Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 11:12

  Ca faisait bien deux ans que je n'avais pas chroniqué de film de Jean Rollin...que je n'en avais pas vu, non plus, de toute façon. Pour mémoire, mes deux précédentes chroniques, englobant quatre films, sont à lire ici et .

 

Depuis, tout récemment, j'ai poursuivi l'exploration d'une filmographie où rien n'est jamais tout à fait abouti, mais qu'on ne peut résumer à de la banale série Z. J'ai donc vu, en une semaine, non plus deux, mais sept films, plus deux court-métrages, auxquels il conviendrait de rajouter un film vu justement il y a deux ans, juste après mes derniers visionnage, et sur lequel j'avais même teasé  à la fin de ma dernière chronique avant de renoncer à le chroniquer. Mais il n'est pas trop tard pour dire quelques mots de ce Masque de la Méduse.

 

Le Masque de la Méduse, dernier film de Rollin avant son décès en 2010, et qui, avec La Nuit des horloges que je n'ai pas vu, joue le rôle de film-testament, a été une petite déception pour moi. Avec son sujet original qui change des vampires rolliniens (les trois Gorgones qui règlent leurs comptes -surtout les deux aînées, Méduse et Euryale, en fait, la "jeune" Sthéno est réduite à l'état animal au début du film- de nos jours dans le Théâtre du Grand-Guignol) avec quelques scène magnifiques comme la pétrification d'Euryale, avec son ambiance surréaliste pleinement  assumée (la scène de la jeune musicienne pétrifiée n'est pas du tout justifiée, ce qui est reposant chez un cinéaste qui a souvent eu tendance  à trouver des justifications tirées par les cheveux à ses délires), avec sa seconde partie au Père-Lachaise (toujours fasciné par les cimetières, le Rollin) qui commence de manière rigolote et finit de manière mélancolique, Le Masque de la Méduse ne manque pas de qualités et a tout pour être l'un des "meilleurs" films personnels de Rollin. Malheureusement, le cinéaste cède à une tentation latente dans toute son oeuvre personnelle, mais qu'il avait su gommer avec ses anciens films : faire du théâtre filmé (normal, me diriez-vous pour un film qui se passe au Grand-Guignol), très statique, le genre de cinéma  qui me gonfle déjà avec de bons acteurs, alors avec des acteurs rolliniens...assez décevant, donc, mais j'en garde de belles images.

 

Maintenant, passons aux films de mon dernier cycle de visionnage, que je vais chroniquer dans leur ordre de parution au ciné. Commençons par dire un petit mot de deux court-métrages visibles sur Youtube. Les Amours jaunes (1958), simple mise en image d'une lecture d'un poème de Tristan Corbière, m'a pas mal ennuyé, un  peu pour la même raison que Le Masque de la Méduse (je ne regarde pas un film pour entendre lire un texte, même si les images sont belles -ici, une saynètes sur une plage récurrente dans la film de Rollin, et des dessins érotiques d'un style naïf). En revanche, j'ai été bien plus convaincu par Les Pays loins (1965), où  une femme et un homme qui ne sait plus d'où il vient se retrouvent égarés par magie dans un pays dans ils ne parlent par la langue. Dans ce récit énigmatique et poétique, Rollin se montre plus à l'aise dans un format court (le film dure un quart d'heure) que sur un long-métrage où il s'empêtre dans ses intrigues, quelles que que puisse être les qualités de ses longs.

 

Le premier long-métrage de Jean Rollin justement, Le Viol du vampire (1968) est un assemblage de deux court-métrages, Le Viol du vampire proprement dit et La Reine des vampires, sans se soucier forcément qu'ils soient toujours cohérent entre eux. L'intrigue est la plus complexe de la filmo de Rollin, parfois difficile à suivre : cela commence avec deux psys, un psychiatres réactionnaire et un psychanalyste plus moderne, qui viennent avec la compagne du premier se pencher sur le cas de quatre jeunes filles gardées recluses par un châtelain, qui affirme qu'elles sont des vampires et que l'une d'elle a été traumatisé par un viol survenu il y a deux siècles. Par la suite, tous ces personnages seront jetés sur les routes et tenteront d'échapper aux griffes de la Reine des vampires. Ce film qui a failli être le dernier de Rollin, dégoûté par son accueil, est aussi l'un de ses plus fous. C'est fou esthétiquement (notons que ce premier film est encore en noir et blanc) avec ses décors dont je me demande toujours où Rollin va les chercher (dans quels châteaux  filment-ils ?) ses plans expérimentaux (notamment ceux filmés à l'envers), la musique free jazz ou contemporaine (Rollin était à la pointe de la modernité musicale dans ses premiers films) qui joue parfois entre le jeu "off" et le jeu dans le film même. En terme d'intrigue, si c'est tout sauf maîtrisé, c'est encore l'apogée de la poésie rollinienne, pas du tout réaliste, traversée de références aux mythe et au conte (la comptine de la vampire aveugle, le stratagème tirés par les cheveux qu'utilise le châtelain pour se faire passer pour le Diable auprès des vampires, complétement incohérent -il serait plus cohérent dans un conte populaire facétieux- mais on s'en moque), et par un souffle tragique.

 

Après deux films déjà chroniqués, on arrive à Requiem pour un vampire (1971), où deux écolière en cavale, déguisées en clown (une des figures récurrente chez Jean Rollin), tombe sous la coupe d'un clan de vampire vivant dans un château en ruine. Une déception pour ma part : il y a encore un peu de la folie surréaliste de ses premiers films (par ailleurs, le film est curieux par le fait qu'on y parle presque pas avant la quarantième minute) mais trop peu pour compenser à mes yeux le cliché dans laquelle verse l'esthétique fantastique gothique, comme dans un peu tous ses films, mais sans arriver ici à le sublimer. Et puis j'ai été particulièrement gonflé par la dimension érotique, non seulement à la limite du porno ici (pression des producteur, si j'en crois Nanarland) mais basée sur l'image du viol mise en scène avec une grosse dose de voyeurisme.

 

La Rose de fer (1973) est en revanche un bien meilleur cru, c'est peu dire. Ce film où l'aspect fantastique  es ténu, toujours souterrain, montre un couple d'amoureux s'égarer, lors de leur premier rendez-vous, dans un cimetière la nuit...et c'est tout. Nous ne verrons rien d'autre de tout le film, et ce qu'en fait Rollin est bluffant. Il parvient à créer une véritable horreur psychologique autour de ces deux amants qui déraillent chacun de façon différente dans ce lieu malsain, le jeune homme sceptique et sûr de lui, irrespectueux envers les morts, qui perd tout self-control, et la jeune fille un peu mystique, un peu effrayée au début, qui au contraire se sent de plus en plus à l'aise dans le cimetière et devient franchement inquiétante. Malgré sa lenteur et le jeu toujours peu convaincant de ses acteurs, La Rose de fer est peut être ce qui, dans la filmographie de Rollin, s'apparente le plus à un bon film. Ce n'est pas le plus fou, malgré deux apparitions de personnages surréalistes (dont encore un clown), mais assurément l'un des meilleurs.

 

Après Les Démoniaques (1974) déjà chroniqué, s'ensuit une période où Rollin met en sourdine son inspiration surréaliste sous les conseils des producteurs. Les Raisins de la mort (1978), première incursion de Rollin dans l'univers du film de zombie, relève déjà du scénario de série B, survival d'une jeune fille dans une campagne du sud-ouest où des pesticides des vignes transforment les gens en malades putréfiés animés de folies meurtrières (mais pas débiles comme les zombies habituels, et pas réellement mort-vivants non plus). C'est basique au niveau du scénario, mais on retrouve l'esthétique sublime du réal, avec les paysage pyrénéens magnifiquement mis en valeur, la musique planante aux allures de krautrock, les plans expressionnistes, la fascination de Rollin pour les belles jeunes filles en robe blanche (dont Brigitte Lahaie dans son premier rôle au cinéma "traditionnel"), le très beau plan final. C'est aussi un film où Jean Rollin affiche clairement ses sympathies anars, de façon plus audacieuse et moins allégorique que dans La Vampire nue. Parfois franchement nanardesque (les effets spéciaux de la scène de décapitation sont risibles) mais agréable. 

 

Fascination (1979) est un peu plus personnel, surtout qu'il renoue avec l'obsession de Rollin pour les vampires (zut, spoiler). Le film se passe en 1905 (le retour dans le passé est peu courant dans les films de Rollin, qui sont d'habitude à la fois contemporains et atemporels) et montre un truand en cavale, poursuivi par ses complices qu'il a doublé, trouver refuge dans un château où vivent deux mystérieuses jeunes filles (dont, encore, Brigitte Lahaie), aussi belles qu'inquiétantes. On retrouve le fantastique gothique cher à Rollin, même si le grain de folie surréaliste est moins présent (mais l'est quand même, avec la scène étrange et étonnante du duel contre une fausse Faucheuse). Rollin commence à faire du Rollin, mais ça se laisse suivre avec plaisir pour qui apprécie son cinéma, malgré l'omniprésence d'un érotisme pas toujours très sain, sans commune mesure cependant avec Requiem pour un vampire.

 

On arrive au terme de ce billet et on fait un saut dans le temps avec Les Deux orphelines vampires (1997) qui marque un grand retour au source pour Jean Rollin. Le film raconte les aventures sanglantes de deux orphelines, élevées par des soeurs avant d'être adoptées par un ophtalmologiste, et qui représentent une espèce de vampire originale : elles sont aveugles le jour mais, c'est leur secret, voient la nuit. A ma grande surprise, Les deux orphelines vampires est un très bon cru rollinien, qui renoue avec ses visions folles, les trois créatures de la nuit que les orphelines croisent au cours de leurs aventures (quand bien même la seconde est mise en scène avec des effets spéciaux risibles), les références à la culture aztèques dont les héroïnes seraient d'anciennes déesses avides de sang, l'usage de l'imagerie populaire, par ailleurs exploitée dans le générique de début et le générique de fin, très contrastés (le film commence sur l'innocence naïve et finit sur la monstruosité). L'ensemble du métrage dégage un certain souffle romanesque et n'est pas non plus dépourvu d'humour. Malgré la musique intéressante mais envahissante, au point qu'elle masquer certains dialogues, le film offre un beau voyage, et c'est un plaisir de voir la regrettée Gudule jouer dans le film.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Kalev
  • Le blog de Kalev
  • : Chroniques de lectures, anciennes ou toutes récentes, avec quelques chroniques de films ici ou là.
  • Contact

Recherche

Liens