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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 16:19
Cycle laurent Genefort VI

Comme je le disais dans le précédent billet, j'ai entrepris de lire tout les romans que je n'ai pas lu (c'est à dire la majorité) du cycle des Portes de Vangk de Laurent Genefort, cet univers dont fait partie le cycle d'Omale. C'est d'ailleurs mes dernières lectures de ce cycle (des Portes de Vangk, je veux dire) qui m'ont procuré l'immense surprise de découvrir que le très beau roman Les Chasseurs de Sève, dont j'avais parlé dans mon tout premier billet Genefortien, se rattachait à cet univers, ce qui m'avais totalement échappé à la lecture, ne connaissant encore rien à l'univers des Portes de Vangk, au point que j'avais cru à une sorte de science-fantasy.

Avant de commencer les hostilités, salve de précédentes chroniques genefortiennes :

tak-tak-tak et tak.

J'ai souvent coutume d'exhumer de ma mémoire de vieilles lectures à la faveur de nouvelles qui leur sont liées. Ainsi, il y a un an, j'avais remis à plus tard ma chronique de Memoria, de sorte que je ne l'ai jamais rédigé. C'est l'occasion d'en parler maintenant, d'autant que mon souvenir n'est pas trop rouillé, même s'il va me falloir feuilleter le livre pour me souvenir des noms propres.

Dans ce roman paru en 2008 au Bélial, le narrateur, qui si je me souviens bien est anonyme, est le tueur à gage le plus cher des mondes humains, grâce à un artefact d'origine probablement Vangk qu'il promène avec lui et qui lui permet de transférer sa personnalité d'un corps à l'autre, ce qui aide ses missions, mais lui confère également une longévité exceptionnelle de près de cinq cent ans. Mais pas l'immortalité : le roman prend à contrepied ce mythe naïf en montrant comment les transferts de conscience usent la santé mentale du héros, lui donnant des crises de "cauchemar noir" de plus en plus fréquentes et fortes, au point qu'il perdra bientôt la raison s'il ne trouve un corps ou se fixer. Cette course contre la mort constitue le fil rouge du roman, car celui-ci, davantage qu'un roman justement, a la forme originale (surtout de nos jours) d'un fix-up de trois nouvelles, trois missions dont la dernière sera motivée par la quête principale, structure morcelée que vient encore compliquer les petits sketches que constituent les "crises de souvenirs" du cauchemar noir, occasion toute trouvées pour l'auteur de montrer son imagination débordante dans le domaine des mondes exotiques. Le plus intéressant et que ces trois missions sont ordonnées et constituent une descente aux enfers à travers des mondes de plus en plus glauques : d'abord Kuiper Prime, gangrené par la mafia, puis Ramanouri et sa société de caste ultra-rigide, et enfin Donovoï, république bananière qui mène un génocide d'une minorité ethnique. Un roman pas franchement joyeux, et dont pourtant la noirceur contraste singulièrement avec l'exotisme chatoyant de Genefort.

Maintenant, parler des nouvelles lectures va m'amener à aborder trois romans dont il est délicat de parler, car si j'en crois l'auteur dans une interview dans le numéro 58 de Bifrost, lue hier, ces romans l'embarrasse, et il est peut-être maladroit de ma part de les exhumer. Il s'agit tout simplement de ses trois premiers, parus au Fleuve Noir. Genefort considère son quatrième roman, Les Peaux épaisses, comme son premier roman correct, ce avec quoi je suis assez d'accord : il m'a fallu la lecture récente d'une chronique nooSFere pour me rappeler à quel point ce roman fourmille d'idées, notamment pour ce qui est des technologies, ce à quoi je n'avais pas rendu justice dans ma trop lapidaire chronique. Dans les trois premiers, l'univers est bien plus léger. Le Bagne des ténèbres (1988) raconte la révolte de l'infernale planète-bagne de Kro, Le Monde blanc (1992) le voyage survivaliste à travers la planète glaciaire Horrora de trois naufragés, dont l'arcologie, astéroïde habité ou vivent les deux premiers, a été détruite par des tueurs à la poursuite du troisième, Voss, hôte passager de l'arcologie, et enfin Elaï (1992 aussi) est le premier roman qui met en scène la planète Arago, qui sera la scène du roman du même nom, et ce premier roman du diptyque a l'intrigue la plus simplette des trois premiers de l'auteur, montrant des mercenaires voler un chargement d'uranium dans le but de ressusciter l'Elaï du titre, cité en ruine depuis l'arrêt de sa centrale nucléaire.

Les univers de ces romans, s'ils préfigurent les chatoyants univers ultérieurs de Laurent Genefort, ne leur rendent guère justice, car ils sont dans l'ensemble inconsistant. Cela se voit moins avec Kro dans Le Bagne des ténèbres, davantage avec Horrora qui n'a guère de profondeur ou avec l'Arago d'Elaï qui ressemble grosso modo à la terre du XXe siècle avec quelques plantes bizarres et une ou deux machines vaguement plus avancées. Elaï comporte en outre le désolant cliché du copain black qui se sacrifie, ce qui rajoute au côté simplet de l'intrigue.

Mais malgré tout, sans être passionné à l'excès par ces premiers romans, j'ai pris un plaisir certain à les lires -oui, même Le Monde blanc que l'auteur considère comme son pire livre- car ce sont de plutôt bons romans d'action et d'aventures, plutôt bien ficelé. A ma grande surprise, Le Bagne des ténèbres est mon préféré des trois, doté de véritables morceaux de bravoure épiques.

Elaï aura donc quand même permis à l'auteur, en 1993, toujours au Fleuve, d'écrire Arago, un roman bien plus abouti, son premier à être d'ailleurs remarqué, puisqu'il recevra le GPI en 1995. L'auteur approfondit le monde d'Arago, tellement que le diptyque formé avec Elaï paraît forcément bancal, surtout avec un personnage commun, Plaike, narrateur d'Elaï. Il place l'époque des deux romans, que séparent à peine une dizaine d'années, dans ce que les listes de romans de l'auteur dans les vieux Fleuve Noir appelle "L'intérrégne", l'époque ou les Portes de Vangk se sont fermé et ont isolé les mondes, les condamnant à régresser (Les Chasseurs de Sève se déroulerait également dans cet interrègne, bien qu'il s'agit plus probablement d'un autre interrègne, à moins qu'il y ait plusieurs exemplaires de Case, le robot récurrent dans tout un peu tout le cycle des Porte de Vangk et qui apparaît dans ces deux romans). L'intrigue est beaucoup plus complexe que celle d'Elaï, ce qui n'est pas difficile. On y suit deux expéditions amenées à converger ; l'une à bord d'un bateau atomique, remonte le fleuve Ereb vers les machines Yuweh (les fameux terraformeurs de mondes) qui renouvellent l'atmosphère de la planète mais menacent de tomber en panne ; l'autre s'aventure à bord d'une île volante, une ville suspendue à des ballons, à travers la grande faille où flottent ces villes, poursuivant une quête dont ils savent la vanité, celle d'un cœur humain artificiel qui pourrait se trouver dans un cimetière de navire, pour une pionnière cryogénisée depuis sept siècles.

L'intrigue, la plus ambitieuse de l'auteur jusqu'alors, est assez foutraque. L'auteur a tenté avec ce roman de multiplier les personnages, ce qui fait que certains ne jouent guère de rôle et n'apparaissent parfois que brièvement. Il est également difficile de voir où l'intrigue veux en venir, si ce n'est à conduire les personnages au fond de l'Enfer, mais somme toute, cette dernière obsession rend également le roman intéressant, rappelant des références pas du tout dégueu comme Au Coeur des ténèbres de Conard, Apocalyspe Now de Coppola ou Aguirre, la colère de Dieu d'Herzog (est-ce en référence à ce dernier film qu'un conquérant d'Arago porte le nom de Fitzcarraldo, évoquant les Conquistadors ?). Et bien sûr, l'effort accompli pour l'univers est à la démesure de celui accompli pour l'intrigue, portant en germe les futures univers de Genefort.

Je conclurais mon billet avec un court roman paru en 1997 chez un éditeur qui n'est pas le Fleuve Noir, principal éditeur de l'auteur à l'époque, mais l'éphémère maison SENO ; il s'agit de Typhon, un roman dont le seul résumé annonce une histoire passionnante au niveau du fond, loin d'un simple roman d'aventure. Dans ce roman, Jeremee Althus est un fabricant de religions que les multimondiales emploient pour rétablir l'ordre quand la révolte couve sur un monde. Typhon, c'est son fils, un instrument davantage qu'une vraie progéniture aimée, manipulé génétiquement et au corps truffé de nanotechnologies lui permettant d'accomplir des miracles. jusqu'au jour où, en mission sur le planète Rishèse, ils croisent la route d'une sorcière, Souria, et de sa fille Yami, capables elles aussi de miracles. Un roman au fond très riche, rappelant Dune, d'autant plus profond qu'il ne tombe pas dans le piège manichéen d'un indigénisme façon Avatar, la primitiviste Yami se montrant très cruel dans sa vengeance, conformément au cynisme des univers genefortiens. Un roman profond, donc, sans oublier, luxe suprême, d'être l'un des plus chatoyant des œuvres de jeunesse de l'auteur, plus que certains de ses romans plus purement divertissants. Il est court (à peine 160 pages) mais assez dense pour ne pas laisser sur sa faim.

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Published by Kalev - dans SFFF
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