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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 13:32

http://www.sensesofcinema.com/wp-content/uploads/images/20/cteq/alice.jpg

Je connaissais de nom le cinéaste tchèque Jan Svankmajer comme source d'inspiration des Frères Quay.

  Mais autant le cinéma des Frères Quay, comme cela s'est confirmé après vision au cinéma de L'Institut Benjamenta, me laisse froid comme un glaçon malgré ses grandes qualités plastiques, autant il en va tout autrement avec l'unique film que je viens de voir du cinéaste tchèque, son adaptation d'Alice au Pays des Merveilles datant de 1987.

 Précisons que je l'ai vu lors d'une séance de cinéma qui offrait une occasion rare : des sous-titres français. Cela n'existe pas en DVD, mais il parait, et après visionnage je suis tout disposé à croire le com' Amazon qui l'affirmait, que les dialogues sont assez simples pour être très facilement compris avec des sous-titres anglais, et cela encourage le médiocre anglophone que je suis à tenter le coup, parce que quand même, ce film, IL ME LE FAUT ! Bref.

 

  Donc, Alice, de Jan Svankmajer...à l'heure où la mode est aux adaptations copie carbone, sans grand intérêt pour qui a lu le livre, le public-cible des fans intégristes excepté (vous savez, ceux qui sont capable de trouver que les Harry Potter trahissent les romans...), Svankmajer choisit la liberté d'adaptation...qui ne signifie pas infidélité et encore moins trahison, car s'il s'approprie le matériau carrolien, les univers surréalistes de l'écrivain anglais et du réalisateur tchèque se complétent à merveille, tout en n'empêchant pas le second d'apporter sa particularité.

http://designsonfragility.files.wordpress.com/2010/05/alice.jpg

  L'appropriation du roman découle de certaines libertés d'intrigue bienvenues, qui sont de véritables apports, mais aussi de l'esthétique choisie : Svankmajer mêle l'animation traditionnelle qui a fait la renommée de ses courts-métrages à des prises de vues réelles, avec une maestria qui fait paraître ce mélange tout à fait naturel. Le Pays des Merveilles  semble tenir dans une seule maison, amplification de celle d'Alice, emplie d'objets hétéroclites qui rappelle la déco un peu cauchemardesque de la chambre de la petite fille. (Cet univers hétéroclite m'a d'ailleurs fait fortement penser à un autre film surréaliste qui nous vient de l'Est,  La Clepsydre de Wojciech Has). Le lapin blanc est d'ailleurs un lapin empaillé qui prend vie dans la chambre d'Alice et son terrier est un tiroir.

  Les décors font parfois carton-pâtes, tout à fait sciemment bien sûr, avec un degré dans l'idéalisation poétique rarement vue au cinéma : ainsi la maison de lapin blanc ressemble-t'elle à un gros jeu de construction posée sur une table et à laquelle on accéde par une échelle.

 

Mais en disant ça, on n'a encore rien dit de l'esthétique de Svankmajer. Car son Alice est essentiellement cauchemardesque, peuplée de monstres, ce en quoi elle ne différe pas énormément de Lewis Carrol, finalement. Les serviteurs du lapin sont ainsi remarquable, faune bigarrée de squelettes monstrueux, tandis que les tentatives pour Alice de se nourrir se heurte à des irruptions de clous ou de cafards, sans oublier ses rapetissements qui la changent en une poupée assez choquante à voir. De plus, des motifs obsessionnels se répètent tout au long du film, tel les poignées de tiroirs qui se décrochent toujours (l'une d'elle est d'ailleurs assimilée au champignon dans l'épisode équivalent à celui de la chenille, et qui est totalement transfiguré par l'imagination de Svankmajer). On voit à l'oeuvre le surréalisme bretonnien dont le cinéaste est un authentique représentant. Ne manque plus que l'utilisation du son, qui recourt à l'esthétique : l'intégralité des dialogues est rapportée, avec force incises, par une Alice racontant a posteriori, et dont on voit systématiquement à chaque incise un gros plan sur la bouche en train de parler. Cela concourt à rendre le film hypnotique, et d'un onirisme plus froid que celui plus joyeux et bavard de Lewis Carrol. On pense à Bunuel, comme l'as déjà fait Milos Forman : "Disney+Bunuel=Jan Svankmajer".

 

  Cela dut-il vous conduire à annôner la langue de Shakespeare (ou celle de Dante, voir le tchèque, si c'est plus facile, toutes existent en DVD)* ne ratez pas cette merveille esthétique qui est sans doute l'une des plus stupéfiante adaptation de Lewis Carrol jamais tournée. 

 

*EDIT : en fait je viens de trouver un moyen d'avoir le film en VOSTF, mais il parait que c'est pas bien, donc je vous laisse chercher vous-même. Je n'ai rien dit, bien sûr.

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