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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 23:10

 http://cambourakis.com/IMG/gif/couv-au-nord.gif

 Oui, ça c'est du titre.

  Et pour me vendre un livre, il semblerait que ça marche du tonnerre. En  effet, quand j'ai vu ce titre interminable au côté du nom imprononçable de son auteur, le hongrois Laszlo Krasznahorkaï, dans la sélection du prix de l'Inaperçu (prix qui, comme son nom l'indique, récompense un livre passée inaperçu dans les médias -vive l'intelligentsia française pour la négligence de livres aussi hors-norme que celui de Krasznahorkaï), à ce moment j'ai senti que ce livre et moi étions fait l'un pour l'autre.

  Ahem.

  Mon acquisition s'est faite sur une quatrième de couverture très évasive qui me laissait largement part à l'imagination, ce qui est tout aussi bien (tout en me renseignant au moins sur le fait qu'il s'agissait d'une sorte de conte philosophique sur le Japon -étiquette qui me rend un peu sceptique après lecture, car s'il est question de spiritualité orientale, c'est sur un ton très post-moderne), sur ma confiance en les éditions Cambourakis après son énorme Duel d'escargots, sur la conviction que lire un auteur décrit comme le plus grand écrivain hongrois contemporain, ça ne pouvait pas être mauvais pour ma gouverne, et enfin et surtout, sur le titre et tout ce qu'il laissait imaginer.

 

  A vrai dire, le titre et mon imagination ne m'avait même pas préparé à l'OVNI que je découvrais dés les premières pages : le premier chapitre, le chapitre II (cherchez pas) fait cinq pages, deux phrases, la plus longue de 3 pages et demie. Oui, vous avez bien lu. Certes, la prouesse est facile avec des propositions juxtaposées (et heureusement pour la lisibilité) mais construire les neuf dixième du roman comme ça, les mots me manquent. La première phrase, en tout cas, m'a arraché un rire incrédule, et la pensée que ce livre et moi allions décidemment bien nous entendre. Parce que le pire, c'est que ce style marche.

  Bien sûr, il faut bien que ces phrases racontent une histoire, même s'il est indispensable de se laisser porter par l'intrigue destructurée et par les méandres des phrases, surchargée de descriptions dont je n'ai pas su déterminer l'usage mais que je veux bien croire comme indispensable à l'ambiance du livre (traduction : relectures en projet, au moins certains passages clé). En gros, nous suivons la quête du "Petit-fils du prince Genji" dans un Japon contemporain qui n'est visiblement pas son monde, dans une Kyoto avant tout onirique, et dans un monastère bouddhiste antique et gigantesque. Une quête mystérieuse à la chronologie très flottante, ponctuée de saynètes prenant place dans les environs du temple et où n'interviennent le plus souvent aucun être humain, et qui offrent des passages oniriques tout à fait sublimes.

 

Evidemment, il y aura pas mal de lecteurs pour décrocher dés les premières pages. Mais je peux les rassurer en avouant que mon histoire avec ce livre n'a pas été si passionnelle que ça, que j'ai un instant eu la peur atroce d'être déçu par l'être aimé.

  Ahem bis.

  Pour être franc, la lourdeur excessive des descriptions, surchargée de détails, pose problème par moment. Et au bout de quelques dizaines de pages, jusqu'à la centième environ, le roman s'embourbe dans d'insupportables digressions sur certains élements de la culture ancestrale japonaise, où le style ordinairement sublimes des phrases à rallonge s'adapte très mal à des informations superflues qu'on serait carrément plus aise d'aller piocher soi-même en dehors de la lecture.

  Heureusement, après une centaine de pages, le livre relève brusquement la tête, et je retrouvai alors la confiance en l'être aimé.

  Ahem ter.

  C'est l'endroit où l'on en sait enfin plus sur la quête du petit-fils du prince Genji, dans un passage (d'ailleurs la phrase la plus longue  du livre, environ quatre page) dont l'éditeur a maladroitement reproduit une partie en quatrième de couverture (lisez le livre sans celle-ci, c'est sans doute préférable). Et le labyrhinte onirique se poursuit, prend à l'occasion des  accents lynchien (y compris dans l'aura inquiétante de certaines scénes), la sagesse ancestrale japonaise croise les sciences naturelles et les mathématiques, pour mieux nous convaincre que nous sommes davantage dans une expérimentation post-moderne que dans un conte New Age à la Paulo Coehlo, comme peut le le laisser imaginer l'étiquette de "conte philosphique", que le but du roman  n'est pas de vous apprendre le bien être en neuf leçons, mais d'égarer le lecteur consentant dans l'énigme, de lui emplir la tête de mille question au lieu de lui apporter la moindre -et donc mesquine- réponses.

 

  Assurément, cet inaperçu du prix du même nom mérite de trouver son public, mais malgré mon enthousiasme, il m'est délicat de le recommander. Beaucoup de lecteurs resteront sur le carreau, mais il attirera les amateurs d'oeuvres exigentes, ceux qui aiment se laisser porter et surtout se perdre dans des univers hors norme, et peut-être simplement aux rêveurs.

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commentaires

Lhisbei 24/05/2011 21:50


bien bien bien... je crois que je resterais sur le carreau avec ce livre-là. Contente d'avoir lu ton billet :)


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