Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 11:30

  Il était temps que je titre ce blog de son sommeil. 

  Pour ce faire, je vais me consacrer à un type d'article finalement peu usité céans : le chronique en parallèle (à défaut d'être vraiment comparative, ce qui serait un peu ridicule) de deux livres aux thèmes proches. Ce n'est pas une amusette gratuite, mais bien un compte-rendu de mes toutesdernières lectures. En  effet, cédant à mon goût pervers pour les charmes vintage du merveilleux scientifique, ancêtre de notre SF, et donc à une envie d'évasion légère (si j'avais su...) j'ai décidé  hier de faire remonter de ma pile La Cité des Ténèbres et autres voyages excentriques, omnibus, compilé par les Moutons électriques, de l'auteur français Léon Groc. J'ai décidé de commencer par le dernier, qui m'intriguait le mieux, La Planète de cristal. Et patatras : l'un des principaux arguments SF (la vie en deux dimensions), provenant, comme j'en étais prévenu, de Flatland d'Edwin Abbot, je me suis senti incapable de chroniquer sérieusement ce livre avant d'avoir enfin descendu à son tour de la pile l'authentique chef-d'oeuvre auquel il succéde.

  C'est ce dernier que je vais chroniquer en premier, pour cause d'antériorité, mais aussi de plus grande profondeur avec lequel le thème est abordé.

 

http://www.noosfere.org/images/couv/p/pdf110-1998.jpg   

Flatland d'Edwin Abbot, auteur dont si je m'abuse c'est le seul roman, en marge de son oeuvre de théologien, est une oeuvre suprenante dont on ne se douterait guère qu'elle date de 1884. Il semble d'ailleurs trop en avance sur son temps, au moins pour ce qui est de sa notoriété de ce côté-ci de la Manche, car la première traduction française date de...1968 (tiens, quelle date intriguante) et comme par hasard dans une collection SF, la prestigieuse Présence du futur chez Denoël.

  Faut dire qu'un concept pareil fin XIXème, fallait oser, et cela démontre encore une fois, sous une facette qui a hélas toute les chances d'être méconnue (illogisme du ghetto SF again) le bouillonnment intellectuel de cette époque. Le Flatland du titre, le "Plat Pays", ce n'est pas la Belgique, mais un monde en deux dimension, peuplée d'une civilisation de figures gémoétriques. Oui, vous avez bien lu.

  Dans ce monde, qui n'imagine même pas qu'il puisse exister une troisième dimension, ces êtres vivent dans une société extrêmement hiérarchisée sur un principe purement et simplement racial, et où la place des individus dans la société, si elle progresse au fil des générations, est définie par leur nombre de côté : les Triangles Isocèles consitue la masse servile, celle pour qui l'ascension d'un enfant parait la plus exceptionnelle, les Triangles Equilatéraux sont les premiers hommes libres, les classes moyennes, puis on monte peu à peu vers le Cercle, modéle inaccessible de perfection. Les femmes, elles, restent toujours Lignes Droites. Les Figures Irréguliers sont des parias mis sous les verrous, car il représente un danger pour la société, qui ne pourrait plus reconnaitre la classe de quelqu'un par des angles.

  Le narrateur est un Carré, un homme de loi, mais contre toute logique de la Loi Naturelle, il se verra offrir une révélation stupéfiante : Spaceland, le monde à trois dimension.

 

  Un pitch pareil ne pouvait sur me fasciner à la lecture déjà ancienne d'une chronique nooSFere (lien en fin de billet, selon mon habitude). Le roman est encore plus réussi que je pouvais même l'imaginer, car là ou un auteur un peu moins doué qu'Abbot nous aurait sorti une satire allégroique un peu grossière, lui-même dévellope, avec une imagination à la fois débordante et d'une rigueur implacable, un véritable univers digne d'un grand roman de hard SF. Flatland se compose de deux parties, et la première dans son entier ne contient pas d'intrigue : la culture de Flatland est décrite, dans toute sa complexité et toute sa cohérence, comme sait le faire un véritable utopiste...sauf qu'il s'agit ici de contre-utopie. Des démonstrations gémométriques viennent même étayer la spéculation,  schémas de l'auteur à l'appui, ce qui fait mieux comprendre l'affiliation par certains de l'oeuvre d'Abbot à celle de Lewis Carroll, et ravira tous matheux rêveurs et rêveur matheux, prompt à s'extasier à juste titre sur les tableaux d'Escher.

  Et il y a la satire. Et là, comment dire...je ne m'attendais pas à ce que le livre me laisse une impression si horrible. Soyons clair, je ne parle pas de qalité, car Flatland est sans conteste un grand roman, l'oeuvre un grand écrivain (dont c'est certes le seul roman, mais n'est-ce pas le cas d'un certain Choderlos de Laclos ?). Non, je parle bien de l'ambiance glaçante qui s'en dégage, principalment dans la première partie, et qui m'a obligé à faire de fréquentes pause respirations, même si je n'imaginait pas un instant abandonner la lecture.  

  Car après avoir lu des vers d'introduction lyrique (stupidement coupés par la préface chez Denoël, mais bref) appelant au réveil de l'Imagination et emportant celle du lecteur, les cent premières pages du roman se révélent d'une toute autre ambiance. C'est que la société décrite par le narrateur est cruelle à l'excés, comme le résumé ci-dessus a pu vous en donner un aperçu. Plus qu'être simplement conformiste, elle est clairement totalitaire et raciste, ce qui est merveilleusement visionnaire pour un roman de 1884, et prend quelques décennies d'avance sur Nous autres de Zamiatine et les illustres successeurs de celui-ci, Le Meilleur des mondes d'Huxley et 1984 d'Orwell. Le sommet du glaçant est atteint avec le récit  légendaire de la chute de la Révolution de la Couleur, où les plus merveilleux espoirs d'un monde entier sont brisés sans remords, la sécurité préférée à la liberté et à la joie.

  Mais ce qui rend vraiment cette dystopie glaçante, c'est le style avec lequel le narrateur l'expose dans la première partie du roman. Abbot est un grand styliste, assurément, et si sa plume est raffinée et élégante, elle n'est pas pour autant faite d'épanchements, mais au contraire d'une froideur implacable. Le Carré narrateur, de façon paradoxale par rapport à la révélation qu'il raconte en première partie, n'a rien d'un héros révolutionnaire et ne parait pas avoir trop envie de bousculer l'ordre social ; il sait aussi bien suggérer des réformes de manière extrêmement prudente, qu'approuver des lois cruelles pour éviter le chaos, et sans zéle de part et d'autre, se montre très froid et détaché. C'est l'occasion pour l'auteur de placer des piques d'ironie savoureuse, qui nécessite d'aimer l'humeur à froid (si ça continue, mon billet va être aussi réfrigérant que le  roman).

  La seconde partie offre une grande pause respiratoire, d'un registre tout à fait différent de la première : c'est la révélation, le contact avec une Sphère venues de Spaceland  prêcher à cet heureux élus, choisi pour des capacités potentielle sans rapport averc sa classe, l'Evangile de la troisième dimension, occasion qui n'est offerte que tout les mille ans. Cette fois, l'état d'esprit est tout autre, et on est dans l'exaltation, le lecteur vibre tout entier du désir de liberté de cet élève qui va jusqu'à dépasser son maitre, et du même coup nous donner le vertige de l'Imagination invoquée dans les vers d'introduction -ce que les sci fiste branchés appelent aujourd'hui le sense of wonder.

  Problème, on le sens un peu mal après l'échec de la Révolution de la Couleur. Dire que le roman finit mal n'est pas un grand spoiler : non seulement on est au courant depuis la préface par un auteur imaginaire, mais l'univers et l'ambiance même du roman ne nous laissent guère d'illusion là-dessus, à moins de lire avec la naïveté pleine d'espoir qui m'a mené au bout de 1984 à mes candides seize ans.

  Assurément un grand roman qu'il convient d'avoir dans sa bilbiothèque, tout en étant prévenu qu'il est loin d'être aussi léger que le pitch peut le faire penser, et qu'il serait même à déconseiller aux âmes sensibles (lesquelle se priveraient quand même d'un sacré moment de littérature) .

 

 http://i74.servimg.com/u/f74/12/24/36/44/mouton10.jpg

Maintenant, changement d'univers avec La Planète de Cristal. Ce roman français de Léon Groc, paru en 1944, offre une variation sur ce thème des êtres bidimensionnels, mais qu'il ne faut surtout pas comparer vainement à Flatland (dont, bien que que ce soit possible, il n'est pas absolument certain que Léon Groc le connaissait) et considérer comme un roman à part avec ses qualités propres. C'est paradoxalement après avoir lu Flatland que j'ai renonçé à y voir une copie médiocre.

  Ceci dit, autant dire tout de suite, le roman n'a rien de fabuleux, mais est cependant loin d'être dépourvu d'intérêt.

  Le narrateur, un jeune avocat, se trouve embarqué dans une aventure pour le moins rocambolesque à la suite d'un étrange client, René Lesmond, jeune astronome découvreur d'une seconde lune de la terre, mais une lune invisible, à laquelle bien sûr personne ne veut croire. Notre jeune avocat débutant est près à se faire celui du diable juste pour les beaux yeux d'Hélène, soeur du savant (non, ne fuyez pas tout de suite). Par chance, intervient l'ingénieur Pierre Savarine, qui représente un stéréotype intéressant du vieux roman populaire, tellement d'un autre âge qu'il en redevient vraiment neuf :  le savant beau et charismatique, loin de notre sacro-saint nerd binoclard, et dont on pourra trouver un autre exemple à travers le Germain Landry de  ce ravissant feuilleton de R.M. de Nizerolles.  En fait, le pastiche (Plagiat ? J'en doute, et je m'expliquerait plus tard) de ce dernier est évident : on a à chaque fois une fusée appelée le Bolide, financée par un milliardaire capricieux et un peu arrogant qui insiste pour faire partie de l'expédition à bord de son appareil. Comme ça, j'aurais évoqué les derniers personnages de cete usine à stéréotype : Victor Grimaille et son âme damné, le cauteleux valet Fernand.

  Comme je le suggérait plus haut, La Planète de Cristal est un roman d'aventure plutôt médiocre dans l'ensemble, mais il lui reste de très bonnes idées à sauver.

  D'abord, il y a l'univers de Phoebé II, la bien-nommée Planète de Cristal, et puisque c'est le thème de ce billet, les êtres bidimensionnels. En fait nous aurons également leur opposé, les être à quatre dimensions. Là, l'univers exploré est si mince que je ne vais pas pouvoir en rendre la richesse paradoxale sans spoiler : les humains sont pris entre deux extrêmes, l'univers en apparence joli et coloré, mais violent comme celui des hommes, des êtres à deux dimensions, parmi lequels eux-même croient pouvoir intervenir comme des dieux, et l'horreur quasi lovecraftienne des êtres à quatre dimensions, qui semble là pour faire payer aux humains, par une loi du Talion naturelle, les ravages de leur complexe du supériorité. Cette symbolique -la symbolique en général est capitale dans le roman de toute façon- qui appuie de forts jolies images science-fictives, donne un véritable souffle poétique à l'oeuvre, et également un souffle tragique. 

  Le problème, c'est qu'on a bien peu à se mettre sous la dent, car l'auteur, comme beaucoup de romanciers populaires (je n'ai pas précisé ancien, vous remarquerez) manque visiblement d'ambition, à un point presque putassier. Qu'on juge : une communication par onde hertrzienne est tentée par les savants, est donne de premiers résultat positifs. On se permet alors de fantasmer sur un Flatland du point de vue humain, avec un vrai contact entre civilisations...tout en restant lucide, car on se doute que l'auteur frileux fera échouer cet essai sous de mauvais prétextes. En  effet, le roman est court, et les relations entre les personnages en prennent la majeure partie.

  Comme je me sens vraiment d'humeur  à me faire l'avocat du diable pour ce roman, les relations entre les personnages ont elles-même un fort potentiel : le conflit entre le capitaine et l'armateur, comprendre entre le concepteur du Bolide et son financier, qui défendent deux façon de se penser chef, reprend comme je l'ai suggéré le schéma des Aventuriers du Ciel de Nizerolles, mais au lieu de l'évacuer dans une résolution optimiste, en fait une lutte noire et tragique, comme si Léon Groc avait voulu parodier l'univers d'Epinal de l'immense feuilleton nizerollien. La quadrangulaire amoureuse autour de la fade Hélène, qui motivent l'ensemble des personnages, pourra en horripiler certains, mais n'est pas forcément inintéressante : l'amour sers ici de catalyseur, révélant le courage caché des uns et la veulerie des autres, et surtout, comme le narrateur en est perdant, vient nous rappeler que le roman entier est narré du point de vue d'un faire-valoir, ce qui est fort agréable. Le problème est que ce potentiel ne donne pas grand chose, étant donné que les personnages restent des archétypes. De plus, je ne peux m'empêcher de penser que les rôles des personnages auraient pu interférer davantage avec le monde de la Planète de Cristal et donner une intrigue fabuleuse.

  Le premier contact avec Léon Groc a donc été mitigé, même si je ne regrette pas du tout ma lecture (il faut dire que j'aime beaucoup le vieux merveilleux scientifique au départ). J'espère néanmoins un expérience plus concluante avec les deux autres oeuvres de l'omnibus, Une Invasion de sélénites et surtout La Cité des ténèbres qui m'inspire le mieux confiance.        

 

  Le grand avantage, c'est que grâce à ce roman, j'ai enfin découvert Flatland. Et celui-là, c'est de la bonne, mangez -en.

 

  maintrant, selon une vielle tradition, place aux liens :

 

  Chronique de Flatland sur nooSFere

 

Pour L'Omnibus de Léon Groc ou est publié La Planète de Cristal, ce sera un podcast, donc je vous conseille de tout écouter d'ailleurs :

 

La Bibliothèque Orbitale de Philippe Boulier, épisode 2

Partager cet article

Repost 0
Published by Kalev - dans SFFF
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Kalev
  • Le blog de Kalev
  • : Chroniques de lectures, anciennes ou toutes récentes, avec quelques chroniques de films ici ou là.
  • Contact

Recherche

Liens