaires qui viennent la compliquer, comme celle tournant autour de cette Suisse fantaisiste où le goître est le signe de respectabilité bourgeoise. Inutile de dire qu'il ne faut pas y chercher une intrigue béton. En revanche, ce qui fait tenir cette étrange oeuvre, c'est son style, pour ne pas dire son exercice de style, trés difficile à définir et à analyser, mais distillant une folie continue tout le long du roman. Running gag, certains passages en deviennt à la limite du lisible (surtout, selon mon impression, les premières pages, ce statut lui-même ayant sans doute joué dans ma lecture) mais heureusement cela s'améliore vite, et certains passages sont de toutes beauté : ainsi le début de la maladie de Vagualâme, présenté sous forme d'une allégorie complexe,  est l'un des plus beaux passages du roman. Et la fin vous laisse sur le carreau après un épilogue qui se change en manifeste de cette folie furieuse qu'était la révolution surréaliste.  

 

  Une oeuvre exigente, pas précisement une lecture de plage ou même de métro, mais qui récompensera les lecteurs qui s'accrocheront.

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