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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 17:26

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41akNx-J0sL._SL500_SY344_BO1,204,203,200_.jpgOui, je vais bien chroniquer une collection éditoriale entière, mais après tout celle-ci ne fait que cinq titres.

 

Parole d'ancêtre est une collection publié par les éditions Anako, maison spécialisé dans l'ethnologie. Et le moins qu'on puisse dire est les ouvrages de cette collection-ci sont passionnants pour quiconque s'intéresse de près ou de loin à ce domaine, et offre la meilleure immersion qui soit dans les cultures dont les traditions orales y sont abordés. En  effet, chaque livre est accompagné d'un CD contenant des textes récitées dans leurs versions originales, des morceaux de musiques et des ambiances (naturelles, de marché...). De plus, tous sont pourvues d'une abondante iconographie à base de photos en noir et blanc. Un prodigieux travail, donc.

 

  Pour entrer dans le détail des livres, je vais commencer par celui qui est à part dans la collection et sera d'ailleurs un peu hors sujet dans la catégorie "mythes" de ce blog. Il s'agit du tome Parole d'ancêtre Merina, du nom d'une ethnie de Madagascar, le seul qui n'ait pas pour co-auteur Patrick Kersalé  mais est l'oeuvre de Didier Mauro et Emeline Raholiarisoa. Un tome qui sera un peu hors-sujet au milieu des mythes, donc, car à l'exeption notable d'un très court conte sur le danseur semi-légendaire Tsingory, et des mentions du culte des ancêtres central dans la culture malgache, il ne s'agit pas ici de textes mythgologiques, mais d'échantillons de l'art hira gasy, théâtre populaire centré sur les problèmes de la vie quotidienne et sur la critique sociale. Ces pièces, oeuvres de la troupe de Ramilison, sont entecoupées par les témoignages des membres sur  leur vie, leur art et l'histoire et le contexte politique malgache  

  Le hira gasy est l'art populaire par excellence. Ses acteurs, les mpihira gasy, sont issus du monde paysans, ils sont paradoxalement à la fois "pauvres et célèbres", comme le dit le livre lui-même, et ce paradoxe est d'autant plus grand de par la magnificence des costumes -mais il peut aussi l'expliquer. Ses pièces ne racontent pas d'histoires, et ont aurait même du mal à appeler personnages les interlocuteurs anonymes qui y interviennent, mais s'apparentent à des dialogues philosophiques sur des questions de sociétés. Leur langue, pour versifiée qu'elle soit, ne cherche par à être fleurie mais est au contraire très concréte et même triviale, jusque dans l'évocation des prix des aliments -on a du mal à voir cela s'imposer dans la poésie française !- ce qui n'empêche pas des formules percutantes comme les proverbes et locution servant de leitmotiv à certaines pièces, ainsi "il ne faut pas cracher couché sur le dos !" (qui vise la paresse) ou "que celui qui ose mourir se couvre d'un linceul !" (qui vise...je n'ai aps trop compris quoi en fait). La critique sociale, parfois même écologique -cette dernières s'en prennent surtout à la cultrue sur brûlis, et donc à la tradition- prend souvent une coloration "rouge", jusque dans l'effacement de la religion, ce qui n'empêche pas les mpihira gasy de la troupe d'être lucide  sur le bilan du régime socialiste qui a regné de 1975 à 1991. Les idées progressistes se teintent parfois de conservatisme, mais ne différe guère en cela de beaucoup de socialismes occidentaux. D'autres conceptions sont plus déroutantes pour des lecteurs occidentaux, notamment les préjugés sur les corps de métiers, dont les comparaisons entre eux, généralement en faveur de l'un et en défaveur de l'autre, et généralement aussi lié à la question du mariage, est un motif très récurrent du hira gasy.

  Ce livre est donc un témoignage précieux entre tous en ce qu'il ne présente pas une tradition orale comme figée dans l'archaïsme, mais la présente au contraire dans toute sa modernité. Les pièces engagées sont en cela bien plus parlantes que les contes et les interprétations malheureuses qu'ils suscitent -car quiconque se penche un peu sérieusement sur les contes sait qu'ils constituent une tradition mouvante. Cette démarche est d'autant plus salutaire pour l'Afrique, qui en Occident traîne encore comme un boulet un image de continent de l'archaïsme.

  Je ne pourrais guère donner d'avis sur le disque vu qu'il sagit du seul que je n'ai pas écouté, mais je peux au moins dire qu'il est également atypique dans la collection car il s'agit, bien naturellement, d'extraits du théâtre hira gasy. Du coup, j'ai tendance à imaginer le disque aride, mais je ne demande qu'à être détrompé.   

 

  Les quatre autres tomes de la collection, qui explorent successievement la Parole d'ancêtre Dogon (Mali), Songhay (idem) , Lobi (Burkina Faso), et, pour seul tome qui ne traîte pas de l'Afrique, la Parole d'ancêtre Viêt (les Viêt désigant l'ethnie majoritaire du Viet-Nam, comme les Han en Chine, et non le peuple viet-namien dans son ensemble, la collection raisonnant toujours par ethnie), sont tous l'oeuvres de Patrick Kersalé, qui collabore à chaque fois  avec un collecteur originaire du pays en question. La continuité entre ces recueils est évidente. Concernant le texte lui-même, il s'agit bien et presque exclusivement de contes (plus les devinettes à la fin de chaque tome), tout aussi récent que les pièces du hira gasy puisqu'ils ont été récoltés dans les années 90. Les contes Dogon m'intéressaient particulièrement car il permettent d'avoir sur la mythologie de cette ethnie une source plus fiable que les travaux de l'école Griaule, qui ont popularisé cette culture en propageant nombre d'erreurs, comme j'en avais rendu compte  ici. Tous néanmoins me permettait d'approdondir des cultures que j'avais déjà un peu exploré, plutôt par pays que par ethnie, en général, en fonction des recueils que j'ai pu lire (sauf pour le Mali, que je connaissais justement par les Dogons).

  En ce qui concerne le disque, cette fois les morceaux de musique dominent, on compte des ambiances absentes du tome sur les Merina, et les textes récités sont plutôt minoritaires, à raison de deux ou trois contes par volume. Et ces contes soulèvent une question qui va bien au-delà des qualités intrinsèques, qu'on peut difficilement nier, des textes, une question assez dérangeante mais riche de perspectives dépassant l'argement le cadre de ces livres : celle de la traduction / adaptation de textes folkloriques.

  En effet, pour faciliter la lecture, les textes présents en VO sur le disque sont traduit au plus près du textre original, et les autres s'autorisent une "traduction" plus littéraire. Du coup, par contraste, celle-ci n'apparaît  que davantage comme une belle infidéle. S'il on ne peut nier une certaine honnetêté de la part de Patrick Kersalé de reconnaître que les traductions sont littérarisées, cette honneteté se teinte aussi, parafdoxalement, de mauvaise foi, car les traductions n'en sont pas à mon sens, mais bien des adaptations.  Du coup, les perscectives sont vertigineusee et s'étendent au monde entier des récoltes folkloriques ; je ne peux naturellement plus ne pas voir avec suspicion les nombreux textes de traditions orales que j'ai pu lire, et dont les folkloristes n'ont que rarement l'honneteté qu'il faut bien reconnaître à Patrick Kersalé. Les recueils de celui-ci ont donc plusieurs niveaux de lectures, et sont aussi intéressants pour leurs qualités que pour leurs défauts.

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Published by Kalev - dans Mythes
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