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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 22:05

  http://pmcdn.priceminister.com/photo/contes-et-legendes-en-pays-normand-de-pierre-lebigre-livre-866680875_ML.jpgBon, je vais encore chroniquer un livre difficile à trouver, vendus à quelques exemplaires d'occase qu'il y en aura pas pour tout le monde. Par contre, vous pourrez sans même l'acquerir en avoir un aperçu non négligeable de son contenu, au moins sur le  plan graphique.

  Pour parler convenablement de ce livre, il va me falloir une longue digression 3615 mylife, qui sera l'occasion de vous montrer quelques zoulies images du livre. Pis vous verrez, ç't'une belle histoire

 

  Il ya près de vingt ans, quand j'était encore tout minot, je suis tombé, au salon du livre qui se tient tous les ans dans la ch'tite banlieue lilloise ou j'ai toujours vécu, sur un stand vendant des affiches de gravures surréalistes. Mes parents m'en ont offert onze que je gardais précieusement dans une chemise cartonnée et dont je tentais de découvrir le sens. Oui, c'était toute une question, leur sens, parce que découvrir des oeuvres surréalistes à tout juste huit ans, c'est quand même déstabilisant, et ça ne peut que marquer au fer rouge votre imagination fertile. Si je situe à ma dernière année de lycée le début de ma passion actuelle pour le surréalisme, celle-ci fut plutôt une redécouverte, et mes premières lectures d'André Breton et Boris Vian coïncident étrangement avec l'exhumation de ces onzes affiches de leur chemise poussièreuse, pour tapisser ma chambre d'ado -et après on se demande pourquoi je suis siphonné et pourquoi je lis et chronique plein de trucs bizarres- et elles tapissent d'ailleurs toujours les murs de mon propre logement.

  Problème : pour une raison que j'ignore, ces reproductions sont anonymes, ne portant qu'une mention d'éditeur, les défuntes et peu connues éditions Laurence-Olivier Four. Pas pratique pour retrouver la trace de l'artistes et de ses oeuvres, et jusqu'à tout récemment je me suis longtemps mordu les doigts de ne pas m'en être fait offrir d'autres. 

  Durant ces trois dernières années, j'ai lancé plusieurs appels à témoins. Pour le premier, sur le forum d'ActuSF, j'ai pris des photos et conçu une page Picasa web. C'est cette page que je vous propose de regarder maintenant ici-même. Bon, la qualité des image est pourrie ; je vous en indiquerai des meilleures plus bas mais il faudra hélas que vous ayez vendu votre âme à Mark Zuckerberg (EDIT : en fait, ce n'est plus du tout obligé maintenant, j'aurais un lien bien plus pratique à vous offrir, nananère Zuckerberg).

  Plus tard, une amie étudiante en histoire de l'art m'a aiguillé vers l'illustrateur Alain Letort, mais je n'avais pas réussi à remonter le piste  jusqu'à ces gravures ou quelque chose qui y ressemble, soit  que je m'y prenne comme un manche, soit  qu'il n'y ait pas encore assez de matériau sur cet artiste sur le net, ce qui expliquerait pourquoi la piste de l'éditeur à travers Gogol Image n'a pas été plus fructueuse. En enfin, tout récemment, le 19 décembre dernier plus précisément, j'eu enfin grâce à la page Farcebook de l'excentrique "Club des Savanturiers" la confirmation qu'Alain Letort était responsable de ces oeuvres qui avait marquées toute ma vie.

  Mon premier réflexe a été de rechercher d'autres illustrations de Letort, et de découvrir que ces affiches et plus d'une vingtaine d'autres images faisaient partie d'un livre intitulé Contes et légendes en pays normand et écrit par un certain Pïerre Lebigre. Pour  ceux qui veulent suivre le fil de mes recherches sur Gogol Image, vous trouverez beaucoup de ces images sur le site de vente Delcampe, pour la plupart soit des affiches comme les miennes, soit des cartes postales, car beaucoup de ces produits dérivés ont été tirées du livre qui a aussi donné lieu à une exposition l'année de sa parution, en 1981.

  Comme il n'est pas exclu que tout ou partie ces images aient disparu avec leur vente au moment ou vous lisez ce billet (entre nous, pour celles qui y sont encore, un petit clic droit de la souris/enregistrer sous..., hein, bon, je dis ça comme ça, hein), pour ceux qui ont donc vendu leur âme à Zuckerberg, vous trouverez une source plus pérenne  sur la page facebook du Club des Savanturiers. Il vous faudra quand même le courage de remonter parmi la jungle de publication des membres jusqu'aux 20 et 21 décembre dernier (et non, plus obligé, disais-je, et bien heureusement) 

 

  L'achat de ces fameux Contes et légendes en pays normand de Pierre Lebigre et Alain Letort était l'aboutissement de mes recherches : voir la collection complète des oeuvres sous leur forme d'origine, mais aussi  lire les contes afin de voir ce qu'elles représentaient, même en le reinterprétant de manière surréaliste.

  Je ne m'imaginais rien d'extraordinaire : au mieux, des contes traditionnels réécrit de façon aseptisée, comme de très nombreuses adaptations jeunesse. Et bien, ce fut une excellente surprise. Si comme je m'en doutais les illus n'entretiennent qu'un rapport lointain avec les contes, en dehors de quelques personnages et éléments clés et de l'imagerie propre au conte en général, elles n'en sont pas si éloignées que ça dans l'esprit.

  Les contes normands de Lebigre ne sont pas du tout des réécritures de contes traditionnels, dont les schéma-types paraissent éculés quand le style est édulcoré, mais bien des nouvelles aux intrigues inédites ancrées dans le merveilleux, voir le fantastique, et le terroir. Elles s'autorisent beaucoup : humour et fantaisie débridée, poésie parfois douce-amère -laquelle donne de vraies fulgurance, comme dans Le forgeron de Neubourg- et parfois un merveilleux plus ouvertement surréaliste, comme dans L'escargotte ou  plus encore la très étrange science-fiction de Voyager devient difficile. Plus largement, les textes sont nombreux à user d'un ton énigmatique. Cette étrangeté rend ces contes paradoxaux, car le recueil entier, surtout les deux contes du Livre II qui sont rimées et ponctuées de chansons (ça passera ou ça cassera selon les personnes) est traversé d'une certaine naïveté qui semble s'adresser à notre âme d'enfant sans pour autant nous prendre pour des idiots, déjà grâce à l'étrangeté de certains textes, mais aussi à la légéreté pas franchement propice à la niaiserie de la plupart, et à leur morale volontiers anticonformiste. Surréalisme mélé à la candeur, à la gouaille, à l'anticonformisme, cela n'a pu manquer de me faire penser au poète qui nous enchante depuis l'enfance, j'ai nommé Prévert, même si je dois confesser que mes souvenirs du poètes ne sont plus très frais et que la comparaison en est d'autant plus risqué.

  Les contes de Lebigre eux-même ne sont peut-être pas les chef-d'oeuvres de ce livres (pour moi, même si je ne suis pas objectif, ce sont les gravures de Letort, indissociable du texte mais ayant connu une grande postérité en dehors du livre, même si peu s'en souvienne aujourd'hui), mais ces contes ont assurément une saveur particulière et un ton original. 

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