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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 06:24
Les Contes populaires de l'Egypte ancienne, de Gaston Maspéro

Dans le périple que je poursuis depuis le lycée à travers les mythologies du monde, et où la découverte des sources brutes d'un mythe lu enfant sous forme de belle infidèle a toujours été un moment de choix, j'ai été frustré jusqu'à présent en ce qui concerne l’Égypte ancienne. Les deux recueils que j'ai pu lire compilant les grands mythes, et notamment la geste divine était justement des adaptations, même si faites par des égyptologues chevronnés : La Mythologie égyptienne de Nadine Guilhou et Janice Peyré, et Contes et récits de l'Egypte ancienne de Claire Lalouette, dont je n'ai lu, pour ce dernier, qu'une petite partie. Plus récemment, pour les sources brutes, outre une édition du Livre des Morts trouvé pour trois cacahouètes en chinant, ce qui m'encourage à la laisser encore un peu de temps dans ma PAL pour au moins deux raisons (la réputation d'aridité du texte, certes, mais surtout le profil occultiste de l'auteur qui laisse augurer une vaste blague), je me suis rabattu sur les publications José Corti : Le Livre de l'Amdouat, que je ne vais pas descendre de ma PAL tout de suite non plus car lui aussi s'annonce aride (mais sérieux, a priori), et le mini-recueil Le conte de deux frères suivi de Le mari trompé, par lesquels j'ai enfin connu les sources de contes qui avaient bercé mon enfance et le début de mon adolescence. Un recueil curieux, soit dit en passant : le Conte des deux frères et l'extrait, intitulé Le mari trompé, du plus long conte de Khéops et des magiciens, ne semblait avoir pour fil conducteur que le thème de...la misogynie. Ce qui ne l'empêche pas d'être une bouffée d'air frais pour le mythologue amateur que je suis.

Et puis, cette année, il y a eu la réédition chez Phébus Libretto des Contes populaires de l’Égypte ancienne de Gaston Maspéro, recueil qui date à l'origine, si j'en crois Wikipédouille, de 1889.

Maspéro fait un travail remarquable de sérieux : comme les contes sont arrivés souvent mutilés (le recueil se termine par des fragments, dont la lecture est fatalement frustrante), il n'hésite pas à proposer des reconstitutions, entre crochets quand il s'agit de quelques mots, et quand il s'agit de récit long voire de contes entiers signalées dans l'introduction et dans les notes (j'entends par là que les notes signalent le passage d'une adaptation à de la traduction et inversement). Les introductions et les notes, justement, parlons-en : c'est du copieux, chaque conte y a droit, l'introduction est presque toujours aride dans l'inventaire des manuscrits, mais souvent passionnante, Maspéro n'hésitant pas à faire à l'occasion de la critique littéraire, ce qui, si on ne peut jurer que ça évite l'anachronisme, redonne vie à la littérature ancienne, dont on a tendance à oublier qu'elle a été lue et appréciée en son temps pour n'y voir qu'un document historique. Côté source, il brasse large : essentiellement des textes égyptiens antiques sur papyrus, sur stèle ou sur ostracon, mais aussi des extraits d'Hérodote et des mentions d'autres auteurs grecs, qui permettent d'établir des parallèles et d'esquisser la reconstitution de mythes perdus, et vers la fin, des manuscrits coptes médiévaux qui nous livrent des fragments d'un roman d'Alexandre (moi qui est toujours aimé le mythe alexandrin, j'étais aux anges).

Maspéro esquive la geste des dieux, mais présente un panorama de mythes devenus célèbres depuis : le fameux Conte des deux frères, qui est déjà notre conte populaire moderne (pour les autres récits, Maspéro préfére le terme de "roman", ce qui est assez juste), l'autre conte merveilleux qu'est celui de Khoufoui / Khéops et des magiciens, le grand roman d'aventure purement réaliste de Sinouhît, déjà popularisé par la littérature à l'époque, un autre roman d'aventure davantage teinté de merveilleux, le Conte du naufragé, des récits épiques avec le récit de la prise de Joppé, le Conte du prince prédestiné qui allie l'épopée à la tragédie (le destin implacable, encore et toujours) ou, davantage empli de bruit et de fureur, le cycle de Pétoubastis, ou encore le cycle le plus étonnant du recueil, celui de Satmi-Khamois, qui avant de changer de registre avec une légende transmise par Hérodote, nous offre deux authentiques contes fantastiques pleines d'images stupéfiantes dont certaines ne dépareraient pas dans un récit fantastique moderne. Bref, un recueil tout à fait passionnant pour quiconque s'intéresse de près ou de loin aux mythes.

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Published by Kalev - dans Mythes
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