Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 12:32
Retour au cycle de Lanmeur

J'avais chroniqué il y a un peu plus d'un an les trois premiers tomes de l'intégrale de ce cycle de space op' de Christian Léourier. Le quatrième tome, entièrement inédit et intitulé Aux origines du Rassemblement, vient de sortir il y a un tout petit moins d'un mois, toujours chez Ad Astra. A noter un changement d'illustrateur avec une couverture de Jean-Yves Kervevan, moins poétique et mystérieuses que les précédente par Eric Scala, mais qui reste d'une grande classe, bien plus ne tout cas que les hideuses couvertures du poche (sur lesquelles j'aurais peut-être encore quelque chose à dire plus tard).

Le quatrième tome d'intégrale, qui comme l'indique le titre, tient lieu de préquelle a l'univers de Lanmeur, a des allures de fix-up, avec deux romans reliés de façon lâche par une espèce de récit-cadre en trois parties, La Mission de Mered Gadeline, où l'héroïne éponyme arrive de la planète Holi sur Lanmeur, planète qui l'intrigue comme tant d'autres car Holi ne connait ni individualité ni même de pensées irrationnelles (telles les mythes de Lanmeur, qui sont à la base au moins du premier roman)...thématique intéressante, donc, pour ces nouvelles dont ce n'est pas le seul ajout à la grande fresque de l'univers lanmeurien.

Le premier roman, Le Procès de Gwidlon, est sans doute l'un des sommets du cycle, et également, peut-être, l'un de ses romans les plus difficiles d'accés. Ici, avec mon mauvais esprit habituel, je ne peux m'empêcher de penser aux couvertures de l'édition de poches, dont les hideux vaisseaux spatiaux ne semblent là que pour racoler le consommateur de space op' de base, tandis que les couverture d'Eric Scala étaient sans doute trop mystérieuses. Le consommateur en question serait sans soute déboussolé par ce Procès de Gwidlon. Celui-ci est en effet comme qui dirait un roman méta, un roman dans le roman. D'un côté, nous plongeons dans les textes mythiques fondateurs de Lanmeur et du Rassemblement, d'abord le plus long, la geste du conquérant de Thor, unificateur des trois nations de Lanmeur et donc fondateur de l'idéal du Rassemblement, raconté à travers des textes anciens qui sont autant de pastiches de divers styles de récits mythiques, de la poésie truffée de figures archaïques au roman plus moderne et plus fin psychologiquement, plus proche de la littérature de notre Moyen-Âge tardif ou de notre Renaissance, ensuite, cinquante pages avant la fin du roman, les Annalectes du prédicateur Prival, l'autre fondateur du Rassemblement près de sept siècles après Thor, des textes qui ressemblent à des paraboles bibliques ou plutôt, car plus rationalistes, à des apologues d'anciens philosophes. Ces pastiches sont autant d'occasion pour Léourier de montrer son talent stylistique, travail de poète autant que de romancier (pensons aux poèmes inclus dans Ti-Harnog, le premier roman du cycle) et le résultat est d'une grande beauté. De l'autre côté, nous avons un texte présenté lui aussi comme un classique Lanmeurien (en fait, c'est le roman entier, avec les extraits du Canon de Thor et des Annalectes de Prival, qui est présenté ainsi) où le scribe Gwidlon attend de passer en procès pour hérésie après avoir laissé entendre qu'une partie du canon de Thor relevait du mythe. Jeu de miroir brillant, qui permet de faire de l'authentique fantasy à l'intérieur d'un roman de pure science-fiction, et plus largement, de nous divertir avec une magnifique épopée, pleine de magie et de fureur, tout en flattant notre bonne conscience de rationaliste réceptif à un message critique à l'égard des superstitions. Inutile de dire que l'amateur éclairé de mythologies que je suis a dégusté ce merveilleux roman.

Par contraste, Le Testament d'Erwann, le second roman, qui a pour point commun avec le précédent de se baser sur un classique lanmeurien, même s'il ne s'agit plus ici du roman entier mais de courts extraits qui y sont disséminés (le texte qui donne son titre au roman constitue le deuxième chapitre de chaque partie, le reste narrant la geste de son auteur, réunificateur de Lanmeur quelques siècles après le fameux procès de Gwidlon, à la troisième personne), paraît presque falot. Et pourtant, il s'agit d'une fresque à peu de chose près aussi flamboyante que celle de Thor dans le précédent roman, même si davantage tournée vers l'efficacité. Le souffle de Léourier fait merveille, notamment dans les intrigues politiques, dépeignant un Lanmeur ancien où il ne fait guère bon vivre, même si une note de tendresse surprenante pointe à la toute fin. Mais je ne peux m'empêcher de trouver cette épopée plus convenue que la moyenne des romans de Lanmeur, n'empruntant guère de chemins qui n'ait pas été foulé auparavant. Mais objectivement, il s'agit tout de même d'un grand roman d'aventure, fut-il un chouïa en dessous de ce dont Léourier est capable, et il n'y pas de quoi regretter la lecture entière de cette quatrième intégrale.

Partager cet article

Repost 0
Published by Kalev - dans SFFF
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Kalev
  • Le blog de Kalev
  • : Chroniques de lectures, anciennes ou toutes récentes, avec quelques chroniques de films ici ou là.
  • Contact

Recherche

Liens