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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 14:24
Florilège BD III

Le florilège BD est une formule dans laquelle j'avais rédigé deux billets il y a déjà quatre à cinq ans, et qui consiste à rassembler des chroniques de BD lues récemment en un temps très bref et dont je n'ai pas envie de faire des billets séparés. Voici le premier (occasion de me rendre compte à quelle point mes anciennes chroniques étaient naïves et mal écrites) et le second.

Pourquoi ressusciter cette antique formule ? Je devrais plutôt me demander pourquoi je l'ai abandonnée plusieurs années, alors que je continue à traverser des périodes ou je lis beaucoup de bandes dessinées à la suite. En l'occurrence, il s'agit de trois albums lus dans la même après-midi, mercredi, après que le les aie empruntés à la même bibliothèque que Black Hole de Charles Burns sur lequel j'ai choisi de faire un billet à part, parce qu'il le vaut bien (de même, j'ai choisi remettre à un autre billet mes lectures d'Enki Bilal et Pierre Christin, même si je cours le risque de ne rien rédiger du tout).

La première BD, donc, c'est Le Singe de Hartelpool, de Lupano et Moreau, paru en 2014 chez Delcourt, dans la collection Mirages. Un album adaptant en une petite centaine de page une légende anglaise du XIXe siècle, celle d'un singe échoué sur les côte anglaise, près du village de Hartlepool, avec le naufrage navire français pendant la guerre napoléonienne, pris pour un français, jugé et pendu comme un français. Le but de Lupano, affiché sur la quatrième de couv', et bien évidément de brocarder le racisme, et il livre sur le sujet une hilarante farce pleine d'humour noir. Anglais et français s'y montrent également stupides et haineux, mais comme ce sont surtout les français qui en prennent plein la figure de la part des paysans de Hartelpool, on évite une certaine complaisance dans une BD française. Les beotiania, ces préjugés d'un village sur un village voisin, sont également brocardées, dessinant une histoire plus générale du racisme. Ceci n'empêche pas des personnages positifs, en la personnes d'un médecin progressiste, de son très jeunes fils et de deux autres enfants plus âgés, dont l'autre naufragé français, un mousse qui se fait passer pour un anglais grâce à la langue héritée de sa nourrice.

Plus-value considérable à l'édition de la cette BD, celle-ci est suivie d'un dossier historique rédigé par Pierre Serna, historien de la Révolution, et illustré par Moreau lui-même. Un dossier tout à fait passionnant sur une Histoire du racisme pendant la Révolution, à partir de considérations pseudo-naturalistes sur les singes et les noirs, qui fait paraître moins délirante la légende de Hartelpool.

Changement d'univers avec une BD italienne parue dans sa traduction française chez Futuropolis, L'entrevue de Manuelle Fior. Un album de 170 pages environ (il paraît que dans ces cas-là, on parle de roman graphique, mais je me méfie de l'éventuel galvaudage de ce terme), en noir et blanc, qui se passe en Italie dans un futur proche. Un psychiatre, Raniero, jusque là enlisé dans sa vie bourgeoise bien rangée en compagnie de son épouse, perd pied après avoir eu des visions d'OVNI après un accident de la route...les même qu'une de ses jeunes patientes, Dora, qui arrive le lendemain dans son service.

L'entrevue parle, nous dit la quatrième de couverture, "des conflits de générations et de nos sociétés en pleine mutation". Un thème qui pourrait être celui de la littérature "blanche"...et il est vrai que la BD, qui laisse une large place à la dimension psychologique, sans lourdeur bien qu'il soit justement question de psychiatrie, se rapproche du slipstream, cette tendance de la SF à parler de thème de la "blanche" (tendance contre laquelle, je précise, je n'ai pas les préventions de bien des fans de SF pure et dure) et dont la quatrième de couv' suscitée semble presque un manifeste. Mais la SF est bien là, décrivant l'avenir de l'humanité sur plus d'un siècle (en effet, le dernier chapitre fait un bond dans le temps), et le conflit de génération étant l'occasion d'aborder plusieurs utopies successives, d'abord des milieux marginaux marqués par la liberté sexuelle, la Nouvelle Convention, dont fait partie Dora, puis une utopie qui concerne bientôt toute l'humanité, celle de la télépathie apportée par les extra-terrestres. Intéressant, en outre les personnage sont attachants, et l'ensemble dégage une poésie très spéciale et troublante, teintée d'une sensualité discrète mais tout aussi troublante.

Mais suffisamment parlé su scénario : impossible de ne pas évoquer la splendeur graphique de cette BD, avec son beau crayonné en niveau de gris sur lequel se greffe des expérimentations appelées "effets spéciaux" par l'auteure et confiées à une certaine Anne-Lise Vernejoul ; sans doute faut-il y classer ces incrustations d'image semblables à des photographies (des arbres près de l'hôpital, un corps nus dans la nuit, censé être celui de Dora). Une splendeur, qui concourt beaucoup à l'atmosphère poétique et sensuelle de ce roman graphique.

Je conclus avec un auteur dont, par une étrange coïncidence, j'avais parlé dans mon précédent florilège : Cyril Pedrosa, dont j'avais chroniqué le sublime Trois ombres. cette fois-ci, il s'agit de Portugal, pavé de 250 pages qui raconte une histoire à la limite de l'autofiction, celle d'un dessinateur, Simon, qui souffre de vertige de la page blanche, de dépression et dont le couple bat de l'aile, et qui trouve un second souffle dans un double voyage au pays de ses ancêtres, le Portugal, d'abord à l'occasion d'un festival BD, où il débarque sans rien comprendre de la langue, puis bien plus tard, sur les traces de sa famille restées au pays ; entre-deux, il a interrogé sa famille du côté français, en Bourgogne à la faveur du mariage de sa cousine.

Bien que n'étant pas forçément attiré par l'autofiction ou ce qui s'en rapproche, je me suis attaché aux personnages de cette BD et particulièrement à Simon (le thème de la dépression et du vertige de la page blanche me parle particulièrement, il faut dire). Je ne prétendrais pas ne pas avoir trouvé la lecture longue, il est possible que 250 pages soient un peu trop et que l'histoire se perde un peu dans la partie qui prend le plus de place, le séjour en Bourgogne à la faveur du mariage de la cousine de Simon. Mais l'aspect attachant des personnages et les secrets de famille (vision très complexes de la famille, qui ici n'est idéalisée ni en bien ni en mal, et peut-être étouffante sans être toxique, du moins pour tout le monde) finissent par accrocher. Et puis les dessins sont ravissants, avec leur leur lignes déliées et leurs dominante de couleurs chaudes. Une facette très différente de l'auteur de Trois ombres.

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Published by Kalev - dans BD
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