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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 13:26

...après ceux contenus dans  Les Guerriers célestes du pays Yakoute-Saxa, avec une nouvelle lecture, et une relecture  d'un livre que je connaissais depuis un peu plus quatre ans, tout deux étant parus, comme le précédent, dans la collection A l'Aube des peuples de Gallimard.

 

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Le premier, Les Portes de feutre-épopées Kirghiz et Sagaï (Sibérie du Sud), ne fera pas seulement écho aux Guerriers célestes... (on retrouve d'ailleurs Yankel Karro à la traduction, l'édition originale étant cette fois allemande, résultant d'une récolte folklorique menée dans les années 1860 par Wilhelm Radloff), mais aussi à un livre chroniqué  depuis plus longtemps en ces lieux, L'épopé d'Er Toshtük

Même s'il ne s'agit pas d'une épopée du Kirghizistan, mais de Sibérie du Sud (les peuples dont il est question dans ce receuil vivent sur les rives du fleuve Ienisseï), l'unique texte kirghiz du recueil, Yoloï Kan, est rattachée comme toutes les épopées kirghize à celle de Manas, la plus longue épopée du monde. Yoloï Kan, roi du peuple Nogai, le Bâfreur impossible à rassassier, à l'origine, comme l'explique la préface, un personnage peu sympathique d'un bref épisode de l'épopée de Manas, devient un héros plus juste, même si la sympathie qu'il pourrait inspirer devient très relative de notre point de vue d'occidental moderne sur la violence de la mentalité archaïque kirghize telle qu'elle transparait tardivement dans cette épopée.

  Ce dernier point n'empêche par les paradoxes : si la place de la femme ne semble guère folichonne, le mariage étant généralement consécutif à un rapt parfois accompagné d'un viol, cela n'empêche par le héros de devoir son salut plus d'une fois à sa seconde épouse Ak Saïkal, redoutable guerrière, même si il semble obligatoire qu'elle soit parfois reprise par sa faiblesse naturelle de femelle. On peut aussi noter dans cette épopée la finesses psychologiques que Pertev Boratav relevait déjà à propos des épopées kirghize dans son édition de celle d'Er Töshtük, par exemple dans une surprenante scène de "baby blues".

  Pour le reste, cette épopée est enlevée, fourmillant de péripéties sur ses cent pages très denses, et est rendue d'autant plus agréable à lire par ses images merveilleuses et par la saveur de la langue épique bien digne des gestes d'Asie Centrale et de Sibérie.

  Les trois autres textes, oeuvre des voisins Sagaï, dont le folklore est plus "païen", moins pénétré par l'Islam et pas beaucoup davantage par le christiannisme orthodoxe, sont plus proches de contes sur la forme (ils sont d'ailleurs plus courts, à eux trois réunis, que l'épopée de Yoloï Kan) mais restent des contes épiques. Plutôt que de répéter les même choses sur leur langue et leur imagination, un petit extrait du premier conte, Aï Môkö. le héros éponyme rencontre sur sa route un autre Héros décidé à le tuer, Kan Kaïgalak :

 

  Pendant trois jours il le frappa, mais n'arriva pas à le tuer. Il jeta le fouet, ils se saisirent à bras-le-corps, et c'est à ce moment qu'une flèche inconnue fut décochée. Elle frappa Kan Kaïgalak, puis se planta dans un rocher.

  Aï Mökö courut pour voir la flèche.

"Est-ce une flèche décochée par Kudaï ou la flèche du carquois d'un héros de ce monde ?  Sur cette terre je n'ai ni père, ni mère, ni frère, je n'ai pas de famille."

  Il examina de près cette flèche, il put y lire :

"Dans le pays créé par Kudaï, Tchäs Mökö ("Héros de Cuivre"), au cheval alezan, est un héros puissant. C'est moi qui ai décoché cette flèche. Cette flèche, ne la touche pas, elle va poursuivre son chemin. Elle va maintenant se planter sur le pieu d'attache fiché devant la demeure d'Akyrang Tas ("Pierre criante") au cheval bleu-blanc. Là, ma flèche aura atteint son premier but."

  "J'ai atteint soixante-dix-sept ans. A l'âge de neuf ans, j'ai combattu Akyrang Tas. Sa force n'était pas plus grande que la mienne, ma force n'était pas plus grande que la sienne. Alors, comme nous étions égaux, nous avons décidé de nous confronter à l'âge de trente ans. Quand j'ai atteint la trentième année, nous avons combattu de nouveau. Aucun des deux n'a surpassé l'autre ; alors, nous avons décidé de nous livrer combat à l'âge de soixante-dix ans."

  "Je pars maintenant au combat, et toi, attend sur la chaîne de l'Altaï : je trouverais ton lieu de naissance, je trouverais ton père."

 

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Passons au deuxième ouvrage : Le Preux Sodani-Le Preux Develtchen-Epopées orales des Evenks de Sibérie dites par N.G.Trifimov.

  Le recueil différe des deux précédents en ce que l'aire linguistiques n'est pas la même : les Evenks, peuple de Sibérie orientale ne sont plus turcophones, mais tonguouzes-mandchoues. Ce qui n'empêche pas les topos et figure des styles épiques d'être parfois curieusement proches des épopées turques (sans parler de l'inévitable cosmogonie sibérienne qui partage l'univers en trois mondes, Supérieur, Moyen et Inférieur, le dernier étant habité par les démons, mais aussi en partie le premier)

  Les deux épopées de ce recueil, très courtes -une soixantaine de pages chacune à raison d'un paragraphe par phrase, certes souvent longue (saluons au passage le très bon choix de traduction intermédiaire entre le vers et la prose, les majuscules marquant le début des vers au coeur des phrases)- sont bâties sur un modèle semblable : à l'aube des temps, vivent sur terre un frère et une soeur qui ignorent leurs origines, dont le frère est destiné à être l'ancêtre des Evenks, et dont la soeur se fait soudainement enlever par un démon du Monde Inférieur. A partir de là viennet quelques divergences d'intrigues : Sodani est tué, après une lutte épique, pendant l'enlèvement, et c'est son frère inconnu Irkinitchen, qui connait leurs origines, qui sauve la soeur du monde inférieur tout en transportant dans sa poche les os de son frère, en attendant que sa fille-chamane lui redonne vie à la toute fin de l'épopée, car il doit tout de même être l'ancêtre des Evenks. Develtchen, lui sauve, sa soeur lui-même, sans intervention extérieure, et l'épopée s'étend plus longuement sur ses péripéties ultérieures, son voyage au ciel pour chercher l'épouse qui lui est destiné, la fondation de sa famille. Malgré ces divergences, le lecteur peut avoir une impression de redite d'un texte à l'autre, mais celle-ci est compensé par la variété des visions des autres monde, toujours impressionantes dans ces cultures chamaniques, ou des scènes de combats aux allures magiques. 

  Encore un extrait, qui, étant donné que c'est fatiguant de recopier un livre, sera court, mais donne une bonne idée de la poésie des textes, à défaut de rendre leur délire. Issu du Preux Sodani, il se retrouve avec des légères différences de formulation dans les deux épopées :

 

  Un  jour le preux-frère aîné  Avait demandé à sa soeur cadette :

"Est-il possible Que tous deux soyons né seuls dans ce Monde-mère Moyen ?"

Sa soeur lui avait répondu :

"Tu es né avant moi Et tu dois le savoir toi-même, Je voulais te le demander, Mais tu l'as fait avant moi.

 Si nous étions né Dans le Monde Supérieur Nous aurions de la rosée sur la tête."

A ces mots la soeur tâta de sa paume Le sommet de sa tête, Mais il n'y avait rien.

"Si nous étions issu du Monde Inférieur Nous aurions de l'Argile collé à nos talons", Mais il n'y en avait pas.

C'est pourquoi elle dit  A son frère :

"Oui, Nous sommes effectivement né Dans le Monde-mère Moyen, Mêlés à ses eaux, ses arbres Et ses herbes grasses." 

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Published by Kalev - dans Mythes
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