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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 20:38

  André-Adamel Adamek est un auteur belge au style volontier inclassable, et qu'une injustice trés ordinaire (francophonie versus France franchouillarde qui n'a même pas besoin de la barrière de la langue pour ignorer certaines oeuvres) voue à n'être guère connu en France, ses éditeurs étant essentiellement principalement locaux.

 

 

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   Adamek, auteur à la plume ciselée, a durant toute sa carrière navigué entre les genre, de la littérature générale au fantastique, au merveilleux inclassable et même à la science-fiction avec La Grande nuit

 

  J'ai encore  un bon trois livres d'Adamek qui m'attendent dans ma bibli, dont justement La Grande nuit. En attendant, j'ai de quoi chroniquer avec ses huit précédents romans.

 

  Aprés un premier roman, Oxygène où les chemins de la Mortmandie, dont je n'ai aucune idée de ce qu'il peut raconter vu qu'il est totalement introuvable, Adamek fait enfin remarquer son style en remportant en 1974 le prix Rossel avec Le Fusil à pétale, peut-être son oeuvre la plus inclassable.

  L'auteur cutilve en effet un merveilleux rural, plus proche du conte que du fantastique (un spécialiste d'Adamek parlera de "fabuleux rural") sur lequel il reviendra, mais qui ici a l'orignalité de...se passer dans le monde contemporain.

  Dans un village dont on ignore la localisation (le flou géographique est une constante chez Adamek, au moins pour les six voir sept premiers romans que je vais chroniquer, ce qui donne une aura d'étrangeté même à sa littérature générale) un fermier un peu lunaire essaie depuis des années de construire une machine volante, quand arrive Tristan, un curieux jeune homme pouchassé par de non moins curieux chevaliers dont on se demande vraiment d'où ils sortent à part d'un roman de fantasy. Pour sauver notre aéronaute aprés un accident d'avion, Tristan et le narrateur demandent de l'aide à Reine, la belle sorcière qui reste éternellement jeune à condition (c'est sur ce detail que l'histoire va se corser) de nourrir son maitre démoniaque de richesses démeusurée. Tristan et Reine tombent amoureux  et se marient...ce qui n'empêchera pas Reine de tourner la tête au narrateur et à son ami aéronaute.

  Ce roman  est encore une oeuvre de jeunesse, ce qui ne veut pas dire du tout inexperimenté. C'est sur cette période, celle de ce roman et du suivant, Un imbécile au soleil, que l'auteur cultive encore un style drôlatique. Sa prose sur Le Fusil à pétale est peut-être à son sommet en terme d'originalité, regorgeant de tournures de phrases étranges mais du plus grand naturel. Ce court roman déborde de fantasie, de poésie, de sensualité discréte et de candeur, jusqu'à une fin surréaliste que certains pourront trouver un peu tiré par les cheveux mais qui a fonctionné pour moi.

 

  Un imbécile au soleil, en 1984,  remporte cette fois le prix Jean Macé. Il s'agit de l'histoire d'un occidental, le narrateur, qui fuit la civilisation pour une île tropicale sud-américaine, où il s'éprend de la belle indigéne Mariké. Mais la civilisation le rattrapera.

  Pour ce roman, Adamek se permet encore de verser dans le merveilleux candide, d'abord avec le mythe quand même un peu gros du bon sauvage, mais aussi avec l'intervention du dernier représentant des sauriens préhistoriques, façon Conan Doyle ! Ce qui n'empêche pas l'histoire d'être bien plus pessimiste que le précédent roman qui se contentait d'une petite pointe de mélancolie. Ce genre de roman récompense le lecteur qui accepte de suspendre son incrédulité et de se laisser bercer par sa musique.

 

  La couleur des abeilles (1992) marque le grand tournant d'Adamek vers un style sérieux, ce qui fait peu à peu gagner son oeuvre en crédiblité. Ce roman de littérature blanche décrit un milieu que connait bien le peintre Adamek, celui de l'art. Le "héros", Marloch, s'installe à Courdes, ville pépinière d'artiste, avec une méthode révolutonnaire dont il garde le secret absolu, se contentant de subjuguer avec le résultat : peindre avec des abeilles écrasées. Il faut préciser aussi que Marloch est, comment dire, un peu dérangé, fasciné par les têtes coupées au point de résister de plus en plus difficilement à la tentation du crime.

  Si le roman use un peu facilement du mythe rebattu du l'artiste maudit, il n'empêche que sa description du monde de l'art est vivante est colorée, et également sans concession. Les élements burlesques n'ont pas encore tout à fait quitté son univers, avec notamment ce collectionneur malade qui perd des membres au fur et à mesure du roman jusqu'à se changer en robot.

 

  Le Maître des jardins noirs (1993) peut rappeler Le Fusil à pétale, mais de trés loin, car il s'agit cette fois bel et bien de fantastique rural et non de merveilleux. L'histoire a l'originalité d'être à deux voix, narrée successivement la jeune et jolie mère d'une famille venue s'installer à la campagne et dont le mari et cardiaque, et par leur voisin fermier dont la commére d'épouse n'apprécie guére les nouveaux venus...à la différence de lui-même, qui apprécie particuliérement sa voisine (Je précise tout de suite qu'il n'y a aucun élement vaudevillesque dans l'intrigue, Adamek étant bien trop subtil pour ça). Une légende (enfin, une légende...) intervient dans leurs rapports, celle de l'être mi-homme mi-cerf qui hantent les jardins noirs, comme on appelle dans la région les ruines d'un ancien village pestiféré.

  Ce conte fantastiques aux trés belles ambiances, où les peurs rurales chaperonnent les destins (au sens fatidique) trés contrastés des personnages, est une trés grande réussite.

  

L'oiseau des morts (1995) est un trés court roman plus proche de la novella, qui a la particularité d'être narré par...une corneille. A une époque XVIIèmisante auquel l'auteur s'intéressera dans La Fête interdite, celle-ci nous livre son regard sur sa rencontre avec les humains. Là, vous vous dites, encore la vieille histoire des gentils animaux contre les grands méchants humains. Eh bien ce n'est pas ça du tout, l'auteur évite fort habilement le manicheisme, et pour cela bravo, ainsi que pour particuliérement rendre crédible (autant que faire se peut) l'univers mental de la corneille.

   

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La fête interdite (1997) est peut-être le sommet  de l'oeuvre d'Adamek. Il s'agit de "fabuleux rural", comme Le Fusil à pétale, mais dont le style a évolué. En plus de la gravité nouvelle, le temps du conte contemporain est apparemment passé, et le roman décrit un monde rural inspiré du XVIIème siècle, reconstitué à l'aide d'une langue pastichant admirablement celle de l'époque.

  L'histoire est celle des villageois de Marselane  qui envoient deux des leurs prêcher la reconciliation avec les baladins gitans partis à la suite d'une méprise tragique. Le moindre exploit d'Adamek n'est sans doute pas d'avoir fusionné le message humaniste que l'on est en droit d'attendre de cette histoire avec la mentalité archaïque du mythe rural.   

 

  Le plus grand sous-marin du monde (2000) reviens à la littérature blanche. Nous suivons les parcours de nombreux personnages (ce que l'auteur ose davantage depuis le précédent roman, semble-t-il) dans une cité balnéaire de l'Atlantique plongée dans la misére par les ravages d'une série de pollutions. Jusqu'au jour où un ancien sous-marin soviétique  est amené dans le port, à l'origine pour démolition par le ferailleur milliardaire Pouparakis, puis comme musée aprés la condamnation pour enlévement de celui-ci. Un engin et  personnage à part entière dont l'aura de fascination a quelque chose de presque surnaturel sous la plume d'Adamek, et qui donne à certains de démentes idées d'aventures.

  Ici, on est  arrivé à l'extrême inverse de la légereté du Fusil à pétale, l'ambiance est même tragique. Si la prose d'Adamek n'a plus l'originalité un peu foldingue des débuts, elle est à son sommet (sommet tout court cette fois) nous gratifiant d'envolées sublimes parmi lequelles une fin trés marquante.

 

  Je conclus avec Retour au village d'hiver (2002) roman que je dois dire avoir eu du mal à apprécier, car je ne savais pas qu'il était initialement destiné à la jeunesse (mais réédité en collection adulte). Ce court roman est par conséquent écrit dans un style simple et direct, ce qui fait quand même un choc quand on a lu les romans précédents. Retrospectivement, en sachant son public initial, il s'agit d'une trés touchante histoire de quête d'un pére jamais connu, avec une histoire d'amour douloureuse et pas du tout cliché (la jeune fille qu'aime le héros est défigurée par une tache de vin) et avant que ne commence celle-ci quelques pages parmi les plus  belles et délicates que j'ai pu lire sur la frustration sexuelle adolescente.

 

  Je laisse le mot de la fin à Benoît Peeters, illustre collaborateur de Schuiten, pour citer d'autres grands personnages belges, dans une chronique de l'omnibus dont j'ai posté la couverture en début de billet : link 

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Published by Kalev - dans Autres livres
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