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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 16:31

Chronique remaniée au 22 février, essentiellement sur le chapitre consacré à l'album.

 

 http://25.media.tumblr.com/tumblr_lsij8kQTVN1qcyxkwo1_500.jpg

Après  Ulver, deuxième chronique musicale de ce blog. Cette fois, je me sens d'attaque pour faire du tracks par tracks, et je vais même le faire pour la disco compléte d'un groupe. Si.

  Non, je ne suis pas fou, la disco compléte d'Amesoeurs, groupe dissous en 2009 après cinq ans de bons et loyaux services -c'est court, snif- ne compte à l'heure actuelle qu'un EP et un album, plus un split avec Valfunde sur lequel je n'ai pas eu l'honneur de mettre la main et qui n'excite que moyennement ma curiosité -Valfunde, c'est Peste Noire, quoi.

 

  Le groupe français Amesoeurs est un projet de Neige, talenteux chanteur et multi-instrumentiste du très recommandable groupe Alcest *cri de groupie*... hum, pardon. Neige, donc, au chant et à la gratte, associé à la chanteuse et bassiste Audrey Sylvain, l'une de ses partenaires en tant que musiciens de session sur l'affligeant combo Peste Noire, au batteur multitâche Winterhalter (présent sur Alcest, Les Discrets  et un autre projet de Neige, le groupe allemand Lantlôs, excusez du peu) et rejoint à partir de l'album par Fursy Teyssier, chanteur et multi-intrumentiste (encore) de l'également très recommandable groupe Les Discrets, en tant que second guitariste et bassiste.

 

  Le style du groupe est particulier en ce qu'il est bâti gross modo sur la symétrie de deux genres différents : les morceaux black metal, interprétés par Neige, et les morceux "cold rock", très influencés par le rock gothique de la grande époque (The Cure, Joy Division, et je préférerait oublier Depeche Mode, mais ça n'a rien de rédhibitoire quant à mon appréciation d'Amesoeurs), et interpétés par Audrey Sylvain. Une recette simple en apparence, mais compliquées par les interpénétrations bienvenues entre les styles, les sonorités metal et les cris histrioniques -sans être aucunement des chants black metal- s'invitant sur les parties d'Audrey Sylvain, les mélodies ambiantes et les voix claires sur celles de Neige. Un élément complexifie encore cette musique : une surprenante touche d'indus, qui vient compléter le concept sur lequel le groupe fonde son oeuvre : une peinture très noire du monde urbain actuel (rappellez-moi, j'ai dis aux amateurs de musiques guillerettes de passer leur chemin ?).

  Une musique très riche donc, mais aussi des textes très intéressants, à tel point que même si la "chanson à texte" n'est plus au centre de mes préoccupations depuis l'adolescence, je n'ose imaginer de quelle façon j'aurais apprécié le groupe si je n'avais pas été francophone. De toute façon, j'ai déjà décrété que ces groupes très liés entre eux par les influences et par le line-up que sont Alcest, Les Discrets et celui dont nous parlons constituent la véritable nouvelle chanson française. Na, et toc.

 

  Entrons plus profondément dans l'univers du groupe, si vous le voulez bien.

 

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RUINES HUMAINES (2005)

 

Le premier EP d'Alcest  est encore un peu immature, mais contient déjà en germe tout ce qui fera leur style futur. On entame directement les hostilités avec deux morceaux black, interprété par Neige si vous avez bien suivi, suivi d'un morceau cold rock d'Audrey Sylvain. Les morceaux  de Neige, Bonheur amputé et Ruines humaines, sont d'un black metal ambiant  assez classique mais efficace. Le premier est le plus "planant", le second est plus cru et introduit en conclusion la touche indus du groupe. J'ai dis "planant", cela reste relatif, car le black metal de Neige, que ce soit sur ce groupe, Alcest ou Lantlôs, jouit d'un atout considérable : le voix de possédé du chanteur, qui ne véhicule pas que de la pure violence mais une émotion douloureuse. Pour Ruine humaine, petit bémol musical : l'intro qui ressemble beaucoup trop à mon goût à Children of the Damned d'Iron Maiden, je veux bien concevoir qu'il s'agisse d'une citation assumée par le fan de Maiden qu'est Neige, mais quand même...

  Côté texte, la dépression décrite par Neige se révèle tout de suite très différente de celle décrite dans ses propres textes par Audrey Sylvain et sur lesquels je reviens dans un instant. Les textes du chanteur, dont le second introduit dans la thématique dépressive celle de la laideur urbaine qui chapeautera le futur album-concept d'Amesoeurs, sont très imagés, un peu grandiloquent, parfois à la limite du ridicule. Je m'excuse d'avance si une véritable expérience pénible se cache derrière ce morceau, mais je crois que le parolier Neige et beaucoup plus doué dans un autre registre, celui d'une mélancolie douceâtre entremêlée de rêveries sur un au-delà  plus réel que ce monde, inspiré de ses illuminations d'enfant...bref, dans les paroles d'Alcest quoi, et excusez-moi si je fais un peu le fanboy de service.

  Avec Faiblesse des sens interpété par Audrey Sylvain, auteur du texte, le ton change. Pour faire un peu dans le 3615 mylife, ce morceaux, le premier que j'ai découvert du groupe sur Youtube, a failli m'en dégoûter à jamais, à tel point qu'il m'a fallu huit mois pour surmonter mon appréhension et explorer davantage leur discographie. En vérité, ce morceau est le premier grand titre d'Alcest, un joyau noir dont le texte est une peinture effrayante et presque clinique de la dépression, mais quand même joliment tournée. La mélodie est calme puis devient plus catchy vers la fin, et si Audrey de vocifére pas comme son partenaire Neige, elle sait glacer le sang d'un vers hurlé au bon endroit.

 

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AMESOEURS (2009)

 

  Le premier album homonyme d'Âmesoeurs est sous-titré "A kaleidoscopic soundtrack of the modern era". Le concept du groupe prend donc chair et substance, aidé par l'imagerie du packaging, construite comme pour l'EP à partir de photographies en noir et blanc de décors urbains, en plus stylisé et onirique que dans le premier disque. En outre, les membres ne sont nommé que par l'initiale de leur nom de famille (Audrey S. et Fursy T.) ce qui appuie le sentiment de déshumanisation.

  On commence en douceur par Gas in Vein, une intro instrumentale (ou peu s'en faut) et très post-rock composée, une fois n'est pas coutume, par Fursy Teyssier, qui d'ailleurs, maintenant qu'Âmesoeurs n'existe plus, n'hésite pas à jouer le morceau en concert des Discrets.

  Puis on attaque le plat de résistance avec une partie d'Audrey Sylvain, Les Ruches malades. Le texte est de Neige, variation plutôt poétique sur la déshumanisation urbaine, est loin des excés grand-guignolesques de l'EP -on est un peu plus proche d'Alcest. Le morceau diffuse une mélancolie encore relativement douce, et sa mélodie est probablement l'une des plus entrainante du groupe.

  Heurt, le troisième morceau, lui aussi une partie d'Audrey, est à mes yeux le plus magnifique d'Âmesoeurs. Le texte est d'Audrey Sylvain, une autre peinture de la dépression, mais pas aussi crue que Faiblesse des sens. Toujours très dur et même déséspéré, mais d'un désespoir enrobé de mélancolie rêveuse et de poésie, et la mélodie est en outre très catchy et entêtante, de sorte que paradoxalement, ce morceau désespéré m'a donné un sentiment d'exaltation rêveuse aux premières écoutes. Ce n'est pas pour autant qu'on est dans la pop, l'intro indus est dissonante, le "cold rock" y sonne très metal avec un sympathique blast, et on entend les premiers cris histrioniques d'Audrey. LE joyau noir d'Alcest à mes yeux 

  Recueillement est le premier morceau black metal de l'album, et il s'agit d'une mise en musique de...Baudelaire. Neige est coutumier du fait, il a déjà repris Elévation du même poète sur l'EP d'Alcest Le Secret. Le poème s'accorde merveilleusement avec le concept de l'album, et on baigne musicalement dans un black ambiant de très belle eau, avec en conclusion de surprenants vocaux masculins gothiques et féminins plutôt shoegaze.

  Retour à d'Audrey Sylvain et à ses textes avec Faux semblant, l'un des morceaux les plus doux musicalement de l'album. La parolière Audrey Sylvain montre la large palette de sa mélancolie, qui se fait ici très douceâtre -il est ici question d'une femme de jour en jour délaissé par son compagnon et qui se confit dans l'ennui.

  Suit un instrumental au piano d'Audrey Sylvain dont je ne me risquerais pas à transcrire le titre (une interminable suite de chiffres romains). Joli, bien qu'anecdotique.

   Troubles (éveils infâmes), le second morceau black metal, tranche radicalement avec le reste de l'album en ce qu'il est extrêmement cru et agressif, la transition avec les deux précédents morceaux s'avérant rude. Le texte est le plus proche de l'EP Ruine humaine dans sa peinture très imagée de la dépression, mais un peu plus juste.

  L'album prend ensuite un tour tout particulier avec un cycle de morceau un peu à part : une trilogie fantastique, interpétée par Audrey Sylvain et qui introduit dans l'aborrhé monde urbain des éléments merveilleux qui viennent y apporter un optimisme inattendu.

  Video girl, l'un des morceaux les plus pop d'Âmesoeurs, rapporte les paroles d'une "fille de la vidéo" qui s'adresse à un homme qui a peu de chance de pouvoir la rejoindre et à qui elle promet pourtant un monde meilleur. On commence à respirer après les pérégrinations dépressives précédentes.

  La Reine Trayeuse offre le texte le plus surprenant, pas seulement du groupe mais de l'ensemble du rock français, un texte toujours merveilleux mais plus sombre car oeuvre d'Audrey et non plus de Neige. Une invention preque surréaliste, celle d'une mystérieuse créature féminine qui survole la ville du haut de ses échasses pour "avaler" les pensées néfastes des hommes, danger qui met autant en péril sa vie que de mystérieux ennemis qui la traque. La musique est à l'image de cette nouvelle fable, plus violente, on retrouve les cris histrioniques d'Audrey. A noter que le texte est l'objet d'un très frustrant jeu de complémentarité avec le livret : tandis que Vidéo Girl comptait des vers en plus dans sa version écrite, à l'opposé les derneirs vers de La Reine Trayeuse manquent. Frustration de ma part, la voix d'Audrey, plus influencé que jamais par le style shoegaze, est difficilement audible, et je ne peux que deviner une étrange...histoire d'amour ?

  Amesoeurs clot la trilogie fantastique avec un retour à l'optimisme, aux textes de Neige et aux mélodies pop, plus pop que jamais, et même synth-pop -là je veux bien reconnaître l'influence de Depeche Mode. L'Âmesoeurs n'est pas le niais concept de l'âme soeur, mais un être mystérieux qui comme la "vidéo girl" promet un autre destin à celui ou celle qu'elle protège, l'histoire tenant dans un texte très court, mais remplis d'images poétiques qui le rendent le plus proche des illuminations d'Alcest.

  Après la respiration que représente la trilogie fantastique, on clot l'album sur un retour à la dépression avec le troisième et dernier morceau black, Aux Crépuscule de Nos Rêves, encore du très bon ambiant, avec un texte dépressif plus sobre et donc plus angoissant de Neige. Ben oui, comment croyiez-vous que ce voyage allait finir ?(Même si la vraie fin est une piste cachée indus, assez anecdotique à mes yeux).

 

  Photo du groupe en début d'article : de gauche à droite, Audrey S, Winterhalter, Neige et Fursy T.            

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Published by Kalev - dans Musique
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