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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 21:25
Soirée "Est-ce express ?" : Trans-Europe Express / Europa

D'habitude, je ne prend pas autant de temps à chroniquer une soirée Bon chic, mauvais genre. Jje ne veux pas dire par là que je les chroniques toutes, mais que je renonce généralement à le faire après quelques jours / une semaine de retard. Là, j'aurais battu mon record : un mois de retard, deux jours avant la prochaine édition, ce n'est guère sérieux, tout ça...

Le 6 novembre dernier, la soirée Bon chic, mauvais genre avant pour thématique...les trains. Une thématique originale, qui évoque de prime abord quelque chose d'enfantin, mais les films ne l'étaient pas du tout : il s'agissait d'un des BCMG les plus sérieux jamais fait, mais avec les films très rock'n'roll et pas chiants pour deux sous qui sont la marque de fabrique de ces soirées.

Le premier, c'est Trans-Europe Express, film franco-belge réalisé en 1966 par Alain Robbe-Grillet. Il parait que le Nouveau Roman en général et le nom de Robbe-Grillet en particulier fait très peur et évoque l'idée d'un pensum. Comme je n'ai jamais lu cet auteur et que je ne connais rien au Nouveau Roman (en dehors de quelques textes d'Italo Calvino pouvant s'y rapporter), je n'ai pas ce genre d'a priori. Et heureusement, car le film s'avère très ludique et très drôle.

On y suit un cinéaste et deux assistants, un homme et une femme, qui embarquent dans le célèbre train pour y élaborer le scénario d'un film policier, où un homme monte dans le même Trans-Europe Express pour convoyer de la cocaïne à Amsterdam. Et vous devinez sans peine ce qui va se passer...l'acteur Jean-Louis Trinitgnant s’assoit brièvement dans la cabine de de l'équipe, jouant à la fois son propre rôle et celui du trafiquant. Dès lors, si le réel et le scénario ne sont pas davantage imbriqués que dans cette scène, les aventures de Trintignant vont suivre les hésitations du cinéastes conseillé par ses assistants, le cours des événement épousant les caprices d'un scénario improvisé.

L'aspect ludique et la drôlerie du film, dont je parlais plus haut, est indissociable de ses expérimentations. Le film rappelle les créations littéraires ludiques de l'Oulipo (Oulipo, Italo Calvino, Nouveau Roman...il me semble que tout est lié, mais je ne voudrais pas dire des bêtises dans mon ignorance). L'humour du film repose essentiellement sur le côté "nanardesque" du scénario improvisé, le cinéastes se montrant maladroit et guère informé dans ses improvisations, se rattrapant sans cesse aux branches et accouchant d'un scénario improbable. On compte au moins une scène complétement surréaliste (celle de l'interrogatoire) ce qui n'est pas pour me déplaire. L'érotisme SM soft apporte une provocation bienvenue à l'époque, ce qui amènera le film a être renié par l'Histoire belge du cinéma.

La mise en scène est à l'avenant, notamment, (merci à l'honorable Docteur Devo d'avoir attiré notre attention là-dessus), le travail sur le son : ainsi, par exemple,Trintignant sort-il d'une pièce au son d'un piano désaccordé et y rentre au son d'un piano qui joue juste. La photographie noir et blanc est très soignée.

La preuve par excellence qu'un cinéma expérimental peut être tout à fait divertissant par ses expérimentations même.

Passons maintenant au film que j'ai préféré de la soirée, bien que d'un genre très différent : le sublimissime Europa de Lars von Trier (1991)

Difficile d'appréhender un tel monstre cinématographique. Le film relate l'odyssée de Léopold Kessler, jeune américain d'origine allemande qui, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, à l'étrange idée de venir en Allemagne participer à sa reconstruction. Sous l'égide de son oncle, il devient contrôleur de wagon-lit. Il tombe alors amoureux de la belle et dangereuse Kate, fille d'un industriel dont le pays a besoin pour sa reconstruction.

Dite comme ça, l'histoire semble très romanesque, et elle l'est effectivement. Mais Lars von Trier ne livre pas un romanesque à deux sous, et dérape constamment vers l'onirisme, transformant un voyage au cœur d'une Europe dévastée en une envoûtante plongée dans un monde de cauchemar. Le départ en sucette commence dés le magnifique générique qui tente littéralement de nous hypnotiser, ce qui reviendra en leitmotiv dans le film et rendra sa fin particulièrement insoutenable. L'Allemagne d'après-guerre du film a quelque chose d'un peu mythique, les nazis n'étant jamais appelé tels mais seulement "loup-garou" le nom que leur donne les soldats américains et russes avant de les pendre. La séquence finale dérape le plus ouvertement dans l'onirisme. Le film compte nombre d'autres morceaux de bravoures, dont une scène très "Eros et Thanatos".

Et par-dessus tout, quelle mise en scène ! Une mis en scène baroque, avec une photographie alternant noir et blanc et couleur, parfois dans la même image ( après cette bien plus belle réussite, qu'on ne m'emm* plus avec Sin City de Rodriguez, merci), des arrière-plan se changeant en écran de cinéma pour accentuer l'aspect irréel du film, des plans qui sont des morceaux de bravoure à eux seuls comme celui du wagon tiré de son hangar au bout de cordes. Et en plus, un morceau de Nina Hagen au générique de fin...que demander de plus à ce magnifique film ?

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Published by Kalev - dans Autres films
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