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11 juin 2015 4 11 /06 /juin /2015 18:31
Contes en vrac II

Commençons ces nouveaux Contes en vrac en parlant d'une collection dont j'avais déjà causé dans le précédent billet : la légende des mondes chez l'Harmattan. Et il se peut fort que ce soit la dernière fois que je parle de cette collection : même si je l'ai à peine exploré, le rapport quantité / prix prohibitif de ces livres, joint à l'embarras du choix dans leurs innombrables titres, plus, il faut le dire, quelques prévenances envers les méthodes manageriales de l'Harmattan telles que révélées dans la presse, ne m'encourage guère à persévérer. Ça va encore quand il s'agit de craquer pour des livres exposés en rayonnages au Furet de Ch'Nord, par contre, quand il s'agit de commander en librairie des titres soigneusement choisis...

Mon choix s'est donc porté sur deux livres susceptibles de me faire découvrir des horizons culturels nouveaux.

- Le Chat et le Tigre-Contes de Géorgie de Maïa Varismashvili-Raphael, histoire d'aborder une culture que j'avais abordée de manière détournée à travers les mythologies des Ossètes et de leurs voisins (voir ici et )

-Pourquoi les baleines chantent-elles ?-Contes d'Océanie de Françoise Kérisel, pour approfondir ma connaissance de ce continent.

Les contes de Kérisel sont davantage littérarisés, ce qui, c'est bien connu, m'a toujours gêné dans mes explorations mythologiques. Néanmoins, ce fut la découverte la plus enthousiasmante des deux livres, centrés sur des cultures méconnues, des images et des intrigues dont nous avons peu l'habitude dans notre France ou l'édition en général et l'édition mythologique en particulier reste désespérément ethnocentrées occidentale. Et les contes géorgiens ? Ceux de Varismashvili-Raphael ressemblent davantage aux nôtres, d'autant plus qu'ils sont choisi parmi des contes d'animaux et des contes facétieux et moraux, contes universels où l'imagination propre à chaque peuple n'éclate pas de façon aussi flagrante que dans les contes merveilleux. Le problème de ce livre, c'est sa brièveté : six contes sur soixante pages écrit gros et avec des illustrations, c'est peu pour connaitre véritablement un folklore et la culture qu'il représente. Je reste donc un peu sur ma faim avec ce livre qui est, davantage que celui de Kérisel, à réserver aux collectionneurs hardcore de textes mythologiques.

Maintenant, parlons carrément de contes littéraires. Bon, Les Contes de la Dame Verte et autres contes picards, trouvés dans une brocante dans leur belle édition de chez l'Arbre, éditeur que je ne connaissais pas encore, ne sont pas issus du seul cerveau de Jean le Mauve, et c'est qui m'a intéressé dans ce livre : Jean le Mauve a entendu ces contes dans son enfance picarde. Mais il les a donc adaptés littérairement, et l'un des choix d'adaptation, mentionné sur la quatrième de couverture par l'auteur lui-même, m'a paru éminemment originale : situer les contes dans des lieux qu'il a fréquenté et choisir pour personnages des gens qu'il a connus. Du reste, l'adaptation de Jean le Mauve permet de très belles images, telle la description de la Dame Verte du titre. En revanche, je suis bien moins amateur du style. L'élégance un peu surfaite de l'écriture, semblable à celle de toutes les adaptations littéraires de contes, entre en contradiction avec les dialogues, en picard (autrement dit en ch'ti...oui, ça devrait me parler, mais en fait non) et en renforce la caractère artificiel, ce qui ne donne guère le courage nécessaire pour la lecture râpeuse que ce choix dialectal implique. Malgré ce bémol, les contes de la Dame Verte restent une lecture pleine de charme, qu'on imagine bien lire au coin d'un feu un soir d'hiver.

Je termine avec un auteur que je viens tout juste de découvrir : Paul Roblot.

Paul Roblot est un missionnaire qui, au début du XXe siècle, a été missionnaire pendant huit ans au Brésil, et qui a ramené deux recueils de contes : les Légendes brésiliennes et les Contes du Brésil. Si le second a été réédité chez un éditeur découvert dans la précédent Contes en vrac, la Découvrance, en revanche le premier est indisponible depuis des décennies, et c'est regrettable, car dans les Contes du Brésil, Roblot n'hésite pas à faire de nombreuses références aux Légendes brésiliennes et à y renvoyer par ses notes.

Car évidemment, Roblot adapte également, ce que fidèle à mon habitude je regrette, d'autant plus que le missionnaire a fait un réel travail de collecte pour un résultat comparable à n'importe quelle réécriture de seconde main comme on peut en trouver, par exemple, dans les Fernand Nathan de la même époque. J'ai une certaine marge de tolérance envers les réécriture, car elles ont toujours fait partie des récoltes folkloriques. Mais là, le style de Roblot dilue quand même pas mal les contes, comme je m'en suis souvent rendu compte en comparant ses versions de contes-types avec d'autres versions mondiales. Je le soupçonne également, après lecture du conte Le téju-assu (du nom d'un lézard) dans les Légendes brésiliennes, de faire des synthèses de versions comme l'ont fait en leur temps les frères Grimm. Quand a l'allusion à l'Enfer de Dante dans Le lit de compère Jean-Baptiste (même recueil) c'est vraiment trop, et tout ceci entre en contradiction avec le fort ancrage culturel brésilien, lui aussi fort peu traditionnel (rappelons Françoise Morvan qui disait "trop breton pour être vrai" à propos d'un conte de Le Braz dans un livre chroniqué ici. Les contes de Roblot serait donc "trop brésiliens pour être vrai"). Rester que certains choix d'adaptations sont intéressants. Passionnant, même, pour la façon de commencer nombre de contes par la mise en scène d'un dialogue avec Manuel, le guide du missionnaire. Au niveau du choix des contes, Roblot parait obnubilé par les contes étiologiques, ceux qui racontent l'origine d'une réalité, ici notamment naturelle, et qui constituent la quasi-totalité des deux recueils, à l'exception de trois histoires religieuses dans les Légendes brésiliennes. Transition facile, la personnalité de Roblot, et surtout sa grande piété (les Légendes...portent la dédicace "Avec la permission des Supérieurs et de l'Ordinaire) transparait à chaque page. Roblot christianise beaucoup les légendes, qui, entendons nous bien, ne sont pas païennes (même si souvent ancré dans le folklore indien de Manuel, qui doit être du peuple Guarani, cela n'est pas clair), mais où le sentiment chrétien doit être plus simplement exprimé, certainement pas à coup de longues paraphrases de la Bible. Ceci crée des paradoxes: si celui des Contes du Brésil sur l'origine de la nuit, qui fait intervenir Adam et Eve, adopte ce même style très pieux, mes lectures d'enfance m'ont permis de déterminer que le motif de la nuit qui sort d'une noix de coco ouverte par mégarde est répandu dans le monde indien d'Amérique du Sud, y compris dans des versions parfaitement païennes.

Si les contes de Roblot ne sont pas une source de première main sur le folklore brésilien (mais une source quand même), au moins sont-ils un témoignage passionnant sur la façon dont un occidental peut appréhender une autre culture.

Contes en vrac II

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Published by Kalev - dans Mythes
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