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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 21:44
A l'image du dragon, de Serge Brussolo

Une chronique qui fait suite à celle du film Les Enfants de la pluie, puisque celui-ci est inspiré de ce roman de Serge Brussolo, que j'ai lu presque dans la foulée, juste le temps de le recevoir par la poste.

Serge Brussolo et moi, c'est un peu l'histoire d'une rencontre manquée. Bien que son univers soit exactement fait pour moi, et que j'ai senti cela dés vingt ans avec la claque monumentale des recueils Vue en coupe d'une ville malade et Aussi lourd que le vent, je n'ai paradoxalement guère exploré son œuvre en dehors de ces deux recueils et de trois romans (Portrait du diable en chapeau melon dans la foulée, La Nuit du Bombardier et Ma vie chez les morts la bagatelle de sept ans plus tard). Il est certes possible que ces romans m'aient un peu déçu à des degrés divers (surtout Ma vie chez les morts), mais cela n'explique pas tout ; en fait, je crois qu'il n'y a pas d'avantage d'explication à cet état de fait qu'au fait général que j'abandonne nombres de lectures en cours de route sans raison bien nette, ce qui fait justement que ma première rencontre avec l'univers de Brussolo a avorté entre 14 et 15 ans et que je n'ai eu le sentiment de le découvrir qu'avec les deux recueils suscités.

Coup de bol, A l'image du dragon est sans aucun doute, n'en déplaise à une chronique archivée sur nooSFere et qui je trouve pinaille un peu, le meilleur roman de Brussolo que j'ai lu jusqu'à présent (pas le meilleur livre, les deux recueils suscités jouent encore dans une autre cour).

Comme de bien entendu, le roman est différent du film. Bien sûr, il est plus noir et même glauque, au point que j'ai été surpris de le voir se finir sur une fin ouverte porteuse d'espoir, même si Brussolo peut faire se terminer un roman de façon encore plus positive, par exemple, encore une fois, Ma vie chez les morts. La fable pacifiste, centrale dans le film, ne l'est pas dans le livre ou l'espoir de paix est expédié à la toute fin. Ce qui importe, plus que l'intrigue même, c'est ce qui est central chez Brussolo et qui parait forcément affadi dans un film grand public comme Les Enfants de la pluie, même si celui-ci à l'esthétique de Caza pour compenser : sa logique onirique, celle du du cauchemar plutôt que du rêve, sa faculté à pousser le délire dans ses derniers retranchements avec une logique implacable. La logique onirique passe avant la crédibilité et la rationalité : on se sait pas pourquoi les dieux-nains, dont la science génétique est à l'origine du peuple du soleil et du peuple de la pluie, ont créé une invention aussi tordue que les hydrovores, ces esclaves aux seins d'éponge qui protègent les premiers de l'humidité à la saison des pluies, quand des êtres dénués de conscience auraient suffi, mais on s'en fiche : tout ceci, je me répète, suit la pure logique du cauchemar, et il n'y qu'a qu'à goûter l'horreur que l'auteur développe à travers cette idée. La logique du délire prend à l'occasion une allure d'humour noir, par exemple devant le dégoût du peuple du soleil devant une chose aussi ordinaire pour nous que l'acte de boire, ou que la végétation.

Tout ceci serait laborieux si Brussolo n'avait une plume experte, toujours efficace, mais tantôt de façon plus directe, tantôt dans des envolées de prose poétique au service de ses visions hallucinées. La première description de la poussée de la végétation du point de vue du peuple du soleil, notamment, est un morceau de bravoure. J'avais complétement oublié que l'auteur pouvait à l'occasion avoir un style si virtuose.

Sans doute le haut du panier de l’œuvre gigantesque de Brussolo.

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Published by Kalev - dans SFFF
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