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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 21:40

  Evénement de la rentrée littéraire 2016, le premier roman de Gilles Marchand (auteur à ne pas confondre avec le réalisateur du même nom), paru aux excellentes éditions Aux Forges de Vulcain, déjà éditeur entre autre des romans de William Morris dont j'avais déjà parlé ici ou là, me faisait de l'oeil depuis sa sortie, surtout avec la perspective d'un roman affilié au surréalisme.

Paris, 1988. Le narrateur du roman, comptable discret et assez solitaire qui va sur ses 47 ans, passe ses soirées dans le bistrot de la belle Lisa, qu'il aime en secret sans forcément chercher à concrétiser cet amour, en compagnie de deux autres amis fidèles, Sam et Thomas. Mais le narrateur a un secret douloureux : une cicatrice qu'il garde sans cesse dissimulée derrière une écharpe, une cicatrice  qui lui a infligé l'Histoire avec un grand H, bien plus cruelle que les petites histoires qui consolent le coeur comme celle que lui racontait son grand-père. Et voilà que, ses trois amis le pressant de raconter son passé dont ils ignorent tout, le narrateur se met à table, mais au lieu de raconter frontalement le drame qui a foudroyé son enfance, il se met à tergiverser et à raconter ses souvenirs et les histoires extraordinaires de son grand-père rêveur, Pierre-Jean. Des histoires qui attirent de jour en jour de plus en plus de monde dans le bar. A cette intrigue déjà passablement surréaliste, s'ajoute des intrigues parallèles qui le sont encore plus, telles les lettres frappadingues que Sam reçoit de sa mère décédée, un orchestre tzigane poursuivi par un python, où, preuve remarquable que l'auteur sait enchanter avec tout et n'importe quoi, une intrigue très drôle et poétique  autour des...sacs poubelles qui s'accumulent dans le hall de l'immeuble du narrateur depuis le décès de la concierge. Le tout au son des Beatles dont la musique hante les pages du récit. Tous ces enchantements, dont on peut douter de la véracité (mais le principe de véracité a-t-il un sens dans un roman ?), se révéleront avoir un sens lié aux souvenirs douloureux que l'Histoire a marqué sur le visage du héros.

  Une bouche sans personne (titre emprunté à un poème de Jean Tardieu, dont le titre, mentionné avec les mentions de copyright à l'intérieur de la couverture, permet déjà de deviner de quel drame historique il s'agit. Pour spoiler juste un tout petit peu, il s'agit du massacre d'Oradour) est un roman qu'on referme à regret. C'est très drôle, d'un humour burlesque mêlé de merveilleux poétique qui n'est pas sans rappeler Boris Vian, le style semble à première vue naïf, mais il n'a que l'apparence de la naïveté, car il traite avec brio, avec les armes efficaces du rire et de l'imagination, meilleurs remparts contre la barbarie, d'un sujet douloureux lié aux pages les plus sombres de notre histoire. La réussite du roman est presque totale : il évite la pathos pendant sa plus grande partie, mais un peu moins au moment d'évoquer le Drame. Mais cette fin un peu ratée (bon, qui aime bien châtie bien, les toutes dernières pages rattrapent le coup, et il y a tout ce qui précède) n'ôte pas sa saveur unique à ce merveilleux roman.    

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