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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 16:50

 

  Il était temps que je fasse mon petit compte-rendu  du printemps du cinéma, qui est quand même légèrement fini depuis quatre jours.

  Trois jours, trois film. Je serais bien embêté de faire un billet sur le premier, Paul, bien que ce ne fut pas ce que j'appelle un navet (une comédie certes pas toujours finaude où le fandom SF prend cher comme caricature, mais qui en même temps maltraite la bien pensance et certains clichés d'Hollywood, le tout sous la houlette du tandem de Shaun of the Dead, ma fois, c'est point désagréable).

  Mais j'aurais néanmoins bien plus à dire sur True Grit des frères Cohen et, dans le cas présent, sur Black Swan.

 

http://s.excessif.com/mmdia/i/40/6/affiche-black-swan-10362406zkkww.jpg?v=1

  Dans le genre "inculte, le retour de la revanche IV, à fortiori en ciné", je n'avais encore vu aucun  aucun film d'Aronofsky. Petit baptême, donc, qui me

laisse une impression que j'ai un peu de mal à appréhender.

  C'est le film dont je voudrais dire, si c'était si facile, qu'il me laisse une impression mitigée. C'est qu'il me semble éblouissant par la forme, et d'un fond incroyablement pauvre. Revue de détail.

  Puisque ce n'est guère un secret, la moindre feuille de chou vaguement cinéphile en parle : c'est un thriller qui nous plonge dans le monde intérieur de Nina, la ballerine jouée par Nathalie Portman, dans les méandre de sa folie, et comme il faut y mettre un nom pour s'y retrouver, sa schizophrénie. Jusque là, ok. La schizophrénie comme dédoublement de personnalité est un cliché qui fait rire les psychiatres, mais c'est si pour le très beau thème fantastique du double, et si la maladie de Nina n'est pas nommée, ok. Et ce dédoublement de personnalité répond au ballet que dois jouer l'héroïne : Le Lac des cygnes de Tchaïkovski, où poussé par un professeur exigeant et sadique, elle doit savoir interpréter à la fois le pur et chaste cygne blanc et le lascif cygne noir.

  L'idée de mêler folie et mise en abyme (le monde du ballet étant par ailleurs très bien rendu) est en soi intéressante. Sauf que c'est là que ça coince. Les deux facettes de la personnalité du personnage, ce sont donc la sainte-nitouche et la putain, celle que n'arrive pas à être Nina pour jouer son rôle. La symbolique est franchement lourde, et change le cliché de la schizophrénie en une vision caricaturale de la féminité. C'est bien de reprendre le conte musical de Tchaïkovski, mais à l'heure où écrivains et cinéastes tordent et retrordent dans tous les sens  les schémas du conte, n'hésitant pas pour la cause à se ressourcer à des sources archaïques plus sombres pour mieux s'adapter à la philosophie moderne, est-il pertinent de transposer sa forme le plus simpliste et manichéenne dans un monde contemporain où il n'a plus sa place ? Le résultat n'en semble pas seulement naïf mais un peu malodorant, comme une caricature de la bien-pensance hollywoodienne.

  Je serais donc tenté de sortir le même avis que pour  Les Trésors cachés de Michel Ocelot : "c'est beau, mais c'est creux".

  Et pourtant...

  Et pourtant, Aronosky est un sacré roublard, et malgré un scepticisme qui m'a poursuivi pendant les quatre cinquième du film, j'ai fini par me laisser porter par sa mise en scène. Car histoire de faire dans le lieu commun, le Darren sait filmer, instaurer une ambiance, et dans ses meilleurs moments, son épouvante onirique et glaçante ne démérite pas de Lynch dont il a les accents. Le supense, l'angoisse sont habilement distillés jusqu'au climax final, avec la plongée sans retour dans la folie à un moment qui ne s'y prête guère. La fin est peut-être prévisible, mais je ne pense pas qu'il y ait volonté de surprise, et qu'au contraire l'interêt de la fin réside dans son caractère inéluctable, comme le destin  d'un héros tragique (ce qu'est le cygne blanc, finalement). Et même si le maigre fond du film laisse sceptique, le final est un morceau de bravoure qui dégage une véritable poésie, et qui donne envie de tout pardonner.

  Après cette chronique, je n'ais toujours pas cerné mon avis sur ce film : je dirait qu'il est globalement positif, même si c'est à mon corps défendant  et que j'ai un peu l'impression de m'être laissé prendre comme un jobard. Au spectateur de savoir ensuite s'il sera exigeant sur la subtilité du fond où se laissera subjuguer par la forme poétique.   

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