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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 14:00

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Jacques Abeille n'est pas seulement  l'auteur du Cycle des contrées.  D'autres oeuvres témoignent de la personnalité unique de son oeuvre, qui a su si bien s'approprier l'héritage surréaliste.

  Les dix nouvelles regroupés dans le recueil Celles qui viennent avec la nuit, paru aux éditions de L'Escampette, ont  en commun le thème de la  femme comme objet de désir. Cependant,  contrairement à ce que peut laisser songer la quatrième de couverture, et même si la sensualité est présente à chaque page, il ne s'agit pas de nouvelles érotique, genre auquel nous a certes habitué Jacques Abeille, mais bien d'authentiques récits fantastiques, propre à laisser éclater le talent de l'auteur pour les images, ainsi que sa prose poétique inimitable.

 

  On entame donc le recueil avec ses deux nouvelles les plus hermétique,  ce qui précisons-le tout de suite n'a rien de désagréable dans le contexte d'une ambiance onirique. Si la première, Le Voyageur attardé, qui est aussi la plus ancienne du recueil,  ressemble à un poème en  prose en roue libre à la André Pieyre de Mandiargues ,  la seconde, L'Appartement, est plus posée, plus propre à nous faire entrer dans l'ambiance d'un récit dont la difficutlé même et d'être ouvert à toutes les interprétation.

  Maintenant que ce hors-d'oeuvre nous a mis en appétit, on attaque l'entrée avec Un cas de lucidité, premier récit à l'intrigue claire et premier personnage féminin véritablement fantastique, un femme  qu'un homme marié découvre en aveugle dans le lit conjugal. Un petit bijou  d'ambiance fantastique, avec une fin à l'avenant.

  Le plat de résistance vient pour moi avec la suivante, Le Gésir, ou la tentatrice est une grotte de bord de mer dont la roche prend des formes exquises. La nouvelle ouvre officiellement une prodigieuse galerie de femmes fantastiques  ou Abeille laisse éclater son imagination : une épouse qui se change en géante chaque nuit de pleine lune dans La nuit de lune et de l'autre, ou les créatures plus étonnantes les une que les autres et qui, dans Le trot des biche, viennent visiter le brave Albert Mamain en l'absence de son épouse  : troupeau de femmes-biches, femme-oiseau. Cette dernière nouvelle est l'une du recueil qui contient le plus d'humour, un humour pouvant passer de la légèreté à la noirceur et qui éclate dans le burlesque Monsieur Brot.  

  Pour faire le tour, sinon des nouvelles, du moins de leurs différents registres, Lente proie est presque plus proche de la fantasy que du fantastique, rappelant les pages les plus épiques du Cycle des Contrées. Les femmes y sont ici sorcières, détenant dans tout leur pays des secrets interdits. A l'opposé de cette plongée dans un monde farouche, la nouvelle qui clôt de recueil, L'enfance d'un photographe, est la seule est relever de façon plus univoque de la littérature blanche, tout une distillant une trés délicate poésie de la sensualité.

  Si je devais attribuer un prix de la flamboyance à une nouvelle, je le refuserais peut-être in extremis à Lente proie pour lui préférer Gabelle. Seule nouvelle à être relatée à la première personne, et par un double je, car il est question de la découverte d'un journal abîmé -des passages manquent d'ailleurs, hachant le récit au point de le faire ressembler à un rêve. Gabrielle, dite Gabelle, dont le narrateur du journal devient l'amant, est une sauvageonne  vivant dans la misère absolue à proximité de salins en bord de mer -salin, gabelle, vous voyez le rapport ? La nouvelle nous fait entrevoir -pas besoin de nous y plonger directement, on est dans le fantastique -un vertigineux monde des marges, où le sel peut encore être un objet de guerre à l'ombre du monde capitaliste. Dans l'esprit de cette nouvelle, il y a un peu de l'épopée tissée dans Le Veilleur de Jour, deuxième volume du Cycle des Contrées, autour des secrets de Terrèbre.

 

  Alors que l'immense épopée des Contrées continue son chemin (Les Barbares paraitra en mai chez Attila), ce petit recueil vient confirmer l'immense talent de Jacques Abeille.

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