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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 14:06

  Oui, déjà...j'aurais pu inclure les chroniques des trois films dont il sera question ici dans mon Cycle Jean Rollin III publié seulement hier, mais c'est à peine rédigé celui-ci que je me rendais compte que je n'avais pas fait le tour, qu'il restait des films de Rollin à voir, à la fois intéressants (enfin, un peu moins pour l'un d'entre eux, j'y reviens dans un instant), et trouvables facilement sur le net (y compris, pour les deux derniers film dont je parlerais, sur Youtube, même pas besoin de *bip*).

 

En les chroniquant dans leur ordre de parution, je vais me débarrasser tout de suite du plus mauvais : La Nuit des Traquées (1980). Cette incursion, rare dans l'oeuvre de Rollin, dans le domaine de thriller est signé de son vrai nom, pas d'un pseudonyme comme ses productions les plus alimentaires (pornos, nanars comme le cultissime Le Lac des Morts-vivants, qui a au moins le mérite d'être drôle) et Nanarland le classe, dans un passage en revue hâtif il faut dire, parmi ses films plus personnels, mais je penche plutôt pour un film de commande, pas comme ses méfaits sous pseudo donc, plutôt comme Les Raisins de la Mort, qui était assez intéressant...tandis que celui-ci, je ne sais pas, il me déconcerte.

L'idée de base est assez originale : un jeune homme recueille une jeune femme -un autre rôle "traditionnel" de Brigitte Lahaie- qui tente de s'évader d'un sinistre building où on enferme les malades d'une amnésie rare, celle-ci étant plutôt bien décrite et exploitée (les patients n'ont même plus de mémoires à court terme, et ceci les achemine vers un état végétatif, sauf quand ils ont des sursauts leur permettant de retrouver un instant de vieux souvenirs, et permettant un sursaut de rebellion). Cette histoire a un côté touchant et horrifiant à la fois, assez tragique (le tragique rejoignant un côté militant maladroit et une histoire d'amour, des traits qui montrent qu'on est toujours chez Rollin) mais gâché par l'interprétation calamiteuse et plus encore par le côté racoleur des scènes de sévices entre patients. Dans l'ensemble, le film est plutôt laborieux. Reste le goût très sûr de Rollin pour les décors réels, ici non plus gothique mais modernes et glaciaux, et au moins une très belle scène, la scène finale, merveilleuse de poésie, qui sauve presque le film à elle seule.

 

En revanche, Perdues dans New York (1991) est d'une toute autre trempe, pour ne pas dire qu'il s'agit d'un des meilleurs films de Rollin. Ce moyen-métrage de 52 minutes, classé expérimental (ce qui veut tout et rien dire) est réputé être l'un des plus personnels et hermétiques du réalisateur. Ce qui ne l'empêche pas de raconter une histoire, celle de Michelle, une vieille femme aveugle qui se rappelle avec une nostalgie douloureuse son enfance dans le Nord, sa rencontre, près d'une église fortifiée, avec la petite Marie et son fétiche, la Déesse-lune. Celle-ci transporte d'abord les deux petites filles dans leur livre d'image où sont contenues toutes les histoires de la littérature populaire et du cinéma (Rollin commence à exploiter l'imagerie populaire, quelques années avant Les Deux orphelines vampires), dont...les films de Rollin lui-même, comme si celui-ci voulait faire un film-testament seize ans avant La Nuit des horloges. Puis, devenue deux belles jeunes femmes, sur une plage de Dieppe chère à Rollin, sans qu'on sache jamais -c'est le noeud du film- si elles grandissent et vieillissent vraiment où si toutes leurs vies sont contenues dans leurs rêves d'enfant, la Déesse-lune les transportent à New York, une New York de légende où l'ombre de Fu Manchu plane encore sur Chinatown et où les femmes-vampires chères à Rollin hantent les rues la nuit, et où les deux jeunes femmes vont se chercher, se retrouver puis se perdre à nouveau. Une belle histoire en fil rouge, mais compliquée par la confusion entre rêve et réalité, par l'intrigue déconstruite et par des scènes énigmatiques, le tout méritant bien son titre de film expérimental, le qualificatif d'hermétique, mais dégageant une véritable beauté. Un joyau de la filmographiqie rollinienne.

 

Concluons de façon très adapté avec le fameux film-testament de Rollin, La Nuit des horloges. (2007).

Celui-ci est souvent comparé à La Table tournante de Paul Grimault, pour la rétrospective des oeuvres du réal. Il y a de ça, notamment dans l'usage de scènes de ses anciens films (montées de façon très habiles), mais le métrage me fait surtout penser à l'un des films qui a marqué ma jeunesse, Le Testament d'Orphée de Jean Cocteau. Ici, il s'agit de voyager, plus encore que dans l'oeuvre, dans l'imaginaire du cinéaste et de l'écrivain. Le fin du fin est que Rollin est absent du film : son alter ego, Michel Jean (simple inversion de son vrai prénom) est mort (enfin, rien n'est moins sûr, mais le fait est qu'on ne le verra jamais) sa cousine imaginaire Isabelle (incarnée par Ovidie) rencontre au cours de ses pérégrinations dans les lieux liées à sa mémoire des personnages fantastiques issus de son imaginaire. Il y a dans cette intrigue une façon de faire un pied-de-nez à l'égocentrisme propre à beaucoup d'artistes, et c'est là que le film se montre le plus passionnant pour quelqu'un qui connait bien l'oeuvre de Rollin : celui-ci ne se contente pas de faire voyager Isabelle et son spectateur dans son propre imaginaire, mais aussi das celui des autres, des artistes qui l'ont marqué, des grands poètes aux films et romans populaires. Les décors où se déroule le film marque cette diversité : au Père-Lachaise, la tombe de "Michel Jean" voisine avec celle de Raymond Roussel sur laquelle un exemplaire de  Locus Solus  est posé, sa maison pleine de souvenirs côtoie un autre monde macabre établi dans un musée d'Histoire Naturelle. Le film développe en outre une intéressante réflexion sur le rapport entre rêve et réalité : on ne sait jamais si Isabelle rencontre les personnages de "Michel Jean" ou les acteurs qui les incarnent. Si le film exalte l'imagination, c'est avec une certaine ironie, notamment à la fin, qui montre que Rollin a conscience de la mortalité de son oeuvre, encore une belle preuve de modestie. Bien sûr, pour apprécier ce film, il vaut mieux bien connaître l'oeuvre de Rollin...merde, serais-je devenu un fan hardcore ?  

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