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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 16:11
Cycle Laurent Gaudé

Découverte fabuleuse à côté de laquelle je serai passé sans l'avis éclairé du camarade Patrice Lajoye, avec sa chronique de La Mort du roi Tsongor sur son blog Palabres éclectiques.

Découverte fabuleuse, donc, d'un auteur français à la plume admirable dont les deux livres que j'ai lu (La Mort du roi Tsongor, donc, suivi de La Porte des Enfers) prouvent que les œuvres littéraires dites "de l'imaginaire" publiées en collection de littérature blanche n'ont rien à envier à celles publiées dans des collection spécialisées, quoiqu'en disent les puristes. En effet ces deux romans pourraient tout à fait y être publié, surtout La Mort du roi Tsongor qui, comme le disait le blog suscité, serait appelé fantasy.

La Mort du roi Tsongor a en outre un grand mérite qui reste précieux dans notre fantasy encore ethnocentrée : il se passe dans un monde inspiré dans l'Afrique. Paradoxalement, le ton grandiose de l'histoire, avec notamment le vision de l'au-delà, puise davantage à la mythologie grecque, à la tragédie et à l'épopée homérique, ce qui n'a rien d'étonnant quand on sait que l'auteur est issu du théâtre.

Tsongor, roi du plus grand empire qui ait jamais existé et qu'il a a bâti lui-même, est sur le point de marier sa fille Samilia avec le prince des terres du sel, mais le même jour il doit mourir de la main de son serviteur Katabolonga, en vertu d'un pacte qui les lie depuis de longues années. Hélas, à ce moment très mal choisi, un autre prétendant vient revendiquer Samilia en vertu d'une promesse adolescente. Massaba, la capitale du roi Tsongor, sombrera dans des décennies de guerre dévastatrice, pendant que Souba, le plus jeune fils du roi, sera chargé par celui-ci de parcourir le monde pour bâtir sept tombeaux pour son père, et que Katabolonga veillera sur sa dépouille dont l'âme ne connaitra la paix qu'après le retour de Souba.

Difficile de rendre compte de l'éclat épique et le le poésie flamboyante de ce roman. La prose poétique de l'auteur, renversante malgré des phrases hachées qui sont le seul détail qui m'ait un peu gêné dans le livre (mais je pinaille), est à l'image de l'univers et des personnages, évoquant les textes anciens. Ceci est tout sauf empesé (n'en déplaise aux lycéens qui ont lancé, aux dernières épreuves du bac, une polémique d'une grande vacuité sur un autre texte de l'auteur), mais au contraire plein de vie et de fureur, une vie et une fureur très shakespeariennes finalement, et rempli d'images hallucinées et poétiques dont on retrouvera un pendant dans La Porte des Enfers.

Ce dernier est bien plus complexe à appréhender, et me donnera plus de matière à m'étendre. Dans ce roman paru six après le précédent, en 2008, Laurent Gaudé délaisse l'univers des grands mythes pour la ville de Naples dans un passé tout proche (entre 1980 et 2002), une région napolitaine que l'auteur connait manifestement par cœur et restitue avec brio. Matteo et sa femme Giulana ont perdu leur fils de Pippo, âgé de six ans, dans une fusillade. Leur vie est dévastée, à plus forte raison pour Giulana qui sombre peu à peu dans la folie. Puis Matteo rencontre par hasard quatre personnages insolites qui lui révèlent que le monde des morts existent et qu'on peut y descendre...parallèlement, nous suivons Pippo lui-même, revenu d'entre les morts et âgé d'une vingtaine d'année de plus.

Ce roman constitue un prodigieux exercice de corde raide. En effet, il est dans l'excès permanent, et notamment l'excès de pathos, qui en fait un roman incroyablement morbide. Il tente en outre un mélange très périlleux des genres et des registres, entre le roman psychologique très grave sur le thème du deuil et un côté très "roman populaire", que le premier chapitre (sur Pippo adulte) prépare déjà un peu, mais qui culmine à mi-parcours du roman dans la rencontre improbable de Matteo avec la troupes bigarrée et burlesque qui va l'amener aux Enfers. La seconde partie, emplies d'images dantesques du monde d'en-bas, contraste singulièrement avec la première plus "littérature blanche". Dans les derniers chapitres vient une scène dont la bizarrerie, sans doute inspirée par les récits mythique, semblerait ridicule chez un autre auteur. Et pourtant, par un miracle d'équilibre due à la prose de l'auteur, tout ceci fonctionne. La plume virtuose de Gaudé, ciselée au scalpel, débarrassée des tics de La Mort du roi Tsongor, fait aisément passer la pilule de la morbidité, rend naturel l'assemblage des deux parties et permet aux lecteurs, par l'art consommé du récit, de croire aux plus grosses énormités, comme une porte des Enfers à Naples même. Difficile, donc, de décrire la réussite de ce roman. A lire.

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Published by Kalev - dans SFFF
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