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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 12:50

http://classiques.uqac.ca/classiques/griaule_marcel/ogotemmeli_dieudeau/jmt_griaule_dieudeau_L33.jpg 

J'avais déjà évoqué les mythes du peuple Dogon dans mon billet mythologique sur l'Afrique. Dieu d'Eau-Entretiens avec Ogotemmêli de Marcel Griaule comblait à ce sujet une très vieille attente : prendre contact avec la source d'un mythe découvert dans mon enfance sous forme de belle infidèle, recoupement qui constitue toujours le plus grand délice de mes investigations mythologiques.

  Un contact forumesque est venu doucher quelque peu mon enthousiasme, en m'apprenant que Griaule et très critiqué dans le monde de l'ethnologie et que ce livre est à prendre avec des pincettes. Mais commençons par le début. 

 

  Dieu d'Eau raconte sous une forme littéraire (premier point qui prête le flanc à la critique) un épisode de la mission qui ramène Marcel Griaule et son équipe en 1946 en pays Dogon, que l'ethnologue avait révélé au public français dans les années 30. Il s'agit des trente-trois jours d'entretien qu'il eut avec le vieux chasseur aveugle Ogotemmêli, qui lui enseigna la cosmogonie Dogon, permettant l'aboutissement de quinze ans de recherche.

  Passons tout de suite au problème du texte : outre que le roman, car c'en est un, de Griaule est suspect de par ses arrangements littéraires, l'ethnologue aurait été abusé par son informateur qui, peut-être avec la complicité d'un groupe de pair voulant asseoir son pouvoir, aurait fait passer des inventions personnelles pour certains des mythes traditionnels de son peuple. De plus, le travail de Griaule est trop peu rigoureux, coupables de nombreuses erreurs d'interprétations. Mais cet article de Gaetano Ciarcia, entre autres conseils bibliographiques qu'on m'a donné (dont les critique listées par la fiches de l'ethnologue sur le site de l'UGAC, et dont hélas la plupart ne sont plus disponibles) vous l'expliquera mieux que moi.

 

  Mais après tout, pour qui n'est pas ethnologue tenu à la recherche de la vérité, peu importe. Car comme me l'a dit mon contact forumesque, cela n'enlève  pas au texte son statut de source. Il suffit de reconsidérer le statut des révélations d'Ogotemmêli : de texte sacré, il devient un roman Dogon, où transparaissent même quelques mythes traditionnels attestés par d'autres travaux. Il s'agit ici en fait d'un double roman : à un très beau roman français, parfois un peu sec comme l'exige le description ethnologique, mais parfois aussi lyrique, faisant un très beau portrait d'Ogotemmêli  et un tableau très vivant de la société Dogon, traduisant toute l'admiration de l'ethnologue (qui d'ailleurs, par une belle expression poétique d'humilité, ne donne jamais son nom, pas plus qu'aucun de ses collégues, se nommant "le Blanc, "l'Européen" ou "le Nazaréen"), devant la culture qu'il découvre, à ce roman français répond le chatoyant roman africain du chasseur aveugle.

  On peut nénamoins se demander : le "roman Dogon" est-il aussi passionnant que le serait une source fiable ? Il m'est difficile de répondre par l'affirmative, car si ce "roman" est une vraie fresque qui contient nombres de passage fabuleux (le point d'orgue est à mes yeux la descente sur terre du "grenier céleste", arche chargée de lui apporter la vie et de la purifier), d'autres passages passent moins bien quand il sont sujet à caution. Il s'agit des explications ésotériques, qui visent à mettre du sacré dans le moindre aspect de la vie quotidienne des Dogons, et qui non seulement sont les premiers passages à prêter à caution (voir l'article de Ciarcia, que je résume très grossièrement, mais qui sur ce point confirme certains soupçons que j'avais eu à la lecture), mais par leur nature même sont loin d'être les plus agréables à lire. Il y a ainsi, vers le premier tiers de l'ouvrage, une petite cinquantaine de pages où la lecture devient un peu pénible, avant de redevenir passionnante avec le retour des récits mythiques, cette fois-ci racontés de façon moins linéaire (arrivée des Dogons dans leur pays actuel, origine de la mort, des danses, du commerce, etc...). 

 

  Un livre qui vaut le coup d'oeil pour sa fusion d'un lyrisme poétique occidental et d'un foisonnant imaginaire africain, bien digne de ce continent...c'est le seul critère qui doit décider ou non à la lecture, car ce n'est pas la meilleure voie pour s'instruire sur une pensée tradtionnelle.

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Published by Kalev - dans Mythes
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