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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 21:55

  J'ai souvent l'habitude de vouloir à tout prix finir un cycle de lectures d'un auteur avant d'en faire la chronique, mais histoire de ne pas mal étreindre en embrassant trop, je remet à plus tard la chro du Sentier des nids d'araignée d'Italo Calvino, pour l'instant encore dans ma PAL, et chronique tout de suite deux livres de l'auteur qui vont très bien ensemble, bien mieux qu'avec Le Sentier...car ils ont pour point commun d'être parmi les plus oulipiens de l'auteur, chacun d'eux étant basé sur une contrainte.

 

 http://ecx.images-amazon.com/images/I/51G32ZKG2YL._SY344_BO1,204,203,200_.jpg Tout d'abord, il y a le roman Le château des destins croisés, en fait l'assemblage de de deux novellas à sketches, Le château des destins croisés proprement dit, suivi de La taverne des destins croisés.

  Ces deux parties racontent la même histoire : plusieurs personnes, dont le narrateur, se trouvent réunis dans une sorte d'auberge ou de relai (le château et la taverne, donc), et découvrent qu'ils sont devenues muets, sous l'effet d'une terreur dont on ne saura pas l'objet dans La taverne..., pour une raison qu'on ignore dans Le château...Ils trouvent alors un subterfuge pour raconter leur histoire : utiliser des cartes de tarots (deux tarots différents dans les deuxs parties ; dans La taverne...apparaît le plus connu, celui de Marseille), lesquelles sont reproduites en noir et et blancs dans les marges du livre, et laisser l'imaginations des "regardeurs" (plutôt qu'auditeurs) faire le reste.

  L'imagination n'est pas seulement le moteur de ce roman, c'est son sujet principal, au centre d'une réflexion littéraire sur le pouvoir de suggestion des images (Dans La taverne..., le narrateur, au cours de sa propre histoire, abdonnera d'ailleurs un temps les tarots pour digresser sur la peinture). Le dyptique du château des destins croisés est donc certes une prouesse stylistique (plus aboutie dans la seconde partie, où les cartes sont un peu moins nombreuses dans chaque récit et où l'auteur se permet davantage de les décrire), mais cette prouesse n'a rien d'un pensum onaniste et exalte au contraire l'imagination.

  Avec des inégalités cependant : réutilisant des mythes littéraires, Calvino utilise trop souvent les tarorts pour raconter fidélement les histoires des autres, ce qui se révèle d'un intérêt limité, et rarement  les plus grandes prouesses stylistiques. Heureusement, le roman ne se limiter pas à un catalogue de reprises, loin de là.  

  Ceci n'empêche pas l'univers d'être un concentré de poésie : les grandes figures mythiques, empruntés à la mythologie grecque bien sûr, au roman de chevalerie des matière de France et de Bretagne, au théâtre  de Shakespeare ou de Goethe, voir au Marquis de Sade, sont entièrement détachées de l'époque historique ou pseudo-historique où on peut d'ordinaire les placer, pour se rencontrer autour de ces deux tables. Leurs mythes se mélangent (ainsi Faust, objet de pas moins de deux récits, rencontre-t-il dans le second les chevalier de la Table Ronde)  et croisent des héros de contes plus anonymes, dont les aventures étranges laissent le mieux éclater le délire du roman, etr flirtent très ouvent avec le goût de Calvino pour le conte métaphysique. Bien entendu, comme dans  Les Villes invisibles du même auteur, le XXe siècle s'invite dans le passé, plus ou moins anachronique selon que les personnages puissent être considérés comme historiques, et parfois même c'est le futur qui s'invite. Le conte débouche à au moins deux reprises sur des anticipations plus fantastiques que scientifiques (la révolte des machines et celle des femmes), lesquelles font partie des grands bouleversement mondiaux dont on se demande comment les convives peuvent les ignorer...à moins qu'une infinité d'univers ne se recontre autour de ces deux parties de cartes ?

  Il semblerait plus probable, certes, que ces histoires fabuleuses se passent surtout dans la tête des convives. Mais on a envie d'y croire, car elles sont belles, et parce que leur cohérence, dans leur intrigue mais surtout dans leur lien avec les cartes, nous y encourage.

  Comme les deux précédents Calvino que j'ai chroniqué (après la chronique des Villes invisibles dont j'ai donné le lien ci-dessus, je vous renvoie à celle de Cosmicomics-récits anciens et nouveaux), Le château des destins croisés n'est pas son livre le plus accessible. Il nécessite une attention soutenue, qui ne s'applique d'ailleurs plus seulement au texte mais aussi aux images. Néanmoins, avec les réserves exprimées plus haut, il s'agit d'un chef-d'oeuvre d'onirisme.

 

http://www.images-booknode.com/book_cover/27/full/sous-le-soleil-jaguar-27290.jpg  Le deuxième et dernier livre dont il sera question ici, c'est Sous le Soleil jaguar. Je ne sais pas si l'on peut dire que ce recueil inachevé de nouvelles est oulipien, s'il y a à proprement parler une contrainte. Il s'agit d'un recueil qui devait compter une nouvelle pour chacun des cinq sens- on imagine déjà la sensualité que promet le thème, et on ne sera pas déçu- mais Calvino n'a eu le temps d'en écrire que trois. Si le livre n'est peut-être pas fondé sur une contrainte  -un concept, tout au plus- en revanche l'esprit oulipien est présent dans les nouvelles prises séparément, au moins deux d'entre elle.

  Le nom, le nez porte, comme son titre l'indique, sur l'odorat. Trois histoires s'entrelacent sur une même intrigue, celui d'un homme qui cherche déséspérement une femme dont il a simplement senti l'odeur. Cette histoire est déclinée avec une dégradation dans le raffinement social dont d'aucun apprécieront l'ironie : le bourgeois parision du XIXe siècle, l'homme préhistorique, et enfin le musicien de rock. Le jeu sur les registres de langue et les ambiances, du plus rafiné au plus sordide, tient du génie.

  Sous le Soleil jaguar, la nouvelle sur le goût, est peut-être la moins oulipienne des trois, mais assurément la plus profonde. Olivia, l'épouse du narrateur, s'ennuie en sa compagnie et ne veux plus communier avec lui ni au lit ni dans les conversations, mais uniquement dans les plaisirs de la table, au cours d'un voyage gastronomique au coeur du Mexique. La sensualité éclate dans la description des plats, qui suffit à donner l'eau à la bouche, mais surtout la nouvelle développe une atmopshère trouble en introduisant la fasination du couple pour de mystérieux rites cannibales aztéques. L'horreur se laisse donc deviner derrière les plaisir de table, mais toujous en sourdine, à l'occasion par le biais de l'onirisme, répondant à la dialectique du passé païen obscur et de la civilisation chrétienne, ces traits de civilisations ne rendant que plus intéressante la très belle peinture impressionsiste -peut-être un rien surchargé et encyclopédique, il faut le dire- des cultures centre-américaines.

  Enfin, Un roi à l'écoute rappelle étrangement Le château des destins croisés, l'ouïe replaçant la vue comme source d'information à interpréter. Il s'agit, pour un roi enfermé dans la salle de son trône, et auquel la nouvelle s'adresse à la deuxième personne, de déceler les complots du palais et les mouvements de révolte de la capitale dans les sons qu'il entend. Une autre prouesse stylistique que ce texte dont le lecteur est aussi aveugle que le héros.

   Un recueil un peu plus accessible que les livres précédents que j'ai pu chroniquer de l'auteur, je pense qu'il ferait une bonne porte d'entrée pour qui veux s'immerger tout de suite dans les de Calvino, mais sans attaquer par la face nord.     

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